Raja SA : Nawal El Aidaoui détaille la feuille de route vers la rentabilité
De passage ce jeudi 14 mai 2026 sur le plateau du "12/13" de Médias24, Nawal El Aidaoui, directrice générale de Raja SA, a livré une mise à jour technique sur la transformation du club. Loin de l’effervescence des résultats sportifs, c’est le volet structurel qui a dominé l’échange : valorisation réelle des actifs, gestion de la dette et montée en puissance du marketing. Décryptage d'un business plan qui tente de solder le passé pour financer l'avenir.
Dans le monde du football marocain, le passage en société anonyme (SA) a souvent été perçu comme une simple formalité administrative. Au Raja, l’exercice semble plus profond. Quelques mois après la prise de participation effective de Ports4Impact, Nawal El Aidaoui est venue au studio de Médias24 rappeler que le club est entré dans une phase de structuration destinée à le rapprocher des standards de gestion d’une entreprise, avec Ports4Impact comme actionnaire majoritaire.
La valorisation : solder les comptes pour avancer
L'entretien fut l'occasion de revenir sur la composition du capital social de 250 millions de dirhams. Souvent mal interprétée, Nawal El Aidaoui a rappelé l'équilibre de l'opération : si Ports4Impact a apporté 150 millions de DH, l’association a apporté deux actifs principaux. Il s'agit de la marque Raja (150 millions de DH) et des contrats des joueurs (80 millions de DH).
Est ensuite intervenue la déduction de la dette historique. En intégrant une dette de 130 millions de DH dans le montage, l'apport net de l'association a été ramené à 100 millions de DH. Cette opération permet de comprendre la constitution du capital de la SA, même si la directrice générale a précisé que le patrimoine foncier et l'Académie demeurent la propriété de l'association, ces actifs immobiliers n’ayant pas été apportés à la société.
Interrogée sur la cohabitation entre l’investisseur institutionnel et l’identité sportive du club, Nawal El Aidaoui a décrit un modèle de gouvernance segmenté. Si le conseil d’administration suit la logique actionnariale (60/40), la gestion sportive est principalement confiée à un comité spécifique où l’expertise des membres de l’association prévaut.
Elle a rappelé que cette expertise sportive venait des 77 ans d’expérience de l’association. En revanche, le volet administratif et financier est en cours de structuration. La directrice générale a notamment souligné que le club est en train de se structurer et de compléter ses équipes, avec une priorité donnée à la création d’une direction marketing capable de transformer la ferveur populaire en revenus.
Casser la dépendance aux résultats
Le cœur du projet Raja SA réside dans la diversification des revenus afin de réduire l’exposition à la volatilité des résultats sportifs. La stratégie détaillée repose sur plusieurs axes :
- L’optimisation du stade : faute de propriété, le club mise sur "l’expérience fan" (catering, loges, merchandising en jour de match).
- La maîtrise des charges : la masse salariale est identifiée comme un poste central, dont le niveau dépendra des choix sportifs. Nawal El Aidaoui a cité, à titre de référence, le cas du Real Madrid, qui a choisi de contenir sa masse salariale entre 60 % et 65 % du chiffre d’affaires, sans présenter ce ratio comme un objectif déjà arrêté pour le Raja.
- Le pôle diversifié : le Raja ne se limite plus à l'équipe première masculine. La SA gère désormais l'équipe féminine (D2) et le futsal (en passe de monter en D1), répondant ainsi aux nouvelles recommandations de la Fédération.
- La formation comme ADN : Nawal El Aidaoui a insisté sur la nécessité de relancer la machine de formation du Raja, appelée à alimenter l’équipe première mais aussi à constituer, selon les arbitrages sportifs et financiers, une source de revenus. Elle a cité le modèle portugais, fondé sur la formation et la vente, tout en soulignant que le Raja devra arbitrer entre les joueurs à conserver et ceux à céder.
Si les fondations de la SA sont désormais posées, l'équilibre budgétaire complet reste l'objectif des deux prochaines saisons. Pour le Raja, le plus dur commence : prouver que la rigueur d'une société anonyme peut durablement cohabiter avec l'exigence d'un public qui, lui, ne jure que par les titres.
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