Ramadan 2026 : le défi d'une sardine à 10 DH le kilo est-il réalisable ?
La fin du repos biologique, ce 15 février 2026, a calmé la flambée des prix de la sardine. Après avoir dépassé 50 DH le kilo, elles sont redescendues à 30 DH. Mais, à l'approche du Ramadan, ce prix reste trop élevé. La sardine à 10 DH le kilo est-elle un objectif réaliste et juste avec l'amélioration du marché ?
Le repos biologique de la sardine est désormais levé ce dimanche 15 février 2026 dans les pêcheries atlantiques du Centre et du Sud, alors que précédemment, la décision du département de la Pêche était de ne permettre la fin du repos biologique dans la pêcherie sud (de Boujdour à Cap Blanc) que le 28 février 2026.
Cette levée a permis de casser la rareté de la marchandise et donc de baisser les prix de la sardine ce lundi 16 février 2026, passant de 50 à 30 dirhams le kilogramme à Casablanca, bien que l’offre soit à ce jour encore restreinte.
Même à 30 ou 50 dirhams, le prix de la sardine reste inabordable pour une large frange de la population. Des scènes poignantes d’hommes et de femmes qui se détournent des étals une fois qu’ils entendent ce prix, un niveau rarement vu.
Aujourd’hui, l’ensemble des Marocains renonce à acheter ce poisson à un tarif devenu excessif et incohérent avec sa position historique de "poisson du peuple".
À l’approche du Ramadan, des internautes ont récemment lancé un appel sur les réseaux sociaux pour plafonner les prix pendant le Ramadan, réclamant notamment des sardines à dix dirhams et des œufs à un dirham l'unité. Cette demande populaire tient-elle la route économiquement ?
Médias24 a sondé les avis des poissonniers dans le marché central de Rabat et de Salé, ce dimanche 15 février.
La situation des prix aux marchés de Rabat et de Casablanca
Au marché central de Rabat et de Salé, la sardine était quasi-absente ce dimanche 15 février 2026 alors que certains poissonniers l’ont substituée avec l’anchois qui, elle, frôle les mêmes prix.
"Ça fait presque un mois que la sardine est introuvable au marché. La cause, c'est d'abord le "mauvais temps" en premier lieu, et ensuite, ils ont ajouté le repos biologique", a déclaré un poissonnier.
"Avant, au maximum quand c'était cher, ça atteignait 20 dirhams ou 15 dirhams… Maintenant c'est 50 dirhams, si on arrive à la trouver… Mais, la sardine est introuvable", a ajouté un autre poissonnier.
À Casablanca comme à Rabat, la sardine est très rare même à un prix élevé. Les poissonniers sondés ont déclaré qu’actuellement ils évitent de prendre le risque de vendre la sardine à un prix de 50 dirhams le kilogramme, vu que la marge entre le prix de l'achat, déclaré aux alentours de 700 dirhams par caisse, ne permet pas d’obtenir des marges de gains "intéressantes".
"Le propriétaire de la barque est souvent un investisseur, un "Moul Chkara", et non un marin. Les quatre marins à bord ramènent sept caisses et décrètent : "On doit vendre la caisse à 700 dirhams... C'est le poisson du Bled. C'est ainsi que le prix grimpe à 40 dirhams le kilo. Je l'ai moi-même payé à ce prix".
À Casablanca, le prix a baissé ce 16 février 2026, selon nos constatations, et se vend aux alentours de 30 dirhams le kilo, soit 20 dirhams de moins par rapport à la veille. Toutefois, malgré la baisse du prix, le constat de la rareté persiste. La sardine est rare et souvent remplacée par l’anchois.
À Agadir, le prix de la sardine ce 16 février 2026 est commercialisé à un prix nettement moindre, entre 8 et 10 dirhams le kilogramme, au lendemain de la levée du repos biologique, selon certaines pages locales.
De son côté, l’initiative « Poisson à un prix raisonnable » a été inaugurée le jeudi 12 février à Tamesna en présence de Zakia Driouch, secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime. Le prix affiché pour la sardine congelée est de 13 dirhams le kilogramme.
Prix de 50 dirhams le kilo : faute de marché ou conséquence du circuit d'intermédiaires ?
Si on se réfère aux prix de gros (sortie bateau) affichés au niveau des mercuriales en date du 13 février 2026, à la halle de Casablanca, le kilo de sardine s'affiche à un prix de 21,96 dirhams.
Dans le port d'El Jadida, le prix de vente enregistré a atteint 26,23 dirhams/kilogramme, pour des quantités commercialisées modestes. Dans le même port, la sardine a été vendue à 8,7 dirhams le kilo le 9 février 2026, en raison de l'arrivage de grandes quantités.
Au port de Mohammedia, le prix de la sardine enregistré est de 5 dirhams le kilo pour les dernières ventes enregistrées le 10 février 2026, avec des quantités importantes réceptionnées. À la même date, le prix de l'anchois y était également bas, oscillant entre 4 et 5,5 dirhams.
Dans le port de Safi, de grandes quantités ont été commercialisées à un prix moyen de 7,3 dirhams le kilogramme entre le 12 et le 13 février 2026, soit un tarif bien inférieur à celui pratiqué le week-end à Casablanca.
Dans ces ports atlantiques, qui n'ont pas subi de repos biologique, les prix de vente au débarquement ne reflètent pas ceux pratiqués auprès des consommateurs. Ces derniers sont en effet multipliés par dix, voire plus, par rapport aux prix de vente initiaux.
Particulièrement, entre le 9 et le 12 février 2026, plusieurs ventes ont été enregistrées dans plusieurs ports à un prix inférieur à 10 dh/kilogramme malgré des conditions météorologiques instables.
Cette hétérogénéité de l'offre entre les ports a favorisé l'émergence d'intermédiaires. Ces derniers ont profité d'une prétendue rareté de la sardine et de conditions météorologiques extrêmes pour justifier des prix élevés et accroître leurs profits.
L'importance des pêcheries au sud d'Agadir pour un retour à des prix normaux de la sardine
Les pêcheries atlantiques sud et du centre, sujet du repos biologique levé, permettent une production plus importante des poissons pélagiques. S’ajoute à cela, que les pêcheries allant d’Agadir et au sud sont assujetties à un prix de vente par bateau fixe ne dépassant pas 3 dirhams le kilogramme.
Logiquement, cette offre de poisson nécessitera plus de temps pour desservir Casablanca, qui distribue à son tour aux autres villes du Maroc, voire probablement les premiers jours du ramadan.
Dans un précédent article, nous avons retracé, à l’aide de professionnels du secteur, le parcours de cette sardine d’Agadir. Celle-ci est épargnée, à l’image des ports du sud d’Agadir, du système d’enchères.
Elle sort du port à un prix de 4 dirhams le kilo, mais une fois arrivée à la halle de Casablanca, son prix double, voire triple, à cause des intermédiaires.
À l’époque, nous avons constaté que le risque pris par les marins en mer est moins rémunéré que celui des intermédiaires. Ces derniers ne supportent aucun risque ou coût important. Egalement, le nombre de reventes des intermédiaires augmente le nombre des intervenants et leurs marges et impacte logiquement le prix du consommateur finale.
À quand une intervention ferme des autorités ?
En ce qui concerne les sardines, passer de 30 dirhams aujourd'hui à une fourchette comprise entre 10 et 15 dirhams pendant le ramadan est un objectif réaliste, étant donné que les conditions météorologiques devraient persister au moins jusqu'à la fin du mois en cours.
Compte tenu de l'offre qui devrait arriver dans les prochains jours et du contexte favorable actuel, les prix devraient logiquement baisser, à moins que les spéculateurs et intermédiaires s'invitent et renchérissent les prix.
Cependant, cette baisse ne pourra se concrétiser que par un contrôle de plus en plus strict des autorités gouvernementales, de l'amont vers l'aval du circuit de distribution, afin d'endiguer la flambée des prix.
En limitant l'influence des spéculateurs, la sardine devrait logiquement revenir dans les prochains jours sur les tables des Marocains à un prix raisonnable, aux alentours de 10 dirhams le kilogramme, voire moins.
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