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Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)

Avant le dénouement de leur escapade américaine et une élimination en quart de finale face à la France, les Lions de l’Atlas et leurs supporters ont vécu une aventure hors norme. Une histoire commencée le 22 mai au Complexe Mohammed VI de Salé et qui aura tenu tout un peuple en haleine pendant quatre semaines. En voici le récit.

Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)
Chady Chaabi
Le 13 juillet 2026 à 11h18 | Modifié 13 juillet 2026 à 11h42

Si rien ne vaut un succès en Coupe du monde pour rendre un peuple ivre de bonheur, s’arrêter en quart de finale n’est pas infamant. Surtout lorsque ce parcours suscite autant d’émotions.

On ne remerciera jamais assez les hommes de Mohamed Ouahbi d’avoir offert au pays cette parenthèse enchantée. Ces quatre semaines que l’on espérait tout de même voir durer une éternité.

Quatre ans après la défaite en demi-finale au Qatar, l’élimination au Mondial 2026 s’apparente à une victoire. Car, bien qu’il ne faille pas attendre de nos Lions qu’ils supportent le destin national plus que de raison, ils incarnent désormais une tradition.

Une certaine idée de la résistance à l’usure du temps, qui n’a altéré ni l’ambition ni le statut d’une équipe qui n’a jamais cessé de rêver grand.

Ce sont deux aventures collectives plus que des aventures de jeu, deux épopées qui, au bout du compte, ont la même signature : le don de soi et le sens de l’autre.

Exemplaires sur le terrain comme dans leurs déclarations, les Lions de l’Atlas n’ont pas à rougir de leur odyssée américaine. Partagés entre la fierté et la déception, ils n’ont pas à s’en vouloir d’avoir maintenu le Maroc parmi les grandes nations du football mondial.

Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)

Une aventure lancée au Complexe Mohammed VI de Salé

Voyageons dans le temps. Certains d’entre eux sont arrivés le 22 mai dans le calme du Complexe Mohammed VI à Salé. Lieu de vie des équipes nationales, toutes catégories confondues.

Point de départ d’une aventure qui pourrait s’étirer sur près de deux mois, si tout se passait bien. Ils n’en ont pas été loin. Ce soir-là, ils étaient 28 à table, dont le tant attendu Ayyoub Bouaddi.

Mais seule la moitié avait une chance d’être dans l’avion qui allait traverser l’Atlantique, quelques jours plus tard. Parce que plusieurs internationaux confirmés étaient excusés en raison d’une fin de saison chargée en club.

Et parce que le sélectionneur national et son staff voulaient accorder une chance à ceux qui n’en avaient jamais eu et montrer aux autres que leurs places n’étaient pas garanties.

C’est ainsi que, pendant quatre jours d’entraînement intense, des habitués comme Ayoub El Kaabi, Munir El Kajoui et Anas Salah-Eddine, pour ne citer qu’eux, devaient se montrer sous leur meilleur jour tout en ayant dans le rétroviseur des novices en équipe nationale aux dents longues (Soufiane Benjdida, Yanis Bagraoui…).

On comprendra plus tard que ces derniers étaient d’abord des sparring partners pour maintenir leurs aînés en forme plutôt que de véritables options en vue du Mondial.

Ils n’ont pas pris ombrage de cette occasion manquée de prendre la lumière lorsque le sélectionneur a annoncé la liste des 26 mondialistes.

Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)

Les premiers arbitrages de Mohamed Ouahbi

Peu ou pas de surprises, excepté l’énigme Ayoube Amaimanou, qui le restera d’ailleurs jusqu’à la fin du Mondial.

Mais une seule ombre au tableau, la convocation d’un Nayef Aguerd encore convalescent et qui allait se battre contre le temps pour intégrer une défense centrale qui allait finalement s’en sortir sans lui. Même si Mohamed Ouahbi y a cru jusqu’au bout.

Le sélectionneur sait combien les premiers jours de la préparation d’un grand tournoi sont capitaux, qu’ils peuvent très vite devenir le talon d’Achille d’une sélection en cours de compétition.

Avec tout le monde sous la main dès le 28 mai, le staff a pu mieux individualiser le travail physique et procéder à une remise à niveau, en intégrant quasiment le ballon à chaque fois aux exercices.

Il n’empêche, les Lions de l’Atlas présents auront tout de même eu droit à un travail de course qui pompe l’énergie à ce moment de la saison, mais dont les bienfaits se ressentiront pendant la compétition.

Étrillée à Rabat (4-0), Madagascar en a fait l’amère expérience dès la veille du départ des Lions de l’Atlas pour les États-Unis, lors d’un match préparatoire à sens unique, mais qui disait beaucoup de l’influence naissante d’Ismael Saibari au sein du dispositif de Mohamed Ouahbi.

Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)
Le sélectionneur national, Mohamed Ouahbi.

En inscrivant un doublé, on devinait que le faux numéro neuf avait aussi de vraies qualités d’attaquant. Il s’était également délesté du poids des critiques après ses prestations en demi-teinte quelques mois plus tôt.

Et c’est toujours mieux de ne pas s’envoler avec des doutes. Cette victoire, même face à une opposition, disons modeste pour ne froisser personne, n’a fait qu’amplifier la bonne ambiance qui régnait déjà dans le groupe depuis le début du rassemblement.

Ouahbi doit composer avec les premiers imprévus de son mandat

Réussir le mélange générationnel qui caractérise l’équipe nationale est un défi aussi. Mais le rassemblement du mois de mars et celui de mai ont aussi servi à éliminer ceux dont le comportement ne collerait pas à une vie en collectivité pendant plusieurs semaines.

Le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, qui cohabite souvent avec cette joyeuse bande d’amis, observe la vie d’un groupe auquel il est attaché d’un œil amusé.

Il n’hésite pas à taquiner des joueurs comme Achraf Hakimi, avec lequel il entretient une belle complicité. En fin connaisseur du ballon rond, il aime aussi ces discussions avec le staff lors des entraînements.

Mais aucun d’eux n’aurait pu voir venir la tuile de la semaine qui précéda l’entrée en lice des Lions de l’Atlas dans le tournoi.

Alors que l’heure du rendez-vous contre la Seleção approche, Ouahbi doit composer avec les premiers imprévus de son mandat, commencé il y a à peine quatre mois.

Pourtant, c’était un dimanche où les Lions de l’Atlas s’étaient rassurés face à une équipe compétitive. C’était la Norvège, en match préparatoire. Une confiance qui en a pris un sacré coup après la blessure d’Abdessamad Ezzalzouli.

Sur une action anodine, l’attaquant s’est écroulé en se tenant le genou avant de quitter ses coéquipiers en pleurs, au terme d’un premier acte qu’il avait survolé.

L’affaire semblait compromise pour le Sévillan. Et comme si cela ne suffisait pas, Nayef Aguerd s’est également résigné à faire ses adieux, la mort dans l’âme, insuffisamment rétabli du mal aux adducteurs qui le rongeait depuis des mois.

Le sélectionneur accuse le coup, mais ne rompt pas. Il ne montre aucun signe d’inquiétude, continue de promener sa bonhomie et affiche un optimisme inébranlable.

Une entrée en lice réussie

Le scénario contre le Brésil affermira sa foi en ses joueurs, et l’inverse aussi. L’insolente réussite d’Ismael Saibari lors de la phase de groupes au poste d’avant-centre (3 buts en 3 matches) a autant validé le choix du sélectionneur qu’elle lui a donné du crédit auprès de ses joueurs.

Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)

La qualification pour les huitièmes assurée après deux matches, le staff peut faire tourner face à Haïti dans une rencontre moyennement maîtrisée. De toute façon, elle n’avait pas vocation à rester gravée dans nos mémoires pour l’éternité.

Tout le contraire de la formidable qualification en huitièmes aux dépens des Pays-Bas, qui a envoyé des centaines de milliers de Marocains, au petit matin, communier dans les rues aussi bien dans le pays qu’en dehors.

Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)

Tellement beau à voir ! Autant de personnes ont clamé leur amour pour leur pays, leur fierté d’être marocaines. Des démonstrations de patriotisme spontanées et sincères que seul le football génère.

À tel point que même la qualification en quarts aux dépens du Canada, plus attendue et moins spectaculaire dans son scénario, n’a pas suscité moins d’enthousiasme et de bonheur, aussi bien de la part des Lions de l’Atlas que de leurs supporters.

À ce stade de la compétition, aller au bout n’était pas qu’un voeu pieux, mais bel et bien un objectif commun et sans frontières.

Mais inutile de vous mentir, les blessures d’Ismael Saibari et de Chadi Riad rendaient la tâche pour le moins complexe alors que l’équipe nationale s’avançait vers de redoutables Français.

Le staff et les joueurs ont quitté la scène avec les honneurs

Dans sa communication, Ouahbi aura fait passer l’idée que la qualification n’était pas inaccessible.

Cependant, il a étonnamment et implicitement transmis un message contradictoire à ses joueurs en proposant un plan de jeu restrictif, laissant tous ses attaquants axiaux sur le banc.

Alignant plus de milieux de terrain qu’il ne le fallait, privant son équipe de profondeur et de toute chance d’inquiéter la défense des Bleus. Yassine Bounou a porté sa cape de héros jusqu’à l’heure de jeu avant de céder sur une réalisation de Kylian Mbappé.

Coupe du monde 2026. Le Maroc sort frustré, mais grandi par son épopée (récit)

En dépit de la tristesse née d’une défaite frustrante, où les Lions de l’Atlas n’ont jamais pu combattre à armes égales, le staff et les joueurs ont quitté la scène avec les honneurs.

Une forme de récompense de l’humilité et de la sérénité que cette sélection a su conserver en toutes circonstances pendant près de deux mois.

Un laps de temps où la joie de vivre sans exubérance a caractérisé un groupe qui n’a vécu que pour aller le plus loin possible et rendre fiers ses supporters.

Pour l’heure, les Lions de l’Atlas sont en vacances. Et ils l’ont pleinement mérité. Ils ont bien le temps de songer à être à la hauteur de leur rang lorsqu’il leur faudra s’atteler à d’autres conquêtes.

Avec en ligne de mire la Coupe d’Afrique des nations 2027 avant d’étendre leur horizon jusqu’au Mondial 2030 à domicile. Sans doute l’occasion de confirmer que la patience est un arbre à la racine amère, mais aux fruits doux.

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Chady Chaabi
Le 13 juillet 2026 à 11h18

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