Sardines entre 30 et 40 DH/kg : comment le Maroc en est-il arrivé là ?
Le prix de la sardine s’envole, frôlant les 40 DH/kg sur certains marchés, un record historique dans un pays pourtant riche en poissons pélagiques. Derrière cette flambée inédite à l’approche du ramadan se cache une crise aux causes multiples. Détails.
Le prix de la sardine est de nouveau sous les projecteurs, atteignant des niveaux record dans un pays pourtant riche en poissons pélagiques, dont elle est l’espèce reine.
Les cours oscillent désormais entre 30 et 40 DH/kg, du jamais-vu sur les marchés. Et cette tendance pourrait s’accentuer dans les prochains jours, sous l’effet conjugué des conditions climatiques extrêmes que connaît le Royaume et du repos biologique périodique instauré par le Département de la pêche.
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, une période de repos biologique a été décrétée pour les pêcheries de surface le long de la côte atlantique, 46 jours pour la zone atlantique centrale (jusqu'au 15 février 2026 entre Taghnajet et le Cap Boujdour) et 60 jours pour la zone sud (jusqu'au 28 février 2026 au sud du Cap Boujdour).
Pour accompagner la raréfaction de l’offre, le Département a également anticipé la suspension des exportations de la sardine congelée et interrompu l’approvisionnement en sardine destinée à la production de farine de poisson.
Cependant, bien que prises en amont, ces mesures n’ont, à ce jour, produit aucun apaisement tangible sur le marché. Alors que le débat refait surface autour de ce poisson populaire dans l’assiette des Marocains, une question s’impose : quelles sont les causes réelles de cette flambée inédite de la sardine ? Facteurs naturels ou décisions humaines ?
Impact naturel : des stocks de pélagiques sous haute pression
Depuis 2022, le secteur halieutique marocain fait face à un signal d’alarme sans précédent. Le volume des captures de poissons pélagiques est tombé de 1,3 million de tonnes à seulement 909.750 t en 2025, soit une chute brutale d'environ 30% en seulement trois ans.
Cette baisse reflète la réduction des ressources halieutiques, sous la pression combinée de la pêche et du réchauffement climatique des océans, qui contraint notamment la sardine à migrer vers des eaux aux conditions plus favorables.
Les grandes concentrations de poissons pélagiques sont naturellement liées aux courants d'upwelling, qui remontent des nutriments essentiels à leur développement. Dans le cas du Maroc, c'est le courant d'upwelling canarien, au large de Safi et qui se prolonge vers le sud jusqu'au Sénégal, qui est à l'origine de la richesse pélagique du pays. Aujourd'hui, fortement impactée par les changements climatiques, cette chaîne alimentaire est fragilisée, ce qui impose une réduction des volumes de pêche.
La décision du département de la Pêche n'est donc pas un choix, mais une nécessité. Elle vise à préserver les ressources halieutiques, largement dominées par les poissons pélagiques (plus de 60%), et à assurer leur renouvellement.
La raréfaction de l'offre, une conséquence attendue du repos biologique
L’envolée des prix de la sardine s’explique en grande partie par la raréfaction de l’offre, conséquence directe du repos biologique instauré dans les principaux ports de production.
Au nord de Safi, les volumes de poissons pélagiques débarqués sont bien plus faibles que ceux des ports situés au sud de Safi. En 2025, le port de Mehdia plafonne ainsi à 13.947 t de pélagiques tandis que celui de Casablanca enregistre seulement 7.197 t. Ces chiffres sont quatre fois inférieurs aux rendements des ports d'Agadir ou de Safi, situés au centre du pays et qui font actuellement l'objet d'un repos biologique des petits pélagiques (sardine, anchois, maquereau…).
Les mercuriales portuaires confirment cette tendance. À El Jadida, la dernière vente de sardines enregistrée remonte au mercredi 21 janvier 2026, avec un prix plafond de 20,96 DH/kg et un prix moyen de 9,15 DH/kg. À Casablanca, pour la même date, le prix maximal s’établissait à 25,87 DH/kg, avec un prix plancher très proche de 16,30 DH/kg. À titre de comparaison, le prix plafond ne dépassait pas 16 DH/kg le 10 janvier 2025, soit une augmentation brutale de près de 10 DH/kg en seulement dix jours.
Au-delà des causes naturelles, la spéculation accentue l'envolée des prix de la sardine
Au vu des éléments précédents, un prix de vente aux consommateurs de 30 DH incluant une marge de 5 DH, soit environ un cinquième du prix de vente aux halles de pêches, semble cohérent avec la complexité des circuits de distribution.
Rappelons que dans les ports au nord d’Agadir, les sardines sont vendues aux enchères, tandis que dans ceux situés entre Agadir et Dakhla, elles sont écoulées à un prix fixe ne dépassant pas 3 DH/kg.
Dans ces conditions, une situation de surenchère est donc très probable, en raison de la raréfaction de l’offre à l’approche du mois de Ramadan.
La suspension des exportations de sardine congelée relève d’une volonté gouvernementale de réguler les prix. Toutefois, le calendrier de cette mesure, effective à partir du 1ᵉʳ février 2026, paraît peu compréhensible. Elle intervient alors que les grandes pêcheries sont déjà en plein repos biologique, et que la reprise de l’activité sur la côte atlantique centrale n’aura lieu que deux jours avant le ramadan.
Plusieurs options auraient été préférables. Par exemple, instaurer cette suspension avant le début du repos biologique, ou décaler la fin de celui-ci d’une semaine avant le ramadan pour contrer les pratiques spéculatives.
Si les fondements scientifiques du repos biologique sont indéniables, les mécanismes actuels semblent inefficaces pour empêcher la surenchère et protéger le pouvoir d’achat des consommateurs.
La pénurie actuelle de l'offre est certes due à l’incapacité des ports du Nord à fournir des volumes importants. Mais elle résulte aussi des pratiques des intermédiaires, qui stockeraient la marchandise en attendant des conditions de marché plus favorables, qui ne sauraient être meilleures que le mois de ramadan.
Ce mois sacré représente une opportunité majeure pour ces acteurs de maximiser leurs profits, misant sur une préférence accrue pour la sardine fraîche et une forte augmentation du poisson congelé.
Pour en revenir aux causes naturelles, il est vrai que les sardines sont moins abondantes en début d’année, surtout entre janvier et mars. Mais cette rareté saisonnière alimente également l’appétit des acteurs intermédiaires.
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