Canicule : le Maroc dans la fournaise, un épisode hors norme s'installe
Les thermomètres s’emballent, les villes de l’intérieur dépassent les 40 °C, le littoral perd son rôle de refuge et les nuits elles-mêmes peinent à rafraîchir l’air. Du sud du Royaume à l’Europe, la chaleur s’accroche sous l’effet d’un blocage atmosphérique qui prolonge l’épisode et rappelle l’urgence d’adapter nos villes à des étés de plus en plus extrêmes.
L'essentiel
- Le Maroc reste pris dans une séquence de chaleur exceptionnelle, avec plusieurs villes au-dessus de 40 °C et des pics proches de 47 °C, tandis que même le littoral ne joue plus pleinement son rôle de refuge thermique.
- L’épisode s’inscrit dans une dynamique plus large, du Maroc à l’Europe, portée par un dôme de chaleur et un blocage en oméga qui figent l’atmosphère et font remonter l’air saharien vers le nord.
- Les indicateurs globaux confirment la tendance : température moyenne mondiale au niveau des pics récents, océans en surchauffe et anomalies marquées par rapport aux moyennes des dernières décennies.
- Au-delà de l’urgence météo, ces canicules imposent de repenser la ville marocaine : moins de béton, plus d’ombre, plus d’eau, plus d’îlots de fraîcheur, car la question relève désormais de la santé publique.
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Les détails
D’est en ouest, la plupart des capitales européennes ont enregistré des chaleurs inédites, notamment Madrid (39,9 °C) et Lisbonne (35,9 °C). Par rapport aux canicules précédentes, celle-ci s'annonce plus rude et plus longue, et aucun horizon de sortie ne se dessine pour l'instant.
Au Maroc, plusieurs villes continuent de flamber au-dessus de 40 °C. Smara arrive en tête avec 47 °C, suivie de près par Khémisset (46,8 °C). Viennent ensuite Taroudant (44,9 °C), Benguérir (44,8 °C) et Guelmim (44,6 °C). Nouasseur et Sidi Slimane ont atteint 43,7 °C, alors que Béni Mellal a enregistré 43,2 °C. Ces villes figurent parmi les 100 zones les plus chaudes de la planète, une preuve supplémentaire de l'impact violent du dérèglement climatique sur notre pays.
De même, les villes côtières, malgré l'influence modératrice de l'océan, enregistrent des températures inédites : elles oscillent actuellement entre 30 et 35 °C, ce mardi 7 juillet 2026, signe que la brise du littoral est quasi absente.
Vers la fin de la semaine, la DGM prévoit une légère baisse des températures, mais celle-ci sera de très courte durée avant une reprise de la canicule, qui devrait se poursuivre jusqu'à la fin de juillet.
Terre et océan en surchauffe : 2026 sur les traces du record de 2023
L’examen des cartes d’anomalies par rapport à la moyenne des dernières années montre des anomalies de chaleur fortes dans le nord-ouest, le centre et le sud du Maroc, tandis que les anomalies de fraîcheur se situent actuellement dans l’extrême sud-ouest du Maroc, entre Dakhla et Lagouira.

Sur le plan quantitatif, si l'on examine l'évolution de la température moyenne du globe par rapport à la normale 1975-2025, on relève une anomalie de +0,7 °C, comparable à celle de juillet 2023, année où notre pays avait enregistré plusieurs canicules.
En valeurs absolues, la température moyenne mondiale a atteint 16,88 °C ce 7 juillet 2026, soit un niveau égal au pic de l'été 2025 (16,88 °C, atteint le 11 juillet) et déjà supérieur à celui de 2024 (16,86 °C, le 14 juillet). Le record demeure toutefois celui du 6 juillet 2023, avec 17,08 °C.
L'année 2026 se révèle particulièrement chaude par rapport aux deux précédentes, qui avaient été plus douces, notamment l'année dernière.
Depuis le mois de juin, l'océan enregistre lui aussi des valeurs record par rapport aux années précédentes, atteignant 20,9 °C ce 5 juillet 2026. Il s'agit d'une anomalie de +0,5 °C par rapport à la moyenne 1991-2020.
Blocage en oméga : quand l'atmosphère se fige
Rappelons qu'en mai déjà, le Maroc avait enregistré des températures caniculaires inédites, dignes d'un plein mois d'été. Pendant cinq jours d'affilée, du 21 au 25 mai 2026, le thermomètre a oscillé entre 44,1 °C et 44,9 °C, ce dernier seuil ayant été atteint à trois reprises consécutives, les 23, 24 et 25 mai.
À la différence de la canicule actuelle, plusieurs localités de la façade atlantique avaient également franchi le seuil critique des 40 °C, à l'image de Kénitra (42,9 °C le 22 mai) ou encore de Safi (42,5 °C le 26 mai).
En Europe, les explications météorologiques tendent à relier le phénomène actuel au blocage en oméga. Celui-ci se produit lorsqu'une vaste dorsale de hautes pressions se retrouve coincée entre deux zones de basses pressions, dessinant sur les cartes la forme de la lettre grecque Ω.
En temps normal, les systèmes météorologiques circulent d'ouest en est et se renouvellent régulièrement. Lors d'un blocage en oméga, cette circulation se dérègle. Le flux ondule fortement vers le nord et le sud, si bien que les centres d'action se retrouvent isolés, comme piégés. Un véritable embouteillage atmosphérique s'installe alors, et le temps en place se fige, généralement de trois à dix jours, parfois plusieurs semaines.
En clair, il s’agit d’une goutte froide positionnée près des Açores, qui fait remonter en continu une masse d'air très chaude d'origine saharienne vers l'Espagne et la France. Le Maroc, situé en amont de ce flux, n'est pas épargné.
Repenser la ville avant les canicules de demain
Les projections climatiques sont sans ambiguïté : le nombre de jours de canicule pourrait tripler, voire quadrupler d'ici le milieu du siècle, selon le niveau des émissions mondiales.
Ces épisodes caniculaires à répétition sont un appel à revoir nos aménagements urbains pour mieux protéger les populations. La minéralisation des boulevards — bitume, béton et surfaces goudronnées qui emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit — aggrave l'effet d'îlot de chaleur urbain, là où un réseau dense d'arbres d'ombrage rendrait ces canicules moins sévères.
Plusieurs pistes s'imposent désormais aux urbanistes : végétaliser massivement les artères et les places publiques, multiplier les points d'eau et les fontaines, privilégier des revêtements clairs et perméables, imposer des normes de construction adaptées au climat de demain, et créer des îlots de fraîcheur accessibles aux habitants les plus vulnérables — personnes âgées, enfants, travailleurs en extérieur. Autant de mesures qui ne relèvent plus du confort, mais de la santé publique.
Or, à l'exception de quelques villes, notamment Tanger et Rabat, les surfaces minéralisées prédominent dans les agglomérations marocaines, ce qui facilite le développement des îlots de chaleur urbains.
Ces derniers, en cas de canicule, peuvent faire grimper les températures de plusieurs degrés supplémentaires par rapport aux zones périphériques ou végétalisées — un écart qui atteint fréquemment 3 à 5 °C, et davantage encore la nuit.
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