Guerre au Moyen-Orient. Le Maroc face à un choc énergétique durable
Même en cas de cessez-le-feu, les effets de la guerre au Moyen-Orient pourraient se prolonger pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Le Maroc est directement impacté. En 2025, ses importations de produits énergétiques raffinés depuis les pays du Golfe atteignaient environ 21,5 MMDH.
Dans son allocution du 1er avril 2026, le président américain n’a donné aucun signal crédible de désescalade, alors que les marchés espéraient une perspective de sortie du conflit.
Donal Trump a déclaré que les États-Unis frapperaient encore l’Iran pendant deux à trois semaines, menaçant ses infrastructures électriques et pétrolières.
Juste après son discours, les actions ont reculé, le dollar s’est raffermi, et le pétrole est reparti à la hausse. Le Brent se négociait, au moment de la publication de ces lignes, autour de 110 dollars le baril, soit une hausse journalière de plus de 8%.
La fin de la guerre ne suffira pas à rétablir la situation
Même si Trump annonçait un cessez-le-feu et la fin de la guerre, ses effets se prolongeraient durablement, surtout dans le secteur de l’énergie. Les marchés financiers pourraient certes se rétablir progressivement, mais la réalité serait très loin d’un retour à la normale par la seule force des déclarations.
Une grande partie des installations énergétiques a été visée, en Iran, en Irak, à Bahreïn, au Koweït, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.
Le retour au fonctionnement normal de certaines productions pétrolières pourrait prendre plusieurs mois, selon les champs concernés et la nature des arrêts forcés. De même, un retour aux conditions d’avant-guerre pourrait demander plusieurs mois.
À titre d’exemple, le 19 mars 2026, le directeur général de QatarEnergy, Saad al-Kaabi, a déclaré à Reuters que les frappes avaient mis hors service 17% de la capacité d’exportation de GNL du Qatar, soit 12,8 millions de tonnes par an, pour une durée de trois à cinq ans.Même après un arrêt des combats, il faudra du temps et beaucoup d’argent pour remettre en état l’appareil productifIl a aussi précisé qu’une installation GTL (Gas to Liquids) pourrait prendre jusqu’à un an à réparer. Dans le même entretien, il a souligné que le choc dépassait le GNL et touchait aussi le condensat, le GPL (gaz de pétrole liquéfié), l’hélium, le naphta et le soufre.
Par ailleurs, l’Agence internationale de l'énergie (AIE) a, de son côté, indiqué que plus de 40 actifs énergétiques clés avaient été endommagés dans la région. Cela signifie que, même après un arrêt des combats, il faudra du temps et beaucoup d’argent pour remettre en état l’appareil productif.
Implications pour le Maroc
Le Maroc importe une part importante de ses carburants depuis les pays du Golfe. En 2025, les importations marocaines de produits énergétiques raffinés en provenance de cette région atteignent environ 21,5 MMDH.
Le gasoil domine très largement cette facture, avec près de 18,6 MMDH, dont la plus grande partie provient de l’Arabie saoudite. L'essence représente environ 650 MDH.
Les importations de carburéacteur atteignent près de 1,8 MMDH, tandis que celles des fuel oils lourds s’élèvent à environ 320 MDH.
Le Maroc est ainsi directement exposé au choc. Cette exposition ne passe pas seulement par le prix du pétrole brut. Elle passe surtout par les carburants raffinés effectivement consommés par le transport, la logistique et une partie de l’activité productive.
L’Arabie saoudite occupe de loin la première place dans ces flux. C’est l’un des pays les mieux placés pour limiter une partie du risque lié au détroit d'Ormuz, grâce à son pipeline est-ouest vers la mer Rouge et à ses exportations depuis Yanbu. Cette infrastructure fonctionnait à pleine capacité autour de 7 millions de barils par jour.
Pour le Maroc, la position géographique constitue un avantage relatif. Les flux en provenance d’Arabie saoudite vers le Maroc sont aisés et moins exposés que ceux destinés à de nombreux pays d’Asie, qu’ils transitent par Ormuz ou par Bab el-Mandeb.
Le Maroc peut aussi apparaître comme un débouché plus solvable et plus facile à servir. Mais cet avantage relatif ne doit pas être surestimé. La guerre actuelle a des effets, en particulier sur les prix, sur la disponibilité des carburants et sur les délais d’approvisionnement.
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