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Energie

Exclusif. Gazoduc Nigeria-Maroc : Benkhadra détaille ce qu’il reste à faire avant le “first gaz”

Après la signature de l'accord intergouvernemental par les pays de la CEDEAO, le gazoduc Africain Atlantique entre dans une phase décisive, estime Amina Benkhadra, directrice générale de l'ONHYM, qui détaille à Médias24 les prochaines étapes : gouvernance, structuration du financement, décision finale d'investissement et objectif de premiers flux de gaz en 2030. Entretien.

Amina Benkhadra, directrice générale de l'ONHYM
Amina Benkhadra, directrice générale de l'ONHYM
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Le 20 juillet 2026 à 18h17 | Modifié 20 juillet 2026 à 18h40

L'essentiel

  • La signature de l'Accord intergouvernemental (IGA) fait entrer le gazoduc Africain Atlantique Nigeria-Maroc dans sa phase opérationnelle en le dotant d'un cadre juridique, institutionnel et de gouvernance commun.
  • Les prochaines étapes seront la création de la Société de Projet à Casablanca et celle de la Haute Autorité du gazoduc à Abuja, deux instances qui piloteront sa mise en œuvre.
  • Selon Amina Benkhadra, cette gouvernance régionale renforcera la crédibilité et la bancabilité du projet en réduisant les risques pour les investisseurs.
  • Le gazoduc reliera les importantes ressources gazières d'Afrique de l'Ouest à une demande régionale croissante, avec un débouché vers le Maroc et l'Europe.
  • Les premiers flux de gaz sont attendus à l'horizon 2030, après la conclusion des accords commerciaux, la structuration du financement et l'adoption de la décision finale d'investissement.

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Les détails

Aboutissement de plusieurs années de concertation, l'accord intergouvernemental (IGA), signé le dimanche 19 juillet 2026 à Freetown, formalise l'adhésion des pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) au gazoduc Africain Atlantique Nigeria-Maroc. Il pose les fondations juridiques, institutionnelles et opérationnelles de cette infrastructure, appelée à relier le Nigeria au Maroc avant son raccordement au gazoduc Maghreb-Europe, qui lui ouvrira l'accès au marché européen.

Dans cet entretien accordé à Médias24, la directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) explique pourquoi cette nouvelle gouvernance régionale doit renforcer la crédibilité et la bancabilité du projet, avant de détailler les étapes devant conduire aux premiers flux de gaz à l'horizon 2030.Une étape majeure pour accélérer le projet

Médias24 : En quoi la signature de cet accord modifie-t-elle le statut du projet ?

Amina Benkhadra : La récente signature de l'Accord intergouvernemental (IGA) a constitué une étape majeure dans le développement du gazoduc Africain Atlantique. Cet événement marque l'aboutissement d’un travail collectif et confirme la dimension véritablement régionale de ce projet.

Depuis son lancement, le projet, qui répond à la vision commune du Roi Mohammed VI et de feu le président Muhammadu Buhari, s'est construit sur un important travail de concertation et sur des études techniques, économiques, environnementales et juridiques menées avec l'ensemble des pays concernés.

Cet accord intergouvernemental donne une traduction juridique et institutionnelle à cette coopération. Il formalise l'engagement politique des États partenaires et établit le cadre commun dans lequel le projet sera conduit au cours des prochaines années.

Le projet franchit ainsi une nouvelle étape et entre dans sa phase opérationnelle, avec la création prochaine de la Société de Projet et de la Haute Autorité du gazoduc, la structuration des financements et la préparation de la décision finale d'investissement.

L'accord permet aux États partenaires d'instaurer un cadre juridique, réglementaire et de gouvernance commun, indispensable à la poursuite du développement d'une infrastructure énergétique transfrontalière destinée à traverser treize pays de la façade atlantique africaine, depuis le Nigeria jusqu’au Maroc, avant son raccordement au gazoduc Maghreb-Europe (GME) pour alimenter l’Europe.Le passage à la phase opérationnelle

— Quelles perspectives concrètes cette signature ouvre-t-elle pour la mise en œuvre du projet ?

— La signature de l'IGA ouvre la voie à la mise en œuvre du projet. Elle fournit le cadre juridique et institutionnel qui permet d'engager, de manière coordonnée, l'ensemble des chantiers indispensables avant le lancement de la construction effective du gazoduc.

Le premier chantier concerne la gouvernance, avec la création prochaine de la Société de Projet, qui sera basée à Casablanca, ainsi que la mise en place de la Haute Autorité du gazoduc (PHA), dont le siège sera établi à Abuja. Ces deux institutions exerceront des missions complémentaires.

La Société de Projet, véhicule chargé du développement de l'infrastructure, aura pour mission de structurer, financer, développer, construire et exploiter le gazoduc Africain Atlantique. Elle conduira la structuration financière, mobilisera les investisseurs, pilotera les appels d'offres, signera les contrats avec les fournisseurs et les entreprises de construction et assurera, à terme, l'exploitation de l'infrastructure.

En parallèle, la Haute Autorité du gazoduc assurera la gouvernance interétatique. Elle veillera à la bonne mise en œuvre de l'IGA, assurera la coordination entre les États partenaires, favorisera l'harmonisation des cadres réglementaires, environnementaux, fiscaux et tarifaires, et garantira un développement cohérent du projet.

Le deuxième chantier est commercial. Il consistera à finaliser les discussions avec les pays producteurs afin de sécuriser les volumes de gaz disponibles à l'export, à consolider les besoins des pays consommateurs traversés par le corridor, puis à conclure les accords de vente et d'achat de gaz (Gas Sales Agreements, GSA). Ces contrats permettront ensuite de négocier les accords de transport du gaz (Gas Transportation Agreements, GTA), qui constitueront le socle économique du projet et sécuriseront les revenus nécessaires à son financement.

Le troisième chantier est financier. Une fois le cadre institutionnel stabilisé et les engagements commerciaux sécurisés, le projet pourra accélérer les discussions avec les banques multilatérales de développement, les institutions financières internationales, les investisseurs privés et les compagnies énergétiques. L'objectif sera d'achever la structuration financière jusqu'à la décision finale d'investissement (FID), préalable déterminant au lancement de la construction.

Enfin, une fois cette décision prise, les derniers travaux préparatoires pourront être achevés et la réalisation engagée : procédures foncières, appels d'offres, signature des contrats avec les entreprises de construction et mobilisation des chantiers.Une gouvernance destinée à rassurer les investisseurs

— En quoi cette dimension régionale peut-elle renforcer l'intérêt des bailleurs internationaux et des investisseurs ?

— Cette dimension régionale constitue probablement l'un des principaux facteurs de différenciation et de compétitivité du gazoduc Africain Atlantique.

Les bailleurs internationaux et les investisseurs recherchent des projets robustes, pérennes et capables de générer des revenus sur le long terme. Or, le gazoduc Africain Atlantique ne repose ni sur l'économie d'un seul pays ni sur un seul marché.

En traversant treize pays d'Afrique de l'Ouest avant de rejoindre le Maroc, il diversifie à la fois les marchés, les sources d'approvisionnement et les débouchés. Cette diversification géographique, appuyée par un cadre institutionnel harmonisé et une gouvernance commune, réduit sensiblement les risques associés aux grandes infrastructures transfrontalières.

Cette approche est renforcée par un choix stratégique opéré dès la conception du projet par l’ONHYM et la NNPC : son développement progressif par tronçons. L'infrastructure sera déployée en plusieurs segments successifs.

Cette stratégie permettra de maîtriser les besoins de financement, de répartir les risques, de mettre progressivement en service les différentes sections du corridor et de générer des revenus au fur et à mesure de son développement. Elle offre aux bailleurs de fonds une plus grande flexibilité en fonction de leur appétence pour le risque, renforçant ainsi l'attractivité et la bancabilité du projet.Un modèle fondé sur l'offre et la demande régionales

— Sur quoi repose son modèle économique ?

— La force du projet réside dans sa capacité à agréger, à l'échelle régionale, une offre de gaz abondante et diversifiée. Celle-ci repose d'abord sur le Nigeria, qui dispose des plus importantes réserves gazières d'Afrique, mais aussi sur le Sénégal, la Mauritanie et plusieurs autres pays appelés à développer progressivement leurs propres ressources.

En parallèle, il permettra de fédérer une demande régionale en forte croissance, portée par les besoins de production d'électricité, mais aussi par l'industrialisation, le développement des industries minières, la transformation des ressources naturelles et les industries à forte intensité énergétique.

Le gazoduc Africain Atlantique permettra de mettre en relation ces deux réalités : des ressources abondantes en quête de débouchés et des marchés en forte croissance ayant besoin d'une énergie compétitive, fiable et accessible. Il créera donc de facto un véritable marché régional intégré du gaz naturel, tout en offrant une capacité d'exportation vers le Maroc et l'Europe.

Ainsi, les investisseurs pourront prendre part à un écosystème énergétique régional reposant sur la diversification des sources d'approvisionnement, la multiplicité des marchés de consommation et une demande appelée à croître durablement.Ce qu’il reste à faire avant les premiers flux en 2030

— Quels sont désormais les principaux défis et les prochaines échéances avant les premiers flux de gaz attendus à l'horizon 2030 ?

— Le projet entre aujourd'hui dans une phase où plusieurs chantiers stratégiques vont progresser simultanément.

La première priorité sera de mettre en place l'architecture opérationnelle du projet, avec la création de la Société de Projet et de la Haute Autorité du gazoduc, afin de disposer des outils de gouvernance nécessaires.

La deuxième étape consistera à poursuivre la structuration commerciale, en finalisant les accords avec les producteurs de gaz et les futurs acheteurs, afin de sécuriser les volumes qui transiteront par le gazoduc et d'assurer durablement sa viabilité économique.

En parallèle, nous poursuivrons la mobilisation des partenaires financiers, car ce projet suscite déjà un intérêt croissant de la part des banques multilatérales de développement, des institutions financières internationales, des investisseurs privés et des grandes compagnies énergétiques.

Il faudra transformer cet intérêt en engagements concrets, au rythme de l'avancement du projet.

En définitive, le plus grand défi consistera à rester fidèle à la vision initiale du projet : faire du gazoduc Africain Atlantique un véritable levier d'intégration économique, de souveraineté énergétique et d'industrialisation du continent africain.

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Le 20 juillet 2026 à 18h17

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