Réforme de la profession d’avocats : clartification partielle des barreaux
La conférence de presse des barreaux n’a livré que des éléments généraux sur le projet de loi sur la profession d’avocat. Voici ce qu’il faut retenir.
Très attendue, la prise de parole de l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) n’aura finalement livré que peu d’éléments concrets sur les points de rupture du projet de loi sur la profession d’avocat.
Tenue le 3 février, la conférence de presse de l’ABAM avait pour objectif de clarifier la position des avocats face à ce texte controversé et d’expliquer leurs revendications à l’opinion publique. L’événement intervenait après six semaines de communiqués, de grèves et de protestations.
Pourtant, cette rencontre n’a pas réellement apporté d’éléments nouveaux sur le projet de loi sur la profession d’avocat. Les prises de parole sont restées générales. Peu de dispositions précises ont été détaillées. Le ton est resté mesuré, et le contenu est apparu en décalage avec l’ampleur de la mobilisation observée ces dernières semaines.
Voici l’essentiel de ce qui a été dit.
Pas de détails en conférence de presse
Dirigée par le bâtonnier Houssine Ziani, président de l’ABAM, la conférence a surtout servi à rappeler la ligne défendue par les avocats. L’association affirme rejeter le projet de loi sur la profession d’avocat dans sa version actuelle. Elle estime que le texte porte atteinte à la profession, mais aussi aux droits des citoyens et à l’intérêt général. Selon l’ABAM, certaines orientations réduisent le rôle de l’avocat et instaurent une forme de tutelle.
Le président de l’ABAM a justifié l’absence de détails. Il a expliqué que les doléances précises avaient déjà été présentées aux partis politiques. Selon lui, ce travail ne peut pas se faire dans le cadre d’une conférence de presse. Cette position laisse planer l’incompréhension, puisque seules des explications concrètes permettraient aux justiciables de saisir pourquoi leurs audiences sont reportées…
Les avocats ouverts au dialogue
Sur le fond, les avocats ont réaffirmé que le texte “ne les concerne pas” en l’état. Ils reprochent au ministère de la Justice d’avoir écarté certains accords conclus après une année de discussions. Pour l’ABAM, ces engagements portaient sur des points structurants du projet de loi sur la profession d’avocat. Leur abandon explique, selon eux, le durcissement du mouvement de protestation.
Les représentants de la profession assurent rester ouverts au dialogue. Le ministre de la Justice a d’ailleurs tenu un discours similaire le même jour au Parlement. Mais pour le bâtonnier Ziani, la question centrale reste la nature de ce dialogue. Il s’interroge sur son caractère réel et son efficacité. Les avocats réclament un dialogue “impactant”, capable d’influencer le contenu du texte.
Le président de l’ABAM a aussi répondu aux propos du ministre, qui a invité les avocats à transmettre leurs propositions par écrit. Selon lui, ces propositions figurent déjà dans les archives du ministère. Il s’agit des dispositions sur lesquelles les deux parties s’étaient accordées pendant un an de concertation.
L’esprit du texte à revoir
Les avocats affirment qu’ils n’auraient pas choisi l’escalade s’ils avaient été entendus ou s’ils avaient perçu une volonté réelle de réforme. Ils insistent sur un point central : le problème ne se limite pas à des amendements ponctuels. Il concerne la structure même du projet de loi sur la profession d’avocat. L’orientation générale vise, selon eux, à “réduire des droits acquis” et à mettre en place “une sorte de tutelle”.
Dans ce contexte, l’ABAM ne ferme pas la porte à un retrait du texte. Le bâtonnier Houssine Ziani a évoqué, à titre de comparaison, le précédent du projet sur l’enrichissement illicite. Selon lui, ce texte avait été déposé puis retiré. Il estime donc que retirer un projet non abouti relève du courage politique et du fonctionnement démocratique normal.
Or, il convient de rappeler qu’il n’y a pas de texte spécifiquement dédié à l’enrichissement illicite. Le chef du gouvernement avait retiré, en 2021, le Code pénal, à la demande du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi. Mais ce n’est pas ce ministre qui a déposé la première version. Il s’agit de son prédécesseur.
Oui aux avocats étrangers, non à l’absence de réciprocité
En fin de conférence, l’ABAM a enfin – vaguement– expliqué certains points qui posent réellement problème. Les avocats confirment qu’un accord existait pour réduire les délais de traitement des affaires disciplinaires. En revanche, aucun accord n’a été trouvé sur d’autres mesures, à savoir :
- l’obligation de rédiger un rapport disciplinaire après chaque manquement ;
- l’information systématique du ministère de la Justice ;
- le pouvoir de prolonger les délais, donné au ministère ;
- la question des avocats étrangers qui peuvent exercer au Maroc “sans tutelle ni orientation”.
Ce dernier point semble être l’un des principaux griefs des robes noires. Pour l’ABAM, le problème ne réside pas dans l’ouverture elle-même, mais dans l’absence de réciprocité. Le président a plaidé pour des exigences similaires à celles imposées aux avocats marocains à l’étranger.
Selon lui, un avocat étranger souhaitant exercer au Maroc doit maîtriser l’arabe et le droit marocain, comme la France exige la maîtrise de la langue de Molière et du droit français.
Enfin, la formation des avocats a aussi été abordée. L’ABAM ne s’oppose pas au principe de la formation continue. Elle conteste en revanche le rôle central attribué au ministère de la Justice. Les avocats estiment que la mission de “chapeauter la formation” doit relever des barreaux. À leurs yeux, l’indépendance de la profession passe aussi par l’autonomie en matière de formation, surtout en l’absence d’un institut spécifique dédié aux avocats.
À découvrir
à lire aussi

Article : Études en France : ce qui va changer pour les étudiants étrangers exonérés de frais universitaires
Un décret publié par le gouvernement français encadre plus strictement les exonérations accordées aux étudiants extracommunautaires, tout en prévoyant le maintien des droits déjà obtenus pour 2025-2026 et, sous conditions, pour 2026-2027.

Article : Sahara marocain : face à la dynamique internationale en faveur du plan d’autonomie, Alger tente de masquer son isolement
Dans une intervention prononcée dimanche 24 mai 2026 à Alger, Ahmed Attaf a de nouveau plaidé pour des négociations directes entre le Maroc et le polisario. Une lecture qui se heurte au cadre consacré par la résolution 2797 de l’ONU, fondé sur les tables rondes associant le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le mouvement séparatiste.

Article : Fuite Watiqa.ma : noms, actes de naissance… près de 700.000 données d’utilisateurs exposées sur le net
Une importante fuite de données touchant la plateforme gouvernementale Watiqa.ma a été signalée sur des forums cybercriminels. Un fichier contenant plus de 695.000 lignes de données personnelles, incluant identités complètes, filiation, adresses, numéros de téléphone et références d’actes de naissance, circule depuis le 19 mai 2026, exposant potentiellement un grand nombre d’utilisateurs. Détails.

Article : Créations d’entreprises : plus de 25.500 unités recensées au premier trimestre
Les personnes morales représentent 76% du total, avec une forte domination des SARL AU, tandis que Casablanca-Settat concentre près de 40% des immatriculations de sociétés, selon les dernières données de l’OMPIC.

Article : Équipements de construction : KAIROS devient distributeur exclusif de JCB au Maroc
Le partenariat prévoit l’accès à la gamme du constructeur britannique, avec un accompagnement local assuré par KAIROS en matière de maintenance, de pièces de rechange, de financement et de service client.

Article : Grand Stade Hassan II : pour la première fois, un média étranger entre dans le chantier géant de Benslimane
À 38 km de Casablanca, le futur écrin de 115.000 places affiche 40% d’avancement, 9,7 MMDH de marchés déjà engagés et une livraison prévue en décembre 2027.


