Hôtellerie : le Maroc doit-il multiplier les 5 étoiles ou construire des méga-complexes ?
Pour la Société marocaine d’ingénierie touristique, la montée en gamme de l’hôtellerie marocaine est enclenchée. Mais au-delà de la croissance du nombre d'hôtels classés, les opérateurs estiment qu'il faut changer d’échelle en misant sur de grands projets capables d’attirer les meilleurs talents et de repositionner durablement la destination Maroc.
Citant les rénovations d’unités existantes, le développement de nouvelles capacités et la diversification des produits, la SMIT estime que la dynamique du renforcement de la compétitivité de son offre et de l'amélioration de la qualité de l’expérience proposée aux visiteurs est bel et bien enclenchée.
Mais le secteur se divise sur la question de savoir si la montée en gamme doit passer par une augmentation massive du nombre d’établissements classés, ou plutôt par une transformation plus structurelle du modèle hôtelier national, avec des projets de grande capacité.
Une montée en gamme confirmée par les chiffres
Pour le directeur général de la SMIT, la montée en gamme se traduit par la rénovation des infrastructures existantes, la création de nouvelles capacités haut de gamme, et par le développement d’offres diversifiées, allant du luxe aux produits alternatifs et durables.
"Le parc hôtelier national a ainsi enregistré une croissance significative, avec une structuration par catégorie qui confirme cette évolution où 16% des établissements relèvent du segment 5 étoiles et luxe, 18% du segment 4★, et 25% du 3★", résume Imad Barrakad, pour qui le Maroc compte investir 50 milliards de dirhams à l'horizon 2030.
Selon lui, Marrakech, Agadir, Casablanca, Rabat, Ouarzazate, Dakhla ou encore l’Oriental ont particulièrement bénéficié de cette dynamique, grâce à laquelle la capacité hôtelière et la qualité de l’offre ont connu une progression notable.
La qualité avant la course aux étoiles
Si la montée en gamme est bel et bien engagée, la question de son orientation reste cependant ouverte pour certains acteurs de la Fédération nationale de l'industrie hôtelière (FNIH) qui estiment que l’objectif n’est pas d’atteindre mécaniquement un maximum d’établissements classés 5 étoiles.
"Le véritable enjeu est plutôt d’élever la qualité de l’encadrement et du service, car ce ne sont pas les étoiles qui attirent le meilleur personnel, mais la capacité d’un projet à offrir des perspectives solides avec des budgets conséquents", déclare le président d’une grande chaîne hôtelière.
Et d’ajouter que la prochaine étape doit porter sur la dimension des projets, avec des complexes de 600 à 900 chambres qui permettront :
- d’atteindre des économies d’échelle ;
- de diversifier les services (MICE, loisirs, restauration, animation) ;
- de mieux rémunérer les équipes et d’attirer des talents internationaux.
Un cadre réglementaire à faire évoluer
À l’inverse, notre interlocuteur pense que les petites structures peinent à proposer des packages compétitifs face aux marchés du Moyen-Orient ou d’Asie, et notamment de la Turquie. Dans cette dernière, les resorts de plus de 500 chambres, qui sont courants, permettent de structurer l’offre internationale.
Comparé à Dubaï, au Qatar ou à l’Arabie saoudite, le Maroc serait, selon lui, confronté à plusieurs contraintes foncières et réglementaires qui limitent la hauteur et la densité de ses projets hôteliers.
Citant des initiatives récentes comme celles de la Tour Mohammed VI à Rabat ou de Casablanca Finance City, qui montrent qu’un changement d’échelle est possible, notre source avance que certaines zones touristiques pourraient par conséquent aisément accueillir davantage d’hôtels de 50 étages sans aucune limite de hauteur.
À la question de savoir si les projets de grande capacité ne sont pas synonymes de tourisme de masse "cheap", l'hôtelier défend l’idée contraire selon laquelle les énormes infrastructures permettent de financer un encadrement de haut niveau et de proposer une offre diversifiée et qualitative.
"La logique est comparable à celle des grands stades où plus la capacité est importante, plus les revenus permettent d’attirer les meilleurs profils", explique le président, pour qui cela contribuera à retenir les talents marocains qui poursuivent leurs carrières au Moyen-Orient, en Asie ou en Turquie.
Prochain cap : oser plus grand
Tout en confirmant la dynamique décrite par la SMIT, notre interlocuteur affirme que le prochain cap résidera dans un changement d’échelle plus audacieux dans les destinations à fort taux d'occupation hôtelier comme Marrakech.
Et de conclure que la montée en gamme ne se résume pas à une augmentation du nombre d’hôtels classés, mais repose sur un triptyque dont les grands axes sont la qualité de l’encadrement, la structuration des projets et une vision internationale assumée.
Autrement dit, si le Maroc a enclenché la montée en gamme de son offre hôtelière, reste désormais à décider dans quelle mesure il souhaite changer de dimension.
À découvrir
à lire aussi
Article : Législatives 2026 : Laftit réunit les partis non représentés au Parlement
Le ministère de l’Intérieur a présenté samedi 9 mai 2026, à Rabat, l’état d’avancement des préparatifs du scrutin du 23 septembre 2026, notamment la révision des listes électorales, les dispositifs logistiques et les plateformes numériques dédiées aux candidatures et aux procurations des MRE.
Article : Tourisme : la SFI prépare une feuille de route pour accélérer l’investissement privé au Maroc
La filiale du Groupe Banque mondiale chargée du secteur privé cherche à mandater un cabinet de conseil pour identifier les opportunités d’investissement dans le tourisme marocain, avec un accent sur la bancabilité des projets, l’emploi, la durabilité et la résilience climatique.
Article : Affaire Maes : l’audience en appel renvoyée au 14 mai 2026 à Tanger
Le dossier du rappeur franco-marocain, condamné en première instance à sept ans de prison ferme, sera de nouveau examiné par la Cour d’appel de Tanger après un renvoi motivé par la convocation de la défense.
Article : CFG Bank : Souad Benbachir quitte ses fonctions de directrice générale déléguée
Administratrice de la banque, Souad Benbachir entend désormais se concentrer sur son rôle au sein du conseil d’administration et de ses comités, après plus de trente ans de contribution au développement de Casablanca Finance Group, devenu CFG Bank.
Article : Afrique du Sud : la justice relance une procédure de destitution contre Ramaphosa
La Cour constitutionnelle sud-africaine a jugé anticonstitutionnelle la décision du Parlement de bloquer une enquête parlementaire sur le scandale dit du “Farmgate”, lié à une importante somme en devises volée dans la ferme privée du président Cyril Ramaphosa.
Article : Télécoms : Dominion renforce ses capacités au Maroc après l’intégration de Verne
Le groupe espagnol de services et de projets affirme que l’intégration de Verne consolide ses activités télécoms en Espagne et au Maroc, dans un contexte de recentrage sur les métiers récurrents et à plus forte valeur ajoutée.