Avocats. Les barreaux du Maroc réfutent des propos attribués à Ouahbi
Alors que les avocats observent cinq jours de grève, l’Association des barreaux du Maroc conteste une version attribuée au ministère de la Justice sur les négociations autour du projet de loi 66-23. Détails.
Alors que la mobilisation des avocats se durcit, avec cinq jours consécutifs de grève annoncés du 26 au 30 janvier, le bras de fer avec le ministère de la Justice change de terrain. Le conflit s’installe désormais sur le terrain médiatique, à coups de communiqués et de déclarations contradictoires.
Dans un communiqué daté du 23 janvier 2026, l’Association des barreaux du Maroc (ABAM) réagit à des propos attribués au ministre de la Justice, “relayés par un média en ligne”. Sollicité par Médias24, le ministère n’a ni confirmé ni infirmé l’authenticité de ces déclarations.
Des propos attribués au ministre
Selon ces propos rapportés par l’ABAM, le ministre aurait affirmé que son département était entré dans une nouvelle phase de négociation avec les barreaux. Il se serait également étonné de l’absence de correspondances officielles des avocats concernant les amendements proposés au projet de loi n° 66-23 relatif à la profession d’avocat. Et aurait enfin mis au défi les avocats de publier la dernière version du texte en leur possession afin de la comparer avec celle transmise au Parlement et adoptée par le gouvernement.
Cette version est contestée par le président de l’ABAM. Au sein même de la profession, certains avocats reconnaissent des dysfonctionnements internes. Invité récemment dans l’émission Le 12/13 de Médias24, Me Omar Bendjelloun a indiqué que de nombreux avocats tiennent le bâtonnier Houssine Zyani, président de l’ABAM, pour – partiellement – responsable. Ils lui reprochent d’avoir accepté, à la demande du ministère, de recevoir une version du projet de loi et de la placer sous scellés, sans la partager avec la profession.
Rejet du texte (re)confirmé par les avocats
Mais les explications du bâtonnier vont bien au-delà. Dans son communiqué, l’ABAM qualifie les déclarations attribuées au ministre d’“informations inexactes”. Elle rappelle ses positions antérieures et confirme le rejet du projet de loi dans sa version actuelle. L’Association dénonce toute tentative de contournement de l’approche participative. Et affirme que plusieurs dispositions du texte n’ont fait l’objet d’aucun consensus.
De plus, l’ABAM indique que certaines clauses ont été modifiées en contradiction avec les accords conclus, notamment sur des garanties jugées inacceptables. Elle souligne enfin l’introduction d’articles sans discussion préalable.
Le président de l’ABAM exprime son regret quant au moment choisi pour la diffusion de ces déclarations. Il rappelle que le ministre représente une autorité gouvernementale tenue de communiquer sur la base de faits précis et vérifiables. Face à cette situation, l’Association juge nécessaire de rétablir la chronologie du processus.
Selon le communiqué, le dialogue avec le ministère reposait sur l’intégration progressive des articles ayant fait l’objet d’un accord. Le ministère devait transmettre ces dispositions au président de l’Association afin de permettre leur amélioration et leur amendement en cas d’observations ou de débats. Le président de l’ABAM attendait la version finale du texte pour la soumettre aux conseils après la clôture du dialogue.
Un problème de chronologie selon les avocats
Par ailleurs, selon les déclarations attribuées au ministre de la Justice et rapportées par l’ABAM, une version consensuelle du projet de loi aurait été présentée lors d’une rencontre tenue à Casablanca. Le ministre a ainsi appelé à la publication de cette version afin de permettre une comparaison avec le texte transmis au Parlement.
Mais l’ABAM conteste cette présentation des faits. Elle précise que l’événement tenu à Casablanca ne constituait pas une réunion formelle avec le ministre de la Justice. Il s’agissait de l’ouverture d’un colloque national organisé par l’Association. L’événement a eu lieu au siège du barreau de Casablanca, en présence de représentants de l’ensemble des barreaux. C’était le 21 novembre 2025.
À cette occasion, le ministre est intervenu publiquement. Dans son communiqué, l’ABAM rappelle qu’il a “reconnu que plusieurs points du projet de loi restaient en suspens”. Il a annoncé, après accord avec le président de l’Association, “la tenue d’une réunion spécifique consacrée à ces questions”. Cette réunion s’est tenue le 1er décembre 2025.
Or, l’Association affirme que le consensus n’a jamais été atteint. Elle indique aussi que “le ministère a transmis le projet au Secrétariat général du gouvernement avant la fin du dialogue et avant la réunion du 1er décembre”.
Cette mise au point intervient dans un climat de forte tension entre les avocats et le ministère de la Justice. Alors que les protestations se poursuivent, l’ABAM campe sur sa position et maintient son rejet du texte actuel. De son côté, le ministère n’a, à ce stade, apporté aucune réponse officielle aux griefs formulés dans les différents communiqués.

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