Mehdi Mezouari (USFP) : “La gauche ne peut plus être jugée avec les critères des années 1970”
Invité de l’émission “Le 12/13” de Médias24, Mehdi Mezouari, membre du bureau politique de l’USFP, évoque l’avenir de la gauche marocaine, la reconstruction de l’USFP et les enjeux des élections de 2026.
Alors que la gauche marocaine peine depuis plusieurs années à parler d’une seule voix et que l’idée d’une coordination entre ses différentes composantes refait régulièrement surface, la question de son influence réelle dans le débat politique se pose avec acuité.
Entre crise de confiance envers les partis, recomposition du paysage politique et préparation des prochaines échéances électorales, les formations de gauche tentent de redéfinir leur rôle et leur stratégie.
Invité de l’émission Le 12/13 de Médias24 ce jeudi 12 mars, Mehdi Mezouari, membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), est revenu sur la place de la gauche dans le paysage politique marocain, le positionnement actuel de son parti et les perspectives d’alliance à l’approche des élections de 2026.
Une gauche jugée avec des références dépassées
Pour Mehdi Mezouari, l’influence actuelle de la gauche marocaine ne peut être évaluée à l’aune des années 1970. Selon lui, les repères politiques ont évolué et les catégories traditionnelles – gauche, droite ou centre – ne suffisent plus à comprendre les dynamiques contemporaines.
Il estime que les clivages se structurent désormais davantage autour d’autres familles idéologiques, comme les “sociaux-démocrates” ou les “libéraux”. “On ne peut pas juger la situation de 2026 avec les paramètres des années 1970”, insiste-t-il, appelant à replacer les débats politiques dans leur contexte historique et social actuel.
Il rappelle toutefois que la gauche marocaine a longtemps été structurée par une confrontation historique sur les priorités nationales. Après l’indépendance, explique-t-il, les forces de gauche considéraient que la priorité devait être la construction d’institutions démocratiques, tandis que feu le Roi Hassan II estimait que l’urgence résidait dans la garantie des conditions matérielles de vie des Marocains.
Ce désaccord sur les priorités a conduit à ce qu’il décrit comme un “clash”, qui s’inscrit dans le contexte des années de plomb. “Quarante ans plus tard, on peut dire que l’on n’a garanti ni le pain ni la démocratie”, observe-t-il, soulignant que les problématiques actuelles sont désormais différentes de celles qui structuraient le débat politique à l’époque.
Selon lui, la capacité de la gauche à retrouver une influence dépendra de sa faculté à comprendre les transformations de la société marocaine et à apporter des réponses aux questions contemporaines.
Une crise générale de confiance envers les structures politiques
Pour Mehdi Mezouari, la question de l’influence de l’USFP ne peut pas être dissociée d’un problème plus large. Celui de la perception négative des structures politiques par la société.
Il estime que la défiance ne concerne pas uniquement les partis de gauche, mais l’ensemble du champ politique. “Il faut d’abord voir comment la société perçoit les structures partisanes”, affirme-t-il, évoquant un problème de confiance qui touche plus largement “les institutions et les élites”.
Dans ce contexte, il invite à relativiser la notion d’influence politique. Selon lui, la présence de certains partis en tête des résultats électoraux ne signifie pas nécessairement qu’ils exercent une véritable influence politique ou qu’ils portent un projet politique structuré.
Il critique également certaines pratiques politiques qu’il décrit comme relevant d’un “souk politique de transactions en tout genre”, estimant qu’il est difficile de comparer des partis historiques ou idéologiques avec ce qu’il considère comme des logiques transactionnelles.
L’USFP dans une phase de reconstruction
Interrogé sur le recul de l’USFP dans le paysage politique, Mehdi Mezouari reconnaît que le parti ne se trouve plus dans la position dominante qui fut la sienne à certaines périodes.
Il rappelle toutefois que l’USFP a joué un rôle majeur dans l’histoire politique du Maroc et qu’il continue de participer à la vie politique nationale. “L’histoire jugera si ce que nous faisons aujourd’hui sera historique”, déclare-t-il.
Selon lui, la situation actuelle du parti s’explique en grande partie par son parcours politique depuis les années 1990, notamment sa participation à l’alternance consensuelle, puis aux gouvernements formés en 2002 et en 2007.
Ces différentes étapes ont contribué à transformer le parti et à affaiblir son influence dans la société, explique-t-il. “L’USFP a ainsi traversé une période de crise, au point de se retrouver presque à l’arrêt”. Malgré cette crise, Mehdi Mezouari estime que le parti a “réussi à préserver son existence” politique et se trouve aujourd’hui dans une “phase de reconstruction”.
“On rebâtit l’USFP”, affirme-t-il, tout en reconnaissant que le parti n’a pas encore retrouvé toute sa place.
Il souligne également que le premier secrétaire du parti, Driss Lachguar, bénéficie selon lui de la confiance des militants et des congressistes. Il évoque notamment les 55.000 adhérents de l’USFP, qui constituent la base militante du parti d'après lui.
Les tensions autour de la motion de censure
Revenant sur la tentative de motion de censure contre le gouvernement en 2025, Mehdi Mezouari conteste l’idée selon laquelle l’USFP aurait contribué à l’échec de cette initiative, comme l’a affirmé le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Nabil Benabdellah, lors de son passage dans l’émission Le 12/13 de Médias24, le 5 mars 2026.
Selon lui, deux initiatives distinctes ont été portées autour de cette motion. La première, proposée par l’USFP, n’a pas abouti en raison du refus d’un secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) d’y participer. D’autres formations ont, selon lui, également refusé de s’y associer en l’absence de Abdelilah Benkirane.
“La seconde a émergé lors d’un échange organisé par HEM, réunissant Driss Lachguar, Nabil Benabdellah (PPS) et Mohamed Ouzzine (Mouvement populaire, MP). À cette occasion, Driss Lachguar a proposé de relancer l’initiative, et des discussions ont été engagées entre les chefs de partis”, explique-t-il. Mais, toujours selon Mehdi Mezouari, “les discussions se sont rapidement enlisées dans des questions protocolaires, notamment autour de l’attribution du crédit politique de l’initiative et de l’identité de la personne chargée de lire la motion au Parlement”. Ces désaccords ont finalement fait échouer le projet.
Par ailleurs, Mehdi Mezouari se montre très critique à l’égard du déroulement des élections de 2021 au Maroc. Il affirme que ces élections étaient “les plus corrompues et les moins transparentes”, tout en précisant que “l’USFP continuera malgré tout à y participer”. Selon lui, “le parti refuse la politique de la chaise vide et considère qu’il est de la responsabilité des formations nationales de rester présentes dans le jeu institutionnel”.
“Peu importe comment se déroulent les élections, nous ne voulons pas affaiblir notre pays”, explique-t-il.
L’union de la gauche comme horizon possible
Concernant les perspectives d’alliance, Mehdi Mezouari affirme que “la première famille politique de l’USFP reste la gauche”. Il estime que les différentes composantes de cette famille politique doivent “engager un dialogue afin d’envisager une coordination, notamment en vue des élections de 2026”.
Selon lui, une stratégie pourrait consister à “identifier certaines circonscriptions dans lesquelles des candidatures communes pourraient être présentées”. Il précise toutefois qu’aucune démarche formelle n’a encore été engagée dans ce sens.
“Pour l’instant, rien n’est officiel, pas même une réunion”, indique-t-il, tout en soulignant que des invitations ont été lancées et que la discussion reste ouverte.
Pour Mehdi Mezouari, l’union de la gauche reste envisageable, car les différentes formations “partagent des éléments communs, tant dans leur formation que dans leur ADN”. Il reconnaît néanmoins que de nombreux facteurs de division subsistent. Malgré ces divergences, il estime que les élections à venir constituent une étape importante pour le pays.
“Ces élections sont un tremplin pour le Maroc pour passer à autre chose”, conclut-il, estimant que les défis auxquels le pays devra faire face dans les prochaines années seront encore “plus complexes”.
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