Procès Gen Z à Casablanca : 13 prévenus quittent la prison
Après deux mois d’audience, la cour d’appel a tranché le sort des 18 prévenus majeurs poursuivis après les événements de septembre 2025 sur l’autoroute urbaine. Deux détenus restent incarcérés, trois autres écopent du sursis, tandis que la défense conteste toujours le fond du dossier et n’exclut pas l’appel.
Au terme d’un procès qui a duré environ deux mois et d'une audience-fleuve qui s’est prolongée tard dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 juin 2026, la cour d’appel de Casablanca a rendu son jugement concernant les 18 prévenus majeurs impliqués dans le mouvement "Gen Z".
Le verdict prononcé par les juges s'articule en fonction de la situation des prévenus :
- Pour 13 détenus : le tribunal a prononcé une peine d’un an de prison, dont 8 mois fermes. Ayant déjà purgé ces 8 mois en détention préventive, ils ont pu quitter l'établissement pénitentiaire à l'issue de l'audience.
- Pour 2 détenus : la sentence est d'un an de prison, dont 10 mois fermes. Ces deux prévenus restent donc incarcérés pour purger le reliquat de leur peine, estimé à environ un mois et demi.
- Pour les 3 prévenus qui comparaissaient en liberté provisoire : le tribunal a prononcé une peine d’un an de prison avec sursis.
Les origines de l'affaire : 24 arrestations et un dossier scindé
L’affaire remonte aux événements des 28 et 29 septembre 2025, lors d'une action menée sur l’autoroute urbaine de Casablanca par le mouvement "Gen Z".
Au total, 24 personnes avaient été interpellées par la brigade préfectorale de la police judiciaire de Casablanca. Par la suite, les autorités judiciaires avaient fait le choix de scinder le dossier en deux groupes distincts : d'un côté, les 18 majeurs, dont le procès vient de s'achever, et de l'autre, les 6 mineurs, dont le sort dépend d'une procédure parallèle toujours en cours.
Les poursuites se sont notamment appuyées sur l’article 591 du Code pénal marocain. Ce texte sanctionne l’entrave volontaire à la circulation sur la voie publique d’une manière de nature à causer des accidents ou à bloquer le passage, prévoyant des peines de 5 à 10 ans de réclusion.
La défense conteste l'infraction sur le fond et sur la forme
Pour le collectif d'avocats mobilisés bénévolement, représenté par Me Oumaima Boujaera, la décision rendue reste discutable en droit, selon la défense. Tout au long des deux mois d’audience, les conseils des prévenus ont soulevé des vices de procédure, des atteintes alléguées aux droits constitutionnels (comme le droit de manifester et de se rassembler), ainsi que des manquements présumés au droit à un procès équitable.
Sur le fond du dossier, Me Oumaima Boujaera a contesté la caractérisation même de l’infraction d'entrave à la voie publique visée par l'article 591 :
- L'élément matériel : selon la défense, la définition légale de la "voie publique" prévue par le Code pénal ne correspond pas à la configuration des lieux où se trouvaient les manifestants lors des rassemblements.
- L'élément moral : les avocats ont soutenu que l'intention délibérée et coupable d'entraver la circulation routière n'était pas établie dans le dossier.
La défense conteste la présence des prévenus sur l'autoroute
L'un des points centraux de la plaidoirie de la défense a reposé sur la contestation de la présence des prévenus sur l'autoroute au moment des faits. Me Oumaima Boujaera souligne que les éléments de preuve versés aux débats ne permettraient pas, selon elle, d’établir cette présence. "Les intéressés ont constamment et de manière cohérente nié s'être trouvés sur l'autoroute. De plus, aucun élément matériel apporté par l'accusation ne vient confirmer cette présence", explique-t-elle dans un entretien accordé à Médias24.
La défense s'est appuyée directement sur les procès-verbaux d'interpellation rédigés par la police judiciaire. Ces documents officiels font état d’arrestations intervenues en dehors de l'autoroute, sur des axes urbains distincts de la métropole, précisément au niveau du boulevard Mohammed VI, de Sidi Maârouf 1 et 2, et du souk El Kriaâ.
Une décision susceptible d’appel
Interrogée sur l'issue de cette audience, Me Oumaima Boujaera exprime un sentiment mitigé. Si la sortie de prison de 13 jeunes a procuré un soulagement aux familles, l'avocate rappelle que "la satisfaction est incomplète", la défense continuant de contester la culpabilité de l'ensemble des prévenus au regard des éléments qu’elle juge insuffisants dans le dossier.
S’agissant d’un jugement de première instance, la possibilité d’interjeter appel est actuellement à l'étude. La décision sera prise en concertation étroite avec les condamnés dans les jours à venir.
Par ailleurs, le collectif d'avocats reste mobilisé sur les autres volets de cette affaire. Il dit suivre de près le dossier des 6 mineurs toujours en attente de jugement.
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