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Souveraineté IA : le Maroc est-il prêt face à la dépendance aux modèles américains ?

La dépendance aux modèles d’intelligence artificielle américains expose le Maroc à un risque stratégique croissant. Alors que les API de Claude, ChatGPT ou Gemini dominent les usages professionnels, la question du cloud souverain, des data centers locaux et d’une stratégie nationale de l’IA devient centrale pour réduire la dépendance technologique du Maroc face aux décisions de Washington. Entretien.

Souveraineté IA : le Maroc est-il prêt face à la dépendance aux modèles américains ?
A. Kh.
Le 15 juillet 2026 à 13h58 | Modifié 15 juillet 2026 à 14h09

L'essentiel

  • En juin 2026, Washington a ordonné à Anthropic de suspendre à l'échelle mondiale l'accès à ses modèles Claude Fable 5 et Mythos 5 pour des raisons de cybersécurité.
  • L'accès n'a été rétabli que le 1er juillet, sous conditions renforcées, révélant qu'aucun client, même professionnel, n'est à l'abri d'une coupure unilatérale.
  • Contrairement à l'Europe, qui s'appuie sur l'AI Act, le Maroc ne dispose d'aucun cadre réglementaire équivalent face à ce type de décision.
  • Pour Jamila Boussaâ, docteure en intelligence artificielle, la dépendance marocaine n'est pourtant "plus monolithique" : elle varie selon la maturité numérique des acteurs.

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Les détails

Le 12 juin 2026, le Bureau of Industry and Security (BIS) du département du Commerce américain a exigé d'Anthropic qu'elle coupe l'accès aux modèles Fable 5 et Mythos 5 à tout ressortissant étranger, invoquant un risque de cybersécurité après la découverte d'une faille par des chercheurs d'Amazon. Faute de pouvoir filtrer ses utilisateurs par nationalité en temps réel, l'entreprise a suspendu l'accès à l'échelle mondiale, y compris à ses propres employés étrangers. L'accès n'a été rétabli que le 1er juillet, sous des conditions renforcées, tandis que Mythos 5 demeure réservé à une liste restreinte d'organisations américaines autorisées.

Quelles leçons le Maroc doit-il tirer de cette affaire ? Le Royaume est-il réellement dépendant des technologies d'IA américaines ? Dispose-t-il des moyens de bâtir une véritable souveraineté numérique ? Pour comprendre les enjeux soulevés par cette nouvelle donne et les perspectives qu'elle ouvre, la docteure Jamila Boussaâ livre son analyse dans un entretien accordé à Médias24.

Trois niveaux de dépendance, trois niveaux de risque

"La dépendance du Maroc à l'IA américaine n'est plus monolithique ; elle se structure désormais en trois strates distinctes", explique Jamila Boussaâ. Les particuliers et les petites entreprises continuent de s'appuyer sur les API cloud américaines pour leur rapidité de déploiement. Les grandes entreprises privilégient des solutions telles que Microsoft Copilot, qui offrent un cadre de conformité plus robuste, tandis que les organismes sensibles fonctionnent déjà de manière autonome grâce à de grands modèles de langage (LLM) déployés en local.

Pour l'experte, le constat est clair : "La souveraineté IA au Maroc existe déjà, mais elle reste le privilège des plus grands et des plus sensibles".

Une dépendance qui relève davantage du choix que de la contrainte

Jamila Boussaâ estime que cette dépendance n'a rien d'inéluctable. "Ce n'est pas une fatalité technique, c'est avant tout un choix d'architecture", affirme-t-elle, ajoutant que "la souveraineté IA est techniquement accessible au Maroc dès maintenant".

Selon elle, le principal frein est d'ordre économique. Les API cloud étrangères demeurent plus rapides à déployer et moins coûteuses à court terme, tandis que le développement d'une infrastructure souveraine exige des investissements importants et une vision à long terme.

Des bases déjà en place

Le Maroc a toutefois engagé plusieurs chantiers structurants. La stratégie Maroc Digital 2030 fait de la souveraineté des données un axe prioritaire, avec notamment le développement d'un Cloud de l'État piloté par la DGSI.

Sur le volet des infrastructures de calcul, Jamila Boussaâ estime que "la régionalisation des capacités n'est pas une ambition pour le Maroc, c'est un chantier déjà engagé". Elle cite notamment le centre de données équipé de processeurs graphiques (GPU) de l'UM6P, la future région cloud d'Oracle, ainsi que le partenariat entre Orange et AWS.

Pour l'experte, l'enjeu est désormais d'accélérer ces projets, de mieux les coordonner et de les inscrire dans une stratégie nationale cohérente afin de consolider la souveraineté numérique du Royaume.

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A. Kh.
Le 15 juillet 2026 à 13h58

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