Législatives du 23 septembre : ce que Laftit et les partis se sont dit, et ce qui va suivre
À deux mois du scrutin, le ministère de l’Intérieur a détaillé les nouvelles règles du vote, du dépôt des candidatures au contrôle des dépenses. Selon les confidences recueillies auprès des chefs de partis présents, le dispositif est presque bouclé, mais la campagne, le choix des candidats et l’usage de l’argent demeurent des points de vigilance majeurs.
L'essentiel
- À deux mois des législatives, le ministère de l’Intérieur a présenté aux partis les dernières mesures encadrant les candidatures, le vote, les recours et les dépenses de campagne.
- Le PAM et le RNI saluent un dispositif jugé plus solide qu’en 2021, avec notamment un dépôt numérique des candidatures, un nouvel isoloir et des listes électorales assainies.
- Le corps électoral compte désormais 15,8 millions d’inscrits, après près de 500.000 radiations liées principalement aux doublons et aux personnes décédées.
- Pour le PPS, les garanties techniques ne suffiront pas : la crédibilité du scrutin dépendra aussi de la probité des candidats, du contrôle de l’argent et du comportement des partis pendant la campagne.
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Les détails
À deux mois des élections législatives du 23 septembre 2026, les dirigeants des neuf partis représentés au Parlement ont été réunis le mardi 14 juillet par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, pour dresser un état des lieux des derniers préparatifs et prendre connaissance des principales innovations destinées à renforcer la transparence du scrutin.
Si un large consensus se dégage sur la qualité du travail préparatoire réalisé par le ministère, les appréciations divergent toutefois lorsqu'il s'agit d'évaluer ce qui déterminera, au final, la crédibilité des élections. Le PAM et le RNI affichent une confiance totale dans le dispositif mis en place, tandis que le PPS estime que les garanties techniques, bien que réunies, ne suffiront pas sans un comportement responsable des partis, des candidats irréprochables et un contrôle effectif de l’argent électoral.
Des avancées techniques saluées par l’ensemble des partis
Présente à cette rencontre préparatoire, la coordinatrice générale du PAM estime, dans un échange avec Médias24, que les conclusions de la réunion sont l'aboutissement d'un long processus de concertation avec les différentes formations politiques.
Fatima Ezzahra El Mansouri souligne que les partis ont été associés à l'élaboration des textes électoraux puis à leur mise en œuvre, estimant que plusieurs de leurs propositions ont été retenues.
Si elle admet qu'aucune élection n'est totalement à l'abri de dérapages, elle salue la démarche "d'écoute et de concertation" du ministère, qui a permis l’introduction de nouveaux mécanismes de contrôle destinés à améliorer l'organisation du scrutin.
Partageant cette lecture, le nouveau président du RNI a indiqué à Médias24 que la rencontre avait permis de mesurer l’avancement des préparatifs et de présenter plusieurs innovations, parmi lesquelles la plateforme numérique de dépôt des candidatures, les nouvelles règles relatives aux comptes de campagne et le rétablissement de la commission centrale de recours, abandonnée lors du scrutin de 2021, afin d’améliorer le traitement des contentieux électoraux.
Parmi les autres nouveautés figure un nouveau modèle d’isoloir, différent du dispositif traditionnel entièrement fermé par un rideau. Désormais semi-ouvert, il doit empêcher certaines manipulations tout en préservant le secret du vote.
Un corps électoral assaini
Confirmant l’assainissement des listes électorales, Mohamed Chaouki indique que les opérations de révision ont ramené le corps électoral à 15,8 millions d'inscrits, contre près de 17 millions auparavant. Cette baisse résulte principalement des opérations d’assainissement menées chaque année, qui se sont traduites par près de 500.000 radiations.
Selon lui, cette évolution s'explique essentiellement par la suppression des doublons et la radiation des personnes décédées, tandis que de nouvelles inscriptions sont venues compléter le fichier.
PAM et RNI optimistes sur la transparence du scrutin
Sur la transparence des élections, les deux leaders ont adopté un discours convergent, estimant que les nouvelles dispositions législatives, les mécanismes de contrôle, les commissions de recours et les nouvelles procédures offriront davantage de garanties qu'en 2021 et contribueront à améliorer la transparence du scrutin ainsi qu’à mobiliser les électeurs le 23 septembre.
Se voulant optimiste sur le déroulement du futur scrutin, Mohamed Chaouki a estimé que les améliorations introduites par le ministère de l'Intérieur constituaient un progrès notable par rapport aux précédentes élections.
Une précision sur le financement des campagnes
Revenant sur le financement des partis, l’actuel président du groupe parlementaire du RNI a souhaité corriger les informations contenues dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, qu’il juge trompeuse.
Mohamed Chaouki affirme n’avoir jamais interrogé le ministre de l'Intérieur sur les subventions accordées aux partis au titre des exercices précédents. Sa question portait, selon lui, exclusivement sur un point technique de gouvernance financière.
"J’ai simplement demandé si les dépenses de campagne engagées avant le versement de la subvention publique, prévu soixante jours avant le scrutin, pouvaient être avancées à partir du compte général du parti avant d'être régularisées sur le compte bancaire spécifique de la campagne électorale une fois les fonds publics versés", a expliqué Mohamed Chaouki, ajoutant que son intervention visait uniquement à sécuriser les procédures comptables prévues par la législation.
Le débat reste ouvert sur la place des femmes
Interrogée sur la faible représentation féminine dans les circonscriptions locales, Fatima Ezzahra El Mansouri a reconnu que les progrès demeuraient insuffisants, tout en affirmant que son parti a accrédité davantage de femmes que ses concurrents dans ces circonscriptions. Elle rappelle également que les listes régionales sont exclusivement féminines.
Elle explique cette situation par la difficulté de disposer de candidates bénéficiant d'un ancrage électoral solide, tout en assurant que son parti poursuivra ses efforts pour renforcer leur présence.
De son côté, Mohamed Chaouki a défendu le bilan du RNI en matière d'inclusion, rappelant que deux des principales commissions parlementaires présidées par son parti sont dirigées par des femmes et que le quota légal est respecté grâce aux listes régionales.
S'agissant des candidatures locales, il a mis en avant quatre investitures féminines qu'il qualifie de « candidatures de qualité », fondées sur les compétences et l'ancrage territorial.
Les garanties techniques sont indéniables, mais elles ne suffisent pas, selon le PPS
Contacté à son tour pour recueillir l’appréciation d’un parti de l’opposition, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Nabil Benabdellah, a adopté une analyse plus nuancée.
Tout en reconnaissant que le nouveau dispositif électoral présenté par le ministère de l'Intérieur constitue "une avancée importante" par rapport aux précédents scrutins, il s’est refusé à conclure dès aujourd'hui que toutes les conditions d'une élection pleinement intègre étaient réunies.
"Concernant les mesures apportées, il est indéniable que les garanties nécessaires ont été apportées, mais la manière dont se déroulera le scrutin ne dépendra pas uniquement du ministère de l'Intérieur", a expliqué le dirigeant du PPS, pour qui le véritable test commencera avec la campagne électorale.
Il cite parmi les facteurs susceptibles de peser sur la crédibilité du scrutin le comportement des partis politiques, la qualité et la probité des candidats, l'utilisation de l'argent pendant la campagne, le contrôle des dépenses électorales, ainsi que le respect des règles d'une concurrence loyale entre les candidats.
En d’autres termes, si le ministère a rempli sa part, il appartient désormais aux acteurs politiques de faire preuve de responsabilité en évitant les pratiques récurrentes des précédentes élections.
L'argent électoral au cœur des préoccupations
Insistant sur la question des moyens financiers mobilisés pendant la campagne, Nabil Benabdellah estime que la sincérité du scrutin dépendra de la capacité des autorités à contrôler les dépenses électorales, à lutter contre l'achat de voix et, in fine, à empêcher les pratiques clientélistes observées lors des précédentes échéances.
"Malgré toutes les nouvelles mesures que nous saluons, il est prématuré de porter un jugement définitif sur la transparence des élections avant d'observer concrètement le déroulement de la campagne et le comportement des différents protagonistes", a résumé le responsable du PPS, pour qui la crédibilité du scrutin ne se jouera pas uniquement dans les bureaux de vote.
Mettant l’accent sur le futur niveau de participation, Nabil Benabdellah a conclu qu’une forte mobilisation des électeurs constituerait le meilleur antidote contre les dérives susceptibles d'entacher le scrutin, notamment l'achat de voix, qui a, selon lui, pesé sur les résultats de précédentes élections.
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