Gasoil à 15,50 DH, Benali critique une libéralisation “inachevée”
La nouvelle hausse des carburants appliquée ce jeudi 16 avril 2026, la troisième depuis le début du conflit au Moyen-Orient, porte le gasoil à 15,50 dirhams le litre et remet au premier plan les fragilités du modèle marocain. Invitée de l’émission Maa Ramdani, Leila Benali a dénoncé une libéralisation des prix menée “sans parachute”, tout en défendant une réponse fondée sur l’aide ciblée, le renforcement du stockage et l’accélération des énergies renouvelables.
Cette nouvelle augmentation cible spécifiquement le gasoil. Son prix a bondi d'un dirham entier par litre. Celui de l’essence est resté inchangé.
Désormais, le prix du gasoil atteint le seuil critique des 15,50 dirhams le litre. Il s'aligne quasiment sur celui de l'essence.
Le choc des prix
Du côté des professionnels du secteur, on pointe du doigt l'instabilité internationale. Depuis l'escalade des tensions au Moyen-Orient, les répercussions sur les prix à la pompe sont directes et brutales. Le constat est d'ailleurs alarmant sur la durée : le gasoil a subi une augmentation cumulée de plus de 4,70 DH par litre, tandis que l’essence a grimpé d’environ 3 DH.
Face à cette pression constante sur le pouvoir d'achat, les voix syndicales s'élèvent pour dénoncer la politique actuelle. Le Syndicat national du pétrole et du gaz (affilié à la CDT) a fermement critiqué la décision de libéraliser les prix des carburants. Pour l'organisation, ce choix s'avère être un échec. Selon elle, il expose le pays aux fluctuations mondiales sans filet de sécurité. Il révèle aussi les fragilités inquiétantes des stocks de réserve pétrolière du Royaume.
Le procès de la libéralisation
Pour Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, le Maroc ne subit pas seulement une crise internationale. Il paie aussi le prix de réformes passées inabouties.
Invitée de l’émission Maa Ramdani diffusée le mercredi 15 avril, la responsable gouvernementale estime que Maroc a opéré un véritable "saut dans le vide sans parachute". Elle a expliqué qu'ailleurs dans le monde, une telle transition énergétique s'étale sur cinq à dix ans, jalonnée de phases de test et de mécanismes de lissage. Au lieu de cela, le consommateur a été laissé seul face à la brutalité des marchés internationaux, sans avoir au préalable activé les boucliers nécessaires.
Benali a notamment pointé deux défaillances majeures qui font encore mal au portefeuille des Marocains aujourd'hui : d'une part, l'absence d'une réforme profonde et ciblée de la Caisse de compensation qui aurait dû protéger les plus vulnérables avant de lâcher les prix ; et d'autre part, un Conseil de la concurrence laissé dans une forme de léthargie institutionnelle, incapable de jouer son rôle de gendarme dès le premier jour pour éviter les ententes ou les marges excessives.
Les réponses du gouvernement
Cette transition "inachevée" expose aujourd'hui les ménages à une volatilité mondiale qu'elle juge plus vicieuse et imprévisible que celle des chocs pétroliers historiques de 1973 ou 1979. En clair, le Maroc subit aujourd'hui une tempête internationale avec une coque que l'on a oublié de colmater en 2015.
Interrogée sur le refus du gouvernement de plafonner les prix ou les marges des distributeurs, la ministre a défendu la vision du gouvernement, celle d'opter pour une aide directe aux professionnels du transport. Selon elle, le plafonnement est une aide "aveugle". "Pourquoi l'État devrait-il subventionner le carburant d'un propriétaire de grand hôtel ou d'une ferme industrielle de la même manière que celui d'un citoyen modeste ? ", s'interroge-t-elle.
La ministre est également favorable à la taxation des "superprofits". Plutôt que de bloquer les prix, l'idée serait de récupérer une partie des bénéfices exceptionnels des pétroliers pour les redistribuer via le chantier de la protection sociale.
Sur l'éternel dossier de la raffinerie Samir, la ministre a tenté de doucher les espoirs d'une solution miracle. Si certains experts affirment que la remise en marche de la raffinerie de Mohammedia ferait baisser le prix au litre de 3 DH , Leila Benali reste prudente, voire sceptique.
Elle rappelle que le dossier est d'une complexité juridique et financière inouïe. "Je ne suis pas contre, mais il faut des investisseurs sérieux capables de mettre à niveau cet outil", a-t-elle précisé, soulignant que la priorité actuelle est de sécuriser le stockage pour éviter toute rupture d'approvisionnement. À ce jour, le Maroc dispose d'un stock de sécurité d'environ 50 jours pour le gasoil et l'essence.
Malgré la grisaille des prix, Leila Benali se veut optimiste sur le long terme. Sa stratégie ? Sortir de la dépendance aux énergies fossiles importées. Elle a rappelé que sous l'impulsion de la vision royale, le Maroc accélère sur les énergies renouvelables. En seulement trois mois (janvier à mars), le ministère a débloqué des autorisations pour 2,7 gigawatts de projets solaires et éoliens, soit plus de 70 % de ce qui a été autorisé en 15 ans.
"La véritable souveraineté, c'est qu'on puisse produire notre propre énergie", a-t-elle conclu, rappelant que l'avenir du pays ne doit plus dépendre du passage d'un pétrolier dans le détroit d'Ormuz ou d'une crise géopolitique à l'autre bout du monde.
Aides au transport. Faut-il maintenir l'aide directe ou passer à l’indexation ?
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