Le Maroc s'offre deux drones maritimes néerlandais pour 13 millions d'euros
Le contrat inclut un transfert de technologie ciblé pour garantir une autonomie locale de maintenance de ces équipements.
Le gouvernement néerlandais a approuvé, le lundi 13 juillet 2026, l'octroi d'une licence d'exportation de matériel militaire destiné au Maroc, pour un montant total de 13 millions d'euros.
La licence accordée à une entreprise néerlandaise, dont le nom n'a pas été précisé, concerne la livraison de deux navires de surface sans équipage (drones maritimes), avec leurs capteurs, systèmes de pilotage et pièces de rechange, ainsi qu'une formation et un soutien technique.
Ces navires autonomes sont conçus pour des fonctions essentiellement défensives. Selon le document officiel, l'utilisateur final est la Marine royale marocaine, qui prévoit de les déployer dans le cadre de missions de lutte anti-sous-marine et de lutte contre les mines.
La demande d'exportation a été examinée au regard de plusieurs critères de la position commune de l'Union européenne en matière d'exportation d'armements.
Une attention particulière a été portée au critère relatif à la stabilité régionale. Les autorités néerlandaises rappellent que le Maroc constitue un partenaire de sécurité stratégique et stable pour les Pays-Bas dans une région marquée par l'instabilité.
Le rapport officiel aborde également la situation au Sahara marocain. L'évaluation a conclu que l'acquisition de ces navires ne présentait aucun risque d'utilisation dans le cadre d'actions d'agression ou pour faire valoir des revendications territoriales par la force.
Le modèle concerné
En 2024, le ministère néerlandais de la Défense avait lancé la phase de conception d'un drone de surface destiné à la lutte anti-sous-marine (ASW USV). L'objectif initial était de concevoir un "multiplicateur de force" pour accompagner les nouvelles frégates de lutte anti-sous-marine (ASWF) de la marine néerlandaise.
Le drone mesure 11,2 mètres de long sur 2,5 mètres de large. Son déplacement est de 9,2 tonnes et peut atteindre 10 tonnes avec l'armement et le carburant, ce qui lui permet d'être stocké dans la baie de mission d'une frégate.
Propulsé par des moteurs Volvo Penta D4, le système dispose d'une propulsion redondante, afin de pouvoir regagner son navire porteur ou sa base même en cas de panne de l'un des moteurs.
Pour détecter les sous-marins, le drone utilise la méthode opérationnelle dite du "sprint and dip" (sprint et plongée) :
- Le drone se déplace rapidement vers une zone d'intérêt, puis s'arrête.
- Il déploie un sonar trempant actif de type Thales FLASH ou L3Harris HELRAS, comparable à ceux embarqués sur les hélicoptères NH90, logé dans un puits central (moonpool). Cette position a été retenue pour limiter les effets du roulis et du tangage sur le sonar.
- Le drone peut également être équipé d'un sonar remorqué actif-passif miniaturisé à basse fréquence.
Il est conçu pour une autonomie minimale de 96 heures, soit quatre jours d'opérations continues, réparties à parts égales entre le transit et les phases stationnaires d'écoute sonar.
L'accélération de la "dronisation" des Forces armées royales
Selon Abdelhamid Harifi, l'acquisition de ces deux navires sans équipage (USV) s'inscrit dans un processus global de "dronisation" qui touche désormais toutes les composantes des Forces armées royales (FAR).
Pour un budget de défense qui reste limité, le choix du drone apparaît comme une solution permettant de combler certaines lacunes capacitaires à un coût inférieur à celui des plateformes habitées.
En outre, les théâtres d'opérations actuels, en Ukraine, en mer Rouge ou dans le détroit d'Ormuz, montrent la place croissante occupée par les systèmes autonomes dans les combats navals.
Le Maroc fait figure de précurseur dans la région. Lors des exercices militaires African Lion 2026, la Marine royale avait déjà mené des manœuvres avancées en utilisant des drones submersibles américains, illustrant son intérêt pour ces technologies.
"Cette acquisition de drones de surface néerlandais pourrait s'accompagner d'autres contrats non publiés, notamment pour des drones sous-marins (UUV)", précise Abdelhamid Harifi.
Une première capacité de lutte contre les mines
L'apport le plus novateur de ce contrat réside dans la capacité de lutte contre les mines (MCM). Historiquement, la Marine royale marocaine ne disposait pas de navires spécialisés dans le dragage ou la chasse aux mines, et reposait principalement sur des unités de plongeurs démineurs des forces spéciales pour sécuriser les abords immédiats des ports.
Or, la vulnérabilité des ports du Nord, tels que Tanger Med et le futur complexe Nador West Med, face à une menace de minage constitue un enjeu majeur de sécurité nationale. Des submersibles ou des navires de pays tiers pourraient théoriquement mouiller des mines afin de bloquer l'accès à ces ports stratégiques. Une telle opération pourrait gravement perturber le commerce maritime marocain et international dans le détroit de Gibraltar, avec d'importantes conséquences économiques.
Ces deux drones néerlandais dotés de sonars actifs constituent donc une première réponse technologique pour sécuriser ces zones sans exposer directement des équipages.
Souveraineté industrielle et transfert de technologie
La note du Parlement néerlandais évoque un transfert de technologie pour le soutien et la maintenance locale. Selon Abdelhamid Harifi, cette disposition est stratégique pour le Royaume, car elle jette les bases d'une autonomie locale dans l'entretien courant et la maintenance de ces appareils. À plus long terme, l'expérience opérationnelle acquise par la Marine royale sur ces équipements de détection pourrait contribuer à renforcer les compétences techniques nationales, dans le cadre du développement progressif des infrastructures navales du pays.
Abdelhamid Harifi rappelle enfin que l'arrivée des drones ne remplace pas les forces conventionnelles, notamment les frégates habitées ou les sous-marins classiques.
Comme le montrent la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, les drones de combat, aériens ou maritimes, sont redoutables dans les conflits asymétriques ou de moyenne intensité, notamment au Sahara marocain, pour réduire les risques humains et optimiser les coûts de patrouille. Ils restent toutefois insuffisants face à un État disposant de capacités robustes de guerre électronique et de défense antiaérienne.
"Pour emporter la décision lors d'un conflit de haute intensité, les chasseurs-bombardiers habités et les grands navires de combat demeurent indispensables", conclut Abdelhamid Harifi.
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