Engrais : après le Japon, l'Amérique vient frapper à la porte du Maroc
SECURITE ALIMENTAIRE. Donald Trump a suspendu, le 29 juin, certains droits de douane sur les phosphates marocains. Au nom d'une urgence nationale. Quelques jours plus tôt, c'était le ministre japonais de l'Agriculture qui faisait le voyage jusqu'à Jorf Lasfar. Deux signaux, une même évidence : quand les engrais manquent, le monde se tourne vers le Maroc.
L'essentiel
- Donald Trump a déclaré la situation d'urgence sur les engrais et suspendu, pour huit mois, certains droits "antidumping et compensateurs" sur les engrais phosphatés marocains.
- Le motif : la production américaine ne suffit plus à nourrir l'agriculture du pays, et la guerre déclenchée fin février a désorganisé les marchés mondiaux.
- La décision tombe quelques jours après la visite du ministre japonais de l'Agriculture à Jorf Lasfar, venu lui aussi sécuriser ses approvisionnements.
- Le Maroc, avec près de 70% des réserves mondiales de phosphate, devient le fournisseur stable que tout le monde cherche et le garant de la sécurité alimentaire mondiale.
Les détails
Ce lundi 29 juin, Donald Trump a signé une proclamation suspendant certains droits sur les engrais phosphatés venus du Maroc. Des droits antidumping et compensateurs, ceux-là mêmes qui freinaient depuis des années les exportations marocaines vers le marché américain. La suspension court sur huit mois, ou jusqu'à la fin de l'état d'urgence. Le premier des deux qui arrive.
La production américaine d'engrais phosphatés risque de ne plus suffire à nourrir l'agriculture du pays, une fois les exportations retirées. Les États-Unis comptent donc aller chercher les engrais au Maroc. OCP pourra donc livrer sans interruption.
Comment en est-on arrivé là ? Tout remonte à la fin février. L'attaque américano-israélienne contre l'Iran, a embrasé le Golfe. Or par le Détroit d'Ormuz, transite plus de la moitié du soufre du monde ainsi qu'une partie de l'ammoniac, tous deux indispensables à la fabrication d'engrais (surtout le premier). Le détroit d'Ormuz se ferme donc ou bien la navigation y devient incertaine. Le soufre et l'ammoniac, ces ingrédients sans lesquels on ne produit pas d'engrais phosphaté, cessent de circuler. Les cargos restent à quai. L'engrais phosphaté devient rare dans le monde et c'est là qu'OCP ouvre toutes ses capacités et renforce sa production de TSP.
En fait, OCP est resté debout quand les autres tombaient. Avec ses 70% de réserves mondiales de phosphate et un appareil industriel qui maîtrise toute la chaîne, de la mine à l'engrais fini; avec sa stratégie anticipatrice, OCP s'est retrouvé fiable au moment exact où la fiabilité devenait introuvable.
D'ailleurs, les Américains ne sont pas les seuls à l'avoir remarqué. Quelques jours à peine avant la décision de Trump, un autre visiteur foulait le sol de Jorf Lasfar. Norikazu Suzuki, ministre japonais de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche, à la tête d'une délégation. Même démarche, même objectif : verrouiller pour le Japon, un accès durable aux phosphates marocains.
Le signal est clair. Le Maroc se confirme en tant que pilier de la sécurité alimentaire mondiale.
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