Urbanisme. Marrakech cherche à dépasser les problématiques d’étalement urbain dans ses périphéries
Situées en périphérie de Marrakech, les communes de Tasoultant et de Saada sont au cœur d'un débat récent concernant leur développement urbain. La résolution des problématiques au niveau de la périphérie est également stratégique pour maintenir la dynamique de développement socio-économique de la ville ocre.
Au cours des dernières années, l’Agence urbaine de Marrakech a progressivement rattrapé le retard cumulé dû à l'absence de documents d’urbanisme.
Actuellement, Marrakech est couverte par plusieurs plans d’aménagement, notamment ceux de Tassoultant (2017), Mechouar El Kasba (2021), Sidi Youssef Ben Ali (2021), l’ancien quartier industriel (2023), Guéliz-Est (2024) et Marrakech-Ouest (arrondissements Ménara et Guéliz Ouest), ce dernier étant en cours d’homologation.
Cependant, plusieurs problèmes se posent actuellement dans les périphéries de Marrakech. Ceux-ci doivent être résolus pour que la ville, qui poursuit activement ses préparatifs comme ville hôte de la Coupe du monde 2030, puisse atteindre la dynamique urbaine souhaitée.
Plan d’aménagement de Saada : lancement malgré les réserves de la wilaya
Située à l’ouest de Marrakech, la commune de Saada couvre une grande superficie d’environ 185 km². Bien que son centre soit délimité, la commune est majoritairement constituée de terres agricoles faisant partie du périmètre irrigué de N’Fis.

Selon nos confrères d’Al3omk, la wilaya de Marrakech a formulé des remarques de fond concernant le projet de plan d’aménagement de Saada. Ces réserves portent notamment sur la question de l’étalement urbain non contrôlé, susceptible de conduire à la prolifération des habitats non réglementaires en périphérie de Marrakech.
Malgré ces observations, l’Agence urbaine de Marrakech et la commune de Saada ont lancé l’enquête publique pour recueillir les avis et remarques des citoyens. Cette consultation publique durera un mois, pour la période allant du 22 octobre au 20 novembre 2025.
Ce projet de plan d’aménagement devrait permettre de définir les différentes vocations de la commune, incluant la préservation des terres agricoles, mais également de rénover l’offre urbaine à travers de nouveaux équipements, catalyseurs de développement et d’investissement.
Avant l’annonce de l’enquête publique, une commission technique locale relative à ce projet s'est réunie en octobre 2024. Présidée par l’ancien wali de Marrakech, elle a statué sur le projet de ce plan d’aménagement, qui fait actuellement l'objet d'une polémique constructive.
En effet, le plan d’aménagement doit être efficace en matière d’étalement urbain, surtout en périphérie de la ville. Cependant, son retard nuit au développement local en retardant la programmation des équipements, notamment de première nécessité. Il nuit également aux investissements nécessitant en amont l'obtention des autorisations nécessaires (cf. article 45 de la loi 12.90).
Problématique foncière des douars de la commune de Tassoultante
Située dans la périphérie sud de Marrakech, avoisinant les arrondissements de l’Agdal et de Sidi Youssef Ben Ali, la commune de Tassoultante a évolué ces dernières années pour devenir un centre à vocation urbaine plus que rurale.

Bien que cette commune dispose d’un plan d’aménagement depuis 2017, plusieurs habitants de Tassoultante ne peuvent ni construire ni entreprendre la réfection de leur habitation. Ils ne sont pas non plus habilités à soumettre leur demande via la plateforme dédiée aux autorisations en raison d’une problématique foncière complexe.
Cette problématique foncière remonte en effet au XIXᵉ siècle. À cette époque, des terres avaient été concédées par le Sultan Moulay Abderrahmane pour donner aux tribus marocaines venues le droit d’exploiter les terres agricoles en contrepartie de leur ralliement à l’armée sultanienne.
Cependant, avec l’avènement du protectorat, ces terres sont retournées à la direction des Domaines, malgré plusieurs tentatives de melkisation après l’indépendance. D’année en année, les douars de Tassoultante se sont développés pour devenir des agglomérations urbaines sans pour autant obtenir ni le statut de terres collectives ni celui de propriétés privées.
Lors d'une séance publique de questions orales à la Chambre des représentants, le lundi 27 octobre 2025, le parlementaire Abdelaziz Driouch a demandé que la situation foncière de ces habitants, répartis dans 43 douars au sein de la commune, soit régularisée.
Dans sa réponse, Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Urbanisme et présidente du conseil de la ville de Marrakech, a déclaré : "La situation foncière ne relève pas de la compétence de mon ministère. Ceci est du ressort du ministère de l'Intérieur, et nous souhaitons que vous adressiez votre question à Monsieur le ministre de l'Intérieur. De notre côté, dès que le dossier sera légal et que la situation foncière aura été régularisée, le ministère est prêt à accorder l'autorisation à tout requérant".
La ministre a ajouté : "Au moment où le plan d'aménagement avait été élaboré (en 2017), c'était l'occasion qui aurait dû être saisie pour résoudre les problèmes de ces douars. Mais, main dans la main avec le président de la commune, nous allons travailler pour régulariser la situation de tous et leur rendre la dignité qu'ils méritent dans les environs de Marrakech".
L’importance du SDAU du Grand Marrakech pour contrôler les périphéries
Relancé à plusieurs reprises, le schéma directeur d'aménagement urbain du Grand Marrakech (SDAU) est un outil essentiel pour répondre aux problématiques qui apparaissent, notamment en périphérie. Il est destiné à remplacer l’ancien SDAU adopté en 1995 et à couvrir onze communes de la préfecture de Marrakech et huit communes de la province d’Al Haouz.
En effet, le SDAU permet essentiellement de restructurer ou de rénover des secteurs, d’ouvrir de nouvelles zones à l'urbanisation, de fixer la destination générale des sols (industrielle, agricole, touristique, etc.), l'organisation des transports et de programmer de grands équipements (cf. article 4 de la loi 12.90 relative à l’urbanisme).
Cependant, le dernier appel d’offres lancé par l’Agence urbaine de Marrakech n’a pas été concluant, en raison d’un dossier technique qui ne satisfaisait pas aux conditions requises.
L’Agence urbaine cherche à concevoir un nouveau SDAU qui devra saisir l'opportunité de la Coupe du monde 2030 pour moderniser ses infrastructures, lancer de nouveaux pôles urbains, et renouveler et requalifier certaines zones sur le plan environnemental. Ce schéma devra également apporter des solutions concrètes, à travers des fiches-projets et des fiches-communes, pour gérer la croissance démographique et la pression immobilière, tout en protégeant les espaces naturels, agricoles et environnementaux.
Les fiches-communes préciseront les orientations du SDAU pour chaque commune, ainsi que la population existante et projetée. Les fiches-projets, quant à elles, détailleront la situation du projet, sa superficie, les financements et les partenaires, les acteurs concernés, les différentes phases de réalisation et les modalités de mise en œuvre.
L’urgence de relancer ce projet de SDAU est désormais stratégique, compte tenu des opportunités proches à saisir et de son importance pour contrôler au mieux les périphéries.
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