5G au Maroc : un déploiement imminent, dans l'attente du décret d’attribution
Le lancement de la 5G au Maroc est désormais imminent. Les trois opérateurs attendent la publication du décret d'attribution au Bulletin officiel avant de procéder au déploiement de cette nouvelle technologie, dont le lancement officiel est prévu en novembre 2025 dans au moins huit villes ainsi que leurs aéroports.
Le déploiement de la 5G au Maroc se fera dans les prochaines semaines, comme l'a rappelé la ministre de la Transition numérique au Parlement ce lundi 13 octobre. Si Amal El Fallah Seghrouchni n'a pas donné plus de précisions, elle a également confirmé que les investissements dans cette nouvelle technologie, par les trois opérateurs nationaux, devraient atteindre 80 milliards de DH (MMDH) d’ici 2035.
Dans son rapport d’instruction, publié en juillet dernier à l’issue de l’annonce de l’attribution des licences 5G à ces trois opérateurs, l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) a, elle, prévu son lancement pour novembre 2025, dans huit villes marocaines, ainsi que leurs aéroports, juste à temps avant la CAN 2025 prévue en décembre.
Les six villes hôtes de la CAN 2025 sont Rabat, Casablanca, Marrakech, Fès, Agadir et Tanger.
Le déploiement de la 5G suspendu à la publication du décret d'attribution des licences au BO
Les licences 5G ont été obtenues par les trois opérateurs nationaux (Maroc Telecom, Orange et inwi) à l’issue d’un appel à la concurrence exigeant lancé par l’ANRT. Leur montant global s’élève à 2,1 MMDH (TTC), soit des tickets d’entrée répartis comme suit :
Le prix de réserve pour ce marché avait été fixé à 600 millions de DH (MDH) TTC par l’ANRT, un niveau jugé stratégiquement abordable pour encourager les opérateurs à investir davantage dans le déploiement. À titre de comparaison, les licences 4G coûtaient environ 20% de moins, soit 500 MDH à l’époque.
Maroc Telecom a déboursé 900 MDH (TTC) comme contrepartie pour entrer sur le marché de la 5G, contre 600 MDH (TTC) pour inwi et Orange. La différence s’explique par la capacité de fréquences attribuée. En effet, le prix de réserve fixé initialement correspondait à une capacité de 70 MHz.
Chaque opérateur a donc reçu 70 MHz pour 600 MDH TTC, avec la possibilité d’acquérir des fréquences supplémentaires moyennant un paiement additionnel. Maroc Telecom, qui ne disposait pas de fréquences 5G contrairement à ses concurrents, a ainsi demandé 50 MHz additionnels et doit les payer, afin de ne pas être décalé par rapport aux autres opérateurs en termes de qualité de service.
En Europe, le "SMIG" des fréquences 5G s’établissait à 50 MHz, tandis que le plafond atteignait 100 MHz. Au lancement de cette technologie, les opérateurs européens avaient en moyenne obtenu 70 MHz, à l’exception d’Orange, qui avait bénéficié de 90 MHz en raison de sa capacité supérieure.
À terme, les trois opérateurs nationaux devraient disposer d’une capacité équivalente d’environ 120 MHz.
Toutefois, bien que ces licences aient été attribuées, les opérateurs attendent encore la publication du décret relatif à cette attribution au Bulletin officiel (BO), pour lancer officiellement cette nouvelle technologie et dévoiler leurs offres commerciales. Selon nos informations, ils sont tous prêts.
Le « go » est tributaire dudit décret, dont la publication ouvrira la voie au paiement des tickets d’entrée et au lancement effectif du service 5G.
Un déploiement progressif avant d'atteindre la "full 5G"
Le déploiement commencera d’abord en 5G NSA (Non Standalone), qui est une première étape vers la 5G complète en s’appuyant sur le cœur de réseau 4G. Les opérateurs basculeront, ensuite, vers la “full 5G”, plus performante et entièrement autonome. Cette dernière nécessite d'importants investissements.
En Europe, par exemple, la full 5G était annoncée pour 2025. Elle a ensuite été reportée à 2030, parce qu’elle coûte très cher.
Selon nos informations, il y a deux cas de figure pour déployer la 5G :
- Les opérateurs peuvent changer leur station de base tout en conservant le cœur de réseau pour la déployer. Dans ce cas de figure, les infrastructures de 4G sont simplement upgradées.
- Les opérateurs peuvent toutefois changer la station de base et, par ricochet, changer le cœur de réseau, ce qui est plus compliqué.
Aujourd’hui, près de 75% des opérateurs dans le monde exploitent la 5G en mode normal. C’est également de cette manière que va procéder le Maroc, avant de basculer progressivement vers la full 5G, grâce aux investissements prévus sur le marché.
Le Royaume fait ainsi le choix d’une transition progressive, jugée plus efficiente sur le plan financier et mieux adaptée à l’état actuel du réseau national.
"Les débits seront toutefois élevés", nous assurent par ailleurs des sources proches du dossier. "Le Maroc sera le seul pays à lancer la 5G avec la totalité des capacités de fréquences disponibles".
Le Maroc rattrapera l’Afrique du Sud dans deux ans en termes de couverture
Plusieurs experts estiment que "c’est le bon moment pour lancer la 5G". "Si nous l'avions lancé plus tôt, cela aurait été prématuré car la fibre optique et le réseau 4G n’auraient pas été suffisamment développés. Attendre encore deux ans ou plus aurait aussi été une erreur. Nous sommes aujourd’hui au bon moment".
Ceci s'explique par la maturité du réseau 4G. "On est arrivé à un niveau où nos réseaux 4G doivent évoluer", explique une de nos sources.
Les investissements prévus dans ce marché atteindront près de 80 MMDH dans dix ans, hors fibre optique et 4G. Parmi les lots les plus coûteux dans le déploiement de cette technologie, le génie civil. Il représente, généralement, à lui seul, près de 70% des coûts.
"Grâce à ces investissements, le Maroc rattrapera dans deux ans l’Afrique du Sud, premier pays en termes de couverture 5G sur le continent africain".
Les exigences initialement fixées par l’ANRT prévoyaient une couverture de 25% de la population d’ici fin 2026 et de 70% à l’horizon 2030.
Ces objectifs ont toutefois été relevés. La couverture devrait désormais atteindre 45% d’ici fin 2026, et 85% à fin 2030.
Quid des utilisateurs ?
Logiquement, dès que les offres commerciales des trois opérateurs seront dévoilées, les utilisateurs disposant d’un terminal compatible 5G pourront y avoir accès.
En ce qui concerne les offres commerciales, elles devraient être dévoilées prochainement, une fois le décret publié au BO.
Selon nos informations, elles sont déjà prêtes. Mais on ignore à ce stade si elles seront plus chères ou moins chères que la 4G et la fibre optique. La monétisation de cette technologie dépendra de la stratégie commerciale de chaque opérateur.
"Au niveau international, certains pays ont réussi à rentabiliser la 5G en misant sur la couverture et la qualité de service. Ceux qui l’ont lancée sans valorisation ont connu des résiliations massives. Certains des opérateurs disposent de l’expérience internationale nécessaire pour adapter leurs modèles au marché local", concluent nos sources.
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