Multinationales : les sages confirment l'autonomie sociale des filiales
Dans un arrêt de principe, la Cour de cassation rappelle que chaque filiale d’un groupe multinational demeure juridiquement autonome et seule responsable des contrats de travail qu’elle conclut. Détails.
Dans un groupe international, le salarié ne peut réclamer des indemnités à la maison mère lorsque son contrat de travail a été conclu avec une filiale juridiquement distincte. Cette règle est tranchée par un important arrêt rendu en décembre 2025 par la Cour de cassation (statuant en chambres réunies, sociale administrative).
La décision, consultée par Médias24, concerne un litige opposant un ancien cadre marocain à la filiale locale d’une multinationale américaine parmi les leaders mondiaux du secteur technologique.
Au cœur du litige : l’identité du véritable employeur et, par conséquent, la société susceptible de supporter les indemnités réclamées à la suite de la rupture de la relation de travail.
Le salarié soutenait que sa relation professionnelle relevait en réalité de la société mère du groupe, et non de la filiale marocaine avec laquelle il avait signé son contrat de travail. Il invoquait notamment sa mobilité vers un pays du Golfe, qu’il présentait comme une décision du siège international. Selon lui, la filiale marocaine n’aurait été qu’un simple lieu d’affectation.
Une relation de travail distincte avec une autre filiale
La Cour de cassation rejette cette analyse. Selon l’arrêt consulté par Médias24, les juges relèvent d’abord que le contrat de travail liait directement le salarié à la filiale marocaine, entité juridiquement constituée et représentée par ses propres dirigeants.
La décision souligne également que le dossier ne démontre pas l’existence d’un lien contractuel direct avec la société mère. L’arrêt indique notamment que "le dossier reste dépourvu de tout élément établissant que le salarié aurait contracté directement avec la société mère étrangère".
Les juges retiennent en outre que l’intéressé avait présenté une démission avant de rejoindre une autre société du même groupe dans la région du Golfe, avec laquelle une nouvelle relation contractuelle avait été conclue.
Pour la Cour, cette séquence traduit "la fin de la relation de travail avec la filiale marocaine et la création d’une relation de travail distincte avec une autre entité du groupe".
L’autonomie juridique des sociétés du groupe
La Cour rappelle à cette occasion un principe classique du droit des sociétés appliqué au droit du travail. Les juges soulignent que "chacune des sociétés du groupe, bien qu’appartenant à la même maison mère, dispose de sa personnalité morale, de son patrimoine propre et demeure soumise au droit du pays où elle est établie".
Autrement dit, l’appartenance à un groupe multinational ne suffit pas à engager la responsabilité de la société mère dans un litige social.
Faute de démontrer l’existence d’un contrat direct avec la maison mère, la Cour considère que l’employeur juridiquement responsable reste la filiale ayant signé le contrat de travail.
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