Féminisation des staffs dans le football : plus simple à dire qu’à faire
La FIFA espère renforcer la présence de femmes dans les staffs techniques lors des compétitions internationales via des dispositions réglementaires. Une avancée perçue positivement sur le principe, mais dont la mise en œuvre soulève des interrogations.
La Fédération internationale de football (FIFA) entend accélérer la féminisation des bancs de touche. Une mesure récemment adoptée prévoit l’intégration d’au moins deux femmes dans chaque staff, dont une dans un rôle technique.
Cette décision entre en vigueur cette année en vue des Coupes du monde féminines U17 et U20, ainsi que de la Coupe des champions féminine.
L’objectif est de réduire une sous-représentation persistante dans le coaching. Pour preuve, lors de la Coupe du monde féminine 2023, seules 12 sélectionneuses sur 32 étaient des femmes.
Depuis, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a d’ailleurs misé une fortune sur Jorge Vilda et son staff.
Certes, le sélectionneur espagnol est champion du monde, mais il a pour l’instant échoué à atteindre tous les objectifs qui lui ont été fixés avec l’équipe nationale, à savoir la qualification pour les Jeux olympiques 2024 et la victoire à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2024.
Alors qu’une technicienne marocaine, pour qui les joueuses et l’environnement n’ont pas de secret, est laissée de côté, Lamia Boumehdi, pour ne pas la nommer, enchaîne les succès sous d’autres cieux.
Bref, "il n’y a tout simplement pas assez de femmes dans le coaching aujourd’hui. Nous devons accélérer le changement en créant des parcours plus clairs et en élargissant les opportunités", explique Jill Ellis, directrice du football de l’instance.
Mais entre manque de profils diplômés et contraintes de calendrier, son application ne sera pas une mince affaire.
Un dispositif déjà expérimenté en Afrique
Le continent africain en a déjà fait l’expérience. La Confédération africaine de football (CAF) impose dans certaines compétitions la présence de femmes dans les staffs techniques.
“J’avais l’obligation d’avoir une femme dans mon staff sur le banc. J’étais accompagné de deux femmes, dont une adjointe et une préparatrice physique", témoigne à Médias24 Hervé Happy, ancien sélectionneur de la République démocratique du Congo.
Toutefois, s’il ne conteste pas la légitimité d’une telle décision, il souligne une limite structurelle. "La question n’est pas de savoir si l’idée est positive ou non, mais celle du vivier disponible de femmes qualifiées".
"Même en France", reprend-il, "il arrivait qu’on ne puisse pas nommer une femme à la tête d’une sélection régionale faute de profils diplômés".

Le hic principal demeure donc l’accès aux diplômes. "Pour être sur un banc international, il faut des certifications comme la CAF A ou l’UEFA Pro. Ce sont des formations longues, qui demandent de l’expérience. Or, le football féminin reste récent dans sa structuration", souligne-t-il.
D’où une certaine forme d’incompréhension sur les échéanciers imposés par la FIFA. "En théorie, la décision est bonne. Mais dans la pratique, trouver des profils qualifiés dans un délai court sera compliqué", prévient-il.
Ce constat est d’ailleurs partagé par Khadija Ben Haddou, ex-internationale marocaine et entraîneure des U19 du FUS, même si elle est plus nuancée dans son analyse.
"La présence d’une femme sur le banc ne signifie pas toujours un rôle d’entraîneure. Cela peut aussi concerner le médical ou le physique". D’ailleurs, elle salue chaleureusement cette réforme."C’est une bonne direction, qui va ouvrir des opportunités".
Néanmoins, elle s’interroge sur le calendrier. "À quelques mois d’une Coupe du monde, toutes les nations sont-elles prêtes à mettre en place cette exigence de la FIFA ? D’autant que beaucoup de femmes accèdent au métier d’entraîneure après leur carrière de joueuse, ce qui crée un décalage dans leur parcours de formation”.
Elle souligne aussi la difficulté d’adapter rapidement les staffs à cette nouvelle exigence. "Les détentrices des diplômes UEFA Pro, UEFA A ou CAF A restent peu nombreuses", corrobore-t-elle.
Une réforme sous contrainte de temps
Et quand bien même, par miracle, le vivier des techniciennes deviendrait fourni, les staffs sont déjà constitués à l’approche des grandes compétitions.
“Cinq mois avant une Coupe du monde, un staff est déjà en place", rappelle Ben Haddou. "Tout le monde ne sera pas prêt".
Dans ce contexte, l’application pourrait passer par des ajustements progressifs. "Le plus simple sera sans doute d’ajouter une adjointe ou une personne supplémentaire pour respecter les exigences", propose-t-elle.
Mais ne risque-t-on pas de fragiliser la logique de sélection des staffs et le principe de méritocratie ? Pour Khadija Ben Haddou, "une fois les diplômes obtenus, les compétences sont là. Le débat porte surtout sur l’expérience".
“On l’oublie parfois, mais lorsqu’on parle de la FIFA, il s’agit de compétitions majeures où chaque poste doit être occupé par les profils les plus compétents”, souligne-t-elle.
La volonté de féminiser les staffs est réelle, mais les fédérations restent guidées par un objectif de performance.
"Il est donc logique de privilégier la compétence à chaque poste. L’enjeu est désormais de faire converger cette exigence de haut niveau avec une véritable méritocratie", ajoute notre interlocutrice.
Le véritable enjeu reste structurel, notamment concernant la formation, l’accès aux diplômes et l’insertion dans les staffs techniques.
Aujourd’hui encore, les femmes occupent rarement des postes d’entraîneures principales, souvent cantonnées à des fonctions d’accompagnement ou de formation. La FIFA espère des premiers effets dès la Coupe du monde 2027, mais la transition s’annonce lente.
Entre volonté politique et réalité du terrain, la féminisation des staffs ne pourra reposer uniquement sur une obligation réglementaire. Elle dépendra surtout de la structuration d’un vivier durable. Si la direction est tracée, le chemin reste encore long.
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