Gaming : le Maroc vise jusqu’à 3 milliards de dollars de recettes annuelles d’ici 2032 (Mehdi Bensaïd)
Après trois éditions du Morocco Gaming Expo, le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication estime avoir posé les fondations d’une véritable industrie nationale du gaming. Porté par la montée en puissance des start-up, la formation, l’arrivée d’investisseurs étrangers, Rabat Gaming City et l’émergence de futurs champions marocains, l’écosystème naissant entre désormais dans une phase d’accélération, selon Mehdi Bensaid. Explications.
Après la clôture récente de la 3e édition du Morocco Gaming Expo, les premiers résultats sont jugés encourageants par le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication. Alors que cette industrie numérique naissante partait presque de zéro en 2023, Mehdi Bensaid affirme que le Maroc a désormais toutes les cartes en main pour devenir, à moyen terme, l’un des principaux hubs africains du gaming.
De trois à cinquante start-up en trois ans
Interrogé sur le principal indicateur de réussite de la stratégie engagée depuis trois ans, le ministre explique qu’il réside surtout dans la croissance rapide du nombre d’entreprises opérant dans le secteur.
« Nous sommes passés de quelques porteurs de projets à une cinquantaine de start-up structurées », souligne-t-il, en ajoutant que certaines emploient déjà des équipes de plusieurs développeurs et commencent à commercialiser leurs productions sur les plateformes internationales.
Au-delà de leur nombre, Mehdi Bensaid insiste surtout sur leur capacité à survivre, à générer du chiffre d’affaires et à développer des modèles économiques viables. Plusieurs studios marocains sont, selon lui, désormais présents sur les marchés internationaux à travers les plateformes mobiles, tandis que certains préparent déjà des productions destinées aux grandes consoles.
"Le gaming ne se limite plus aux jeux vidéo"
L’un des enseignements majeurs de cette troisième édition est l’émergence d’une nouvelle génération d’entreprises spécialisées dans la « gamification », c’est-à-dire l’application des technologies et des mécanismes du jeu vidéo à d’autres secteurs d’activité.
Selon le ministre, des start-up marocaines développent déjà des solutions pour l’éducation, l’environnement, la santé ou encore la sécurité. Certaines ont même remporté leurs premiers marchés publics, notamment dans le domaine des jeux éducatifs.
« Nous sommes passés à une deuxième phase, car les technologies développées localement ne consistent plus seulement à créer des jeux vidéo, mais servent aussi d’autres secteurs », explique-t-il.
En d’autres termes, la diversification actuelle de ces entreprises ouvre des perspectives considérables pour l’industrie nationale dans un marché mondial où les applications de la gamification se multiplient.
Des champions marocains en gestation
Se disant très optimiste sur leur potentiel de développement à l’international, le ministre affirme avoir identifié plusieurs studios à fort potentiel, capables de devenir des références internationales.
Et d’ajouter que deux à trois start-up marocaines disposent déjà de projets considérés comme particulièrement prometteurs par les experts internationaux présents au Morocco Gaming Expo.
« Des experts étrangers nous ont indiqué que certains studios locaux avaient des projets susceptibles de devenir de véritables champions internationaux à l’horizon de trois ans », révèle Mehdi Bensaid, pour qui ces studios travaillent sur des jeux destinés aux consoles de nouvelle génération.
Tout en affirmant que leurs projets nécessitent encore plusieurs années de développement, il estime qu’en cas de succès commercial, leurs produits finaux seront en mesure de générer des revenus de plusieurs centaines de millions de dirhams.
Rabat Gaming City, pierre angulaire du futur écosystème
Pour accompagner cette montée en puissance, le ministre mise sur la création de Rabat Gaming City, un projet de développement numérique dont la convention a déjà été signée et qui doit accueillir studios, investisseurs, incubateurs et entreprises technologiques dans un même écosystème intégré.
Une fois finalisée, cette infrastructure permettra aux start-up d’attirer des acteurs internationaux désireux d’utiliser le Maroc comme plateforme vers les marchés africains, européens et moyen-orientaux.
Pour le ministre, ce cadre de développement constituera une étape décisive dans la maturation du secteur et permettra d’évaluer plus précisément son impact économique à partir de 2030.
"Devenir un hub africain du gaming"
Interrogé sur la concurrence de l’Afrique du Sud, de l’Égypte ou du Nigeria, il pense que le Maroc peut se distinguer avec une stratégie reposant sur la formation, l’incubation et l’investissement, autant d’éléments qui constituent un avantage compétitif grâce à une vision de long terme et à un accompagnement public.
« Contrairement à d’autres marchés africains qui sont davantage orientés vers l’e-sport, le Royaume entend développer l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie du gaming, depuis la formation des talents jusqu’à la production et l’exportation de contenus », résume Mehdi Bensaid, en précisant que le Maroc est le premier pays africain à construire un véritable écosystème industriel du gaming.
Une industrie créatrice d’emplois qualifiés
S’il reconnaît qu’aucune évaluation officielle du nombre d’emplois créés n’a encore été réalisée, le ministre observe déjà une progression significative des recrutements au sein des studios marocains, avec un écosystème qui mobilise des compétences diverses : développeurs, graphistes, spécialistes de l’intelligence artificielle, scénaristes, designers sonores ou encore experts en animation.
Sur les prévisions de créations d’emplois, il avance que le secteur pourrait dépasser les objectifs initiaux de 5.000 à 10.000 emplois directs à l’horizon 2030 si la dynamique actuelle se poursuit.
« Le gaming n’est pas un métier d’avenir, mais du présent », insiste-t-il, rappelant que le marché mondial représente près de 300 milliards de dollars et affiche une croissance annuelle à deux chiffres.
"Capter 1% du marché mondial"
Face à cette dynamique, le ministre avance que le Maroc pourrait capter entre 0,5% et 1% du marché mondial à l’horizon 2030-2032, soit entre 1,5 et 3 milliards de dollars de revenus annuels pour l’économie nationale.
Pour y parvenir, sa stratégie repose sur trois leviers : soutenir les studios marocains, attirer les investisseurs étrangers et développer progressivement l’ensemble de la chaîne industrielle du secteur.
Tout en espérant faire du Maroc une plateforme mondiale de création d’outils de software (logiciels, contenus numériques…), le ministre n’exclut pas, à terme, l’installation sur place de certaines activités industrielles liées à la fabrication d’équipements ou de composants hardware destinés à cette industrie.
Une stratégie qui dépasse les attentes initiales
Sur les perspectives de cet écosystème naissant, trois ans après son lancement, il affirme que la politique publique en faveur du gaming produit déjà des résultats supérieurs aux prévisions initiales.
« Alors qu’en 2023, nous cherchions juste à convaincre des champions internationaux de s’installer au Maroc, aujourd’hui nous voulons créer nos propres champions », résume Mehdi Bensaid, pour qui cette évolution témoigne de la maturité croissante de l’écosystème et de la qualité des talents marocains.
Et de conclure que si les projets lancés confirment leur potentiel, le Maroc pourrait s’imposer comme l’un des nouveaux pôles du gaming en Afrique et dans la région MENA, avec l’ambition assumée de transformer une industrie naissante en véritable moteur de croissance, d’innovation et d’exportation.
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