Transport routier international : le secteur “à l’agonie” face au casse-tête Schengen
La problématique du régime d’entrée et de sortie des transporteurs routiers marocains de marchandises à l’international reste, à ce jour, sans issue. Malgré les discussions engagées du côté marocain, le dossier reste bloqué, dans l’attente d'une décision européenne. Cette situation continue de peser lourdement sur un secteur déjà fragilisé.
La problématique du régime d’entrée et de sortie (EES) des transporteurs routiers marocains de marchandises à l’international n’est toujours pas résolue. Ce dossier complexe, en suspens depuis des semaines, continue de peser lourdement sur l’activité du secteur, dans un contexte où les professionnels restent dans l’attente d’une décision au niveau européen.
Contacté par Médias24, le président de l'Association marocaine des transports routiers intercontinentaux du Maroc (AMTRI Maroc), Amer Zghino, nous a expliqué que tout repose actuellement sur une décision attendue du gouvernement espagnol, qui doit se réunir avec l’Union européenne afin de valider un mécanisme permettant de fluidifier le système d’entrée et de sortie des chauffeurs. À ce jour, aucune réunion décisive n’a eu lieu, ce qui maintient le blocage.Seuls 20% des chauffeurs internationaux sont encore dans les limites autorisées par les visas Schengen touristiques
Le cœur du problème concerne le système actuel de comptabilisation des séjours, lequel a été informatisé. D’après la même source, "près de 80% des chauffeurs ont déjà dépassé le seuil des 90 jours" cumulés autorisés par les visas Schengen touristiques, ce qui crée une forte pression sur les entreprises de transport.
"Les opérateurs ne fonctionnent plus aujourd'hui qu'avec les 20% des chauffeurs encore dans les limites autorisées", ajoute-t-il, soulignant que "cette situation devient difficilement tenable".
Les discussions côté marocain sont jugées avancées. "Le gouvernement marocain est pleinement mobilisé pour tenter de trouver la solution adéquate à ce dossier", estime Amer Zghino.
"Le Maroc a proposé un mécanisme inspiré d’une expérience appliquée dans certains pays des Balkans, comme la Croatie, où un visa professionnel permettrait d'accorder une plus grande flexibilité aux chauffeurs dans l’espace Schengen, avec une durée de séjour pouvant aller jusqu’à 365 jours dans un cadre de travail structuré. Mais à ce jour, aucun accord formel avec l’Espagne et l’Union européenne n'a été conclu". Les transporteurs attendent toujours une réunion de haut niveau susceptible de débloquer la situation.
Un secteur à l'agonie : 60% des entreprises au bord de la faillite
Ce problème vient s’ajouter à une conjoncture déjà très difficile pour le secteur du transport routier international de marchandises marocain. Depuis les épisodes de forte houle et les perturbations enregistrées en décembre dernier, l’activité a été fortement ralentie. "Le secteur a connu près d’un mois et demi d’arrêt quasi total, avec un impact direct sur les volumes d’activité et le chiffre d’affaires", regrette le président de l'AMTRI Maroc.
Toujours selon lui, "certaines entreprises ont enregistré une baisse pouvant atteindre 80% de leur chiffre d’affaires sur cette période. Pour une entreprise qui tourne avec 50 ou 60 camions, cet arrêt a entraîné une perte sèche d'environ 5 millions de DH".
À cela s’ajoute la pression des coûts, notamment celle du gasoil. "Les subventions mobilisées par l'État restent insuffisantes face à la hausse globale de nos charges d’exploitation. Sans mécanisme d’accompagnement similaire à ceux qui ont été mis en place pendant la période du Covid, comme les dispositifs de garantie de type Daman Oxygen, jusqu’à 60% des entreprises du secteur pourraient se retrouver en difficulté dans les trois à quatre prochains mois". Amer Zghino appelle aussi à la mise en place de mesures de restructuration des dettes pour éviter une vague de faillites.
Au-delà des aspects réglementaires et financiers, le président de l'AMTRI Maroc dénonce également certaines pratiques logistiques observées au niveau du port d’Algésiras. Il évoque une organisation jugée déséquilibrée chez certaines compagnies maritimes, où les grandes structures, étrangères notamment et avec un chiffre d'affaires conséquent, seraient privilégiées au détriment des plus petites, généralement marocaines, avec des réallocations de capacités jugées peu transparentes et sans logique de type premier arrivé premier servi (FIFO - First in, first out). "Elles fonctionnent à la tête du client, et nous allons dénoncer ces pratiques illégales".
Les tensions persistent autour de la délivrance des visas Schengen
Enfin, la question des visas continue d’alimenter les tensions. Les difficultés de délivrance de visas Schengen persistent, notamment auprès du consulat de France, malgré plusieurs réunions et échanges entre les deux parties. Notre source affirme qu’il n’y a pas eu d’évolution concrète sur le terrain, en dépit des engagements annoncés.
Les transporteurs routiers font face, depuis plusieurs semaines, à la baisse du nombre de visas Schengen octroyés à leurs chauffeurs, ce qui perturbe davantage leur activité.
Malgré le démenti de ce blocage massif par le consul général de France à Rabat, Olivier Ramadour, notre interlocuteur nous assure que rien n'a changé. "Les dossiers de demande de visa continuent d'être refusés et les restrictions se poursuivent".
"Nous avons pourtant tenu plusieurs réunions dédiées à ce sujet avec le consulat de France, mais malheureusement cela ne sert plus à rien, puisque les engagements ne sont pas maintenus".
Amer Zghino envisage d’ailleurs d’adresser un écrit aux autorités françaises dans ce sens, afin de dénoncer la situation et de tenter de trouver une solution à cette problématique.
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