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Elections 2026

Sahara: Féroce bataille préélectorale avant les législatives

À deux mois du scrutin du 23 septembre, les provinces du Sud sont devenues le théâtre d'une compétition d'une rare intensité. Au-delà des sièges en jeu se joue une partie décisive, celle de la mise en place de l'autonomie des provinces du sud.

Sahara: Féroce bataille préélectorale avant les législatives
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Le 19 juillet 2026 à 14h51 | Modifié 19 juillet 2026 à 14h51

L’essentiel

• Trois partis de la majorité, Istiqlal, PAM et RNI, se disputent désormais les sièges des provinces sahariennes, jusque-là terrain quasi acquis à l’Istiqlal.

• Le scrutin du 23 septembre porte sur 13 sièges au total pour les deux régions sahariennes (Laâyoune, Boujdour, Es-Smara, Aousserd, Oued Eddahab, Tarfaya).

• Le vote intervient dans un contexte stratégique : résolution 2797 du Conseil de sécurité adoptée fin octobre 2025, mandat de la Minurso expirant le 31 octobre 2026, et perspective d’entrée en phase institutionnelle du plan d’autonomie.

• Le fait politique majeur de l’été : le ralliement au PAM de Yanja El Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab, jusque-là pilier de l’Istiqlal.

• À Laâyoune, l’Istiqlal reste dominant grâce à Hamdi Ould Errachid, mais le PAM tente une percée avec le retour de Mohamed Salem Joumani.

• Le RNI mise sur son bilan de grands chantiers (ports, dessalement, énergie) et sur un possible déplacement d’Akhannouch dans la région pour peser sur les investitures.

Les détails

Le Parti de l'Istiqlal avait toujours été prédominant dans les élections au Sahara. Cette fois-ci, il en sera différemment. Sa domination est en train d’être érodée. Les sièges des prochaines législatives seront certainement partagés entre les trois principales formations : Istiqlal, PAM et RNI. C'est ce qui ressort au vu des derniers ralliements et du mercato politique qui continue à se jouer localement.

Les enjeux

Ralliements, agitation politique, meetings ou rencontres dans des salons feutrés, déplacements de dirigeants des partis… l'enjeu dépasse le cadre des législatives. En toile de fond, il y a la perspective de l'application du plan d'autonomie au Sahara. Depuis la résolution 2797 du Conseil de sécurité adoptée le 31 octobre 2025, le dossier est entré dans une phase concrète. Pour un parti, le Sahara devient, encore plus qu'avant, un marqueur de crédibilité nationale.

Le débat politique ne porte donc plus sur la souveraineté marocaine, qui fait consensus. Il porte sur une autre question : quel parti est le mieux placé pour accompagner la nouvelle phase du dossier ?

Chaque formation cherche à démontrer deux choses : qu'elle entretient les meilleurs relais auprès des provinces du Sud, et qu'elle est la plus capable de transformer les acquis diplomatiques en développement économique et social. Port Atlantique de Dakhla, hydrogène vert, dessalement, zones industrielles : le discours glisse peu à peu de "défendre la marocanité du Sahara" vers "développer le Sahara".

Les élus de septembre feront partie des premiers acteurs de l'après-règlement. Le scrutin tombe quelques semaines avant l'échéance du mandat de la Minurso, fixée au 31 octobre 2026. Ceux qui contrôleront demain la représentativité parlementaire, les conseils régionaux et les communes pourront prétendre parler au nom des populations le jour où l'autonomie entrera dans sa phase institutionnelle. C'est probablement ce qui explique la férocité actuelle. Notons que les élections de ce mois de septembre concernent la Chambre des représentants. Pour les communes, les régions et la Chambre des conseillers, les élections auront lieu en 2027.

La répartition des sièges

Le poids parlementaire des régions sahariennes est stratégique : participation traditionnellement élevée, vote aspiré par les notables, circonscriptions où quelques milliers de voix suffisent à faire basculer un siège.

Au titre des circonscriptions locales, la répartition s'établit ainsi :

Aousserd : 2 sièges.

Oued Eddahab : 2 sièges.

Boujdour : 2 sièges.

Es-Smara : 2 sièges.

Laâyoune : 3 sièges.

Tarfaya : 2 sièges.

Soit 13 sièges pour les deux régions du Sud proprement dites. À quoi s'ajoute Guelmim-Oued Noun, porte d'entrée des provinces sahariennes, avec 8 sièges.

Les forces en présence

Trois partis, tous membres de la majorité gouvernementale, tous concurrents directs sur le terrain. Chacun met en avant ses atouts ou ce qu'il présente comme ses réalisations.

Le RNI met en avant le bilan : investissements, ports, dessalement, routes, énergie, tourisme. Sa carte, c'est l'action publique et les grands chantiers du Sud. Selon des sources locales, Akhannouch se rendra dans la région pour essayer de peser dans le mercato pré-électoral. Akhannouch qui est de retour au parti après sa démission, et qui est redevenu l'homme le plus puissant du parti, devant le président Chaouki. Logiquement.

L'Istiqlal joue sa profondeur historique. Le parti revendique une tradition nationaliste ancienne sur la question du Sahara et, surtout, l'appareil le plus structuré dans les provinces du Sud. C'est aujourd'hui la formation à battre.

Le PAM avance avec des airs de conquérant. Depuis quelques semaines, il multiplie les ralliements régionaux, transformant chaque adhésion en démonstration de force. Son pari : capter des notables fortement implantés et bâtir, région par région, un pôle capable de rivaliser avec l'Istiqlal. Le PAM s’est réconcilié avec Joummani et a rallié à lui la famille Khatatt à Dakhla.

Une cartographie rapide du pouvoir local

Au Sahara, on ne vote pas d'abord pour des programmes. On vote pour des réseaux. Trois noms structurent la carte.

Ould Errachid, à Laâyoune. Hamdi Ould Errachid reste le centre de gravité de l'Istiqlal dans le Sud, décrit comme coordinateur du parti dans les trois régions méridionales et arbitre des investitures. Mairie de Laâyoune, réseaux tribaux, élus : son influence est indiscutée.

El Khattat, à Dakhla. C'est le séisme de l'été. Yanja El Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab, a quitté l'Istiqlal pour le PAM. Le ralliement a été officialisé autour du 10 juillet. Il apporte au PAM une présidence de région, un appareil d'élus et une expérience directe du dossier, lui qui a participé aux tables rondes de Genève. Sa rupture avec le camp Ould Errachid, sur fond d'arbitrage des candidatures à Oued Eddahab, transforme une rivalité interne à l'Istiqlal en affrontement ouvert PAM-Istiqlal.

Joumani, à Laâyoune. Le PAM tente d'y ouvrir un second front avec le retour de Mohamed Salem Joumani, écarté du parti en 2023. L'opération relève de la réintégration plus que de la transhumance classique. Elle constitue un point d'appui, pas encore un basculement : à Laâyoune, l'Istiqlal conserve pour l'heure le réseau le plus solide.

Ce qui se joue, c’est certes le décompte des sièges du 23 septembre, mais aussi et d’abord un positionnement des élites. La vraie question tient en une phrase : qui sera autour de la table le jour où l'autonomie sera mise en œuvre ? Qui présidera l'exécutif régional, qui parlera au nom des tribus et avec les grands investisseurs ?

Vus sous cet angle, Boujdour, Aousserd et Smara, plus discrets, deviennent également des champs de rivalité de même que Guelmim Oued Noun où le RNI a de solides relais.

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Le 19 juillet 2026 à 14h51

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