Au parc national de Tazekka, une nouvelle vie pour les singes magots menacés de disparition
Treize macaques de Barbarie ont récemment retrouvé leur milieu naturel dans le parc national de Tazekka après plusieurs mois de réhabilitation. Cette opération de réintroduction vise à restaurer une population viable de cette espèce menacée tout en offrant une seconde chance aux animaux issus du trafic ou de la captivité.
Au cœur des reliefs boisés du parc national de Tazekka, 13 macaques de Barbarie, victimes du trafic illégal ou de la captivité, ont retrouvé leur milieu naturel après plusieurs mois de réhabilitation. Derrière ce retour à la nature, qui marque une seconde vie, se trouve le programme "Born to be Wild", porté par l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), en partenariat avec l’ONG Animal Advocacy and Protection (AAP) et l’Université de Rennes 1.
Cette initiative vise à redonner une place dans la nature à des macaques de Barbarie issus du trafic illégal, de la captivité ou de détentions abusives.
Selon l’ANEF, qui pilote l’ensemble du programme – de la stratégie de conservation au suivi scientifique sur le terrain –, cette démarche répond à un double impératif de conservation et de réparation écologique. Il s'agit de restaurer progressivement une population viable de singes magots, seul primate sauvage d’Afrique du Nord, dans leur aire de répartition historique, et d'offrir une seconde chance aux individus sauvés du trafic ou de la captivité, en les préparant à retrouver leur place dans la nature.
Pour y parvenir, l’ANEF s’appuie sur l’expertise de la fondation AAP, spécialisée dans la réhabilitation des primates, ainsi que sur l’Université de Rennes 1, chargée du suivi scientifique et écologique.
Le parc de Tazekka, un choix fondé sur l’écologie de l’espèce
Le choix du parc national de Tazekka ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans une démarche scientifique rigoureuse, fondée sur l’écologie de l’espèce, explique l’ANEF.
Ce site faisait autrefois partie de l’aire de répartition naturelle du singe magot, avant sa disparition locale au début du XXᵉ siècle, sous l’effet de la dégradation des habitats.
Les études menées ont confirmé que le site présentait des conditions favorables :
- Disponibilité alimentaire : abondance de ressources végétales compatibles avec les besoins nutritionnels de l’espèce;
- Qualité de l’habitat : présence d’un couvert forestier diversifié, notamment en cédraies et chênaies, ainsi que d'une couverture arbustive favorable;
- Sites de repos et de refuge : disponibilité de structures arborées adaptées aux comportements sociaux et nocturnes;
- Niveau de perturbation anthropique : faible pression humaine, limitant les risques de stress, de conflit ou de dérangement;
- Sécurité écologique : viabilité à long terme pour l’établissement d’une population durable.
L’ensemble de ces paramètres confère à Tazekka des conditions particulièrement favorables pour une réintroduction progressive, écologiquement cohérente et scientifiquement fondée.
La réintroduction comme alternative à la captivité
Face à la multiplication des saisies de primates ces dernières années, l’ANEF affirme avoir privilégié une approche fondée sur la réhabilitation et la réintroduction, plutôt que sur un maintien prolongé en captivité.
Avant tout lâcher, les macaques suivent un processus de réhabilitation d’au moins un an dans des enclos semi-naturels. Cette phase permet d’évaluer leur capacité à retrouver les comportements essentiels à la vie sauvage, tandis qu’un suivi vétérinaire est réalisé afin d’écarter tout risque sanitaire pour les populations sauvages et les communautés riveraines.
L’évaluation de l’aptitude au lâcher constitue l’étape la plus sensible du programme. Elle repose sur des critères scientifiques combinant dimensions comportementales, sociales et sanitaires.
Sur le plan comportemental, chaque groupe suit un processus de réhabilitation d’au moins une année dans des enclos forestiers semi-naturels, permettant :
• La reconstruction des interactions sociales normales ;
• La réactivation des comportements de recherche alimentaire ;
• L’apprentissage ou la récupération des réflexes anti-prédateurs ;
• L’évaluation de la cohésion sociale et de l’autonomie du groupe.
Sur le plan sanitaire, chaque individu fait l’objet d’un suivi complet (examens cliniques, analyses virologiques, bactériologiques et parasitaires) afin d’écarter tout risque pour les populations sauvages, les autres espèces et les communautés riveraines.
Seuls les individus démontrant une aptitude complète à survivre, interagir et évoluer dans un environnement naturel sont retenus pour la phase de réintroduction.
Une fois relâchés, les macaques bénéficient d’un suivi rapproché. Ils sont équipés de colliers GPS à transmission satellitaire (Iridium) permettant de suivre leurs déplacements et leur adaptation. Des équipes de terrain assurent également des observations régulières afin d’analyser leur intégration écologique, leurs comportements sociaux, leur état sanitaire et les éventuelles interventions nécessaires.
Sur l'efficacité de ces opérations, l’ANEF affirme que les premiers résultats observés sur les groupes relâchés en octobre 2025 et avril 2026 s'avèrent "particulièrement encourageants", avec des indicateurs positifs en matière d’adaptation, de cohésion sociale et de bien-être.
La réintroduction ne marque pas la fin du processus, mais l’entrée dans une phase de suivi essentielle à l’évaluation du succès du programme. Le dispositif repose sur deux niveaux complémentaires :
- Suivi technologique à travers des colliers GPS à transmission satellitaire (Iridium), permettant un suivi quotidien de leurs déplacements, de l’évolution de leurs domaines vitaux et de leurs schémas d’adaptation.
- Suivi de terrain direct : des équipes spécialisées réalisent des observations régulières pour analyser les comportements sociaux, l’intégration écologique, les réponses aux menaces, l’état sanitaire global et toute situation nécessitant une intervention.
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