img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Defense

Acquisition de Su-57 par l'Algérie : quelle réponse pour le Maroc ?

L'annonce de l'acquisition par l'Algérie de chasseurs Sukhoi Su-57 reconfigure l'équilibre stratégique au Maghreb. Notre consultant militaire, Abdelhamid Harifi, décrypte en profondeur cette manœuvre et détaille les options qui s'offrent au Maroc.

Acquisition de Su-57 par l'Algérie
Par
Le 6 octobre 2025 à 18h30 | Modifié 7 octobre 2025 à 11h32
   

L'acquisition annoncée d'une douzaine de chasseurs russes de 5e génération, les Su-57, par l'Algérie, est une tentative de "rattraper un retard technologique énorme", analyse notre consultant militaire, Abdelhamid Harifi. Il établit un constat clair : depuis l'acquisition des F-16, "le Maroc a marqué un saut technologique très important" par rapport à son voisin.

Un retard algérien concret et documenté

Pour étayer son propos, Abdelhamid Harifi rappelle des faits précis. "Jusqu'à 2020-2022, l'aviation algérienne n'utilisait pas, par exemple, de pods de désignation laser pour ses bombes ou ses missiles anti-sol, et ne disposait pas de technologie AESA pour les radars de ses Su-30 ou MiG-29". Il ajoute que même lors de leurs manœuvres, les forces algériennes continuaient d'employer des "techniques archaïques" pour le ciblage terrestre.

À l'inverse, il souligne que "le Maroc avait dépassé ce stade avant même l'acquisition des F-16", grâce à la modernisation de sa flotte de F-5 (avec les pods Lightning II) et de Mirage F1 (avec les pods Damoclès). L'arrivée des F-16 n'a fait qu'accentuer cet avantage.

Face à ce constat, et avec la perspective de l'arrivée des F-16 Viper au Maroc entre 2026 et 2029, "l'Algérie a bien compris qu'elle était technologiquement dépassée", ce qui l'a poussée à chercher un "compromis technologique" avec l'achat de MiG-29M2, puis désormais avec les Su-57.

Le Su-57 : une acquisition en trompe-l'œil ?

Notre consultant nuance cependant la portée de cette acquisition. Il rappelle que le Su-57 est un avion dont "le projet en Russie même n'est pas bouclé", qu'il n'est pas encore en "production de masse" et que sa technologie n'est "pas validée à 100%". Proposé à l'export en "version downgraded", son objectif principal serait de "trouver des fonds pour continuer à financer la recherche et développement" en Russie. "Même sa furtivité reste quelque chose de très relatif".

Parallèlement, il analyse l'acquisition des bombardiers Su-34 par l'Algérie, un avion dont la Russie a "longtemps refusé la vente" et dont le "rendement sur le théâtre ukrainien est très limité". Pour lui, cela confirme l'urgence pour Moscou de trouver des financements. L'Algérie, de son côté, a besoin de remplacer ses Su-24 vieillissants, "dont certains datent des années 1970". Malgré ces achats, Abdelhamid Harifi est formel : "L'Algérie sent qu'elle est en sous-capacité par rapport à ce que le Maroc prépare".

Quelle riposte pour le Maroc ? Trois scénarios à l'étude

Face à cette situation, "le Maroc doit riposter", estime notre consultant, qui détaille trois options.

- L'option F-35 : une "fausse bonne idée" ?

La première option, une riposte miroir avec un avion de 5e génération comme le F-35, est pour lui une fausse bonne idée. Il argumente : "Le F-35 a des capacités opérationnelles inférieures à nos F-16 en termes d'emport et de combat, car on a sacrifié la quantité d'armement pour garder l'aspect furtif". De plus, c'est un "gouffre financier en termes de maintien en condition opérationnelle". Son hyper-connectivité pose des "questions de souveraineté", car "il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde, à part Israël et, en moindre mesure, le Royaume-Uni, qui sont complètement autonomes sur son utilisation". Enfin, le coût final est incertain, ce qui rend les négociations "dures" pour un pays aux "capacités budgétaires trop limitées" comme le Maroc.

- L'option "supériorité aérienne" : une dissuasion puissante mais coûteuse

La deuxième forme de riposte serait d'acquérir une douzaine d'avions de supériorité aérienne (F-15, F-18 ou Rafale). Ces appareils sont multi-missions (combat aérien, anti-terrestre, reconnaissance, anti-maritime) et permettent de "maintenir un équilibre en termes de souveraineté" en ne dépendant pas d'un seul fournisseur. Abdelhamid Harifi souligne que "même l'armée américaine commande de nouveaux F-15EX", car "le gouffre F-35 n'est plus tenable même pour eux". Le principal obstacle reste le "débat sur les capacités à maintenir ces avions en condition opérationnelle".

- L'option "multiplicateurs de force" : la "plus intelligente"

"C'est la meilleure riposte", déclare Abdelhamid Harifi. Il s'agit d'investir dans des avions de guet aérien (AWACS), de véritables "multiplicateurs de force". Il illustre son propos par le duel indo-pakistanais, où le Pakistan, grâce à ses AWACS, a pu guider ses chasseurs (qui volaient "radar éteint") pour abattre des avions indiens sans subir de pertes.

"L’avion AWACS transmet les coordonnées à l’avion de chasse ; le pilote les charge dans le missile, procède au lancement puis se retire. L’AWACS prend alors en charge la conduite du tir en guidant le missile vers la cible. Le missile reste en mode "veille" (tête de recherche inactive) pendant la phase de croisière et n’active son détecteur qu'en phase terminale, ce qui réduit fortement les possibilités de manœuvre ou d’évasion de la cible".

"Un AWACS peut détecter un chasseur à 400 km", explique Abdelhamid Harifi, offrant un avantage tactique décisif. Cette option est "budgétairement beaucoup plus logique et atteignable", permettant d'obtenir "plus de poids et de puissance" pour la flotte actuelle sans les investissements massifs en RH et infrastructures des autres options.

Une vision globale : ne pas négliger la défense aérienne et les hélicoptères

La riposte ne s'arrête pas là. Abdelhamid Harifi insiste sur la nécessité d'un "investissement continu dans la défense aérienne", notamment avec l'achat de systèmes Patriot, "très efficaces même contre des missiles furtifs", et le renforcement des batteries Barak-MX.

Il tire également la sonnette d'alarme sur la flotte d'hélicoptères, "le nerf du transport" pour les forces spéciales et les opérations de sauvetage. "Jusqu'à la fin des années 1980, les FRA disposaient de 80 à 100 hélicoptères. Aujourd'hui, toute la flotte ne représente même pas 25% de ce chiffre, ce qui est alarmant", prévient-il.

Il conclut en rappelant que le Maroc, "un pays en cours de développement qui a lancé des chantiers très importants", a "beaucoup plus à perdre" qu'un autre. La protection de ses acquis passe donc par "une bonne dissuasion", qui donne de la "crédibilité à la parole diplomatique".

 

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 6 octobre 2025 à 18h30

à lire aussi

Bourse de Casablanca : les minières sauvent un semestre marqué par la correction du marché (bilan)
Actus

Article : Bourse de Casablanca : les minières sauvent un semestre marqué par la correction du marché (bilan)

Après un semestre marqué par une correction du marché, quelles valeurs ont résisté ? Quels secteurs ont tiré leur épingle du jeu ? Et où les investisseurs ont-ils concentré leurs échanges ? Voici le bilan des six premiers mois de 2026 à la Bourse de Casablanca à travers les principales performances de la cote.

Textile : le déficit de main-d’œuvre dans la confection pèse sur les exportations
Textiles

Article : Textile : le déficit de main-d’œuvre dans la confection pèse sur les exportations

Les exportations textiles reculent de 9,1% à fin mai 2026, une baisse que les perturbations logistiques du premier trimestre ne suffisent plus à expliquer. L’aggravation de la baisse en avril et mai montre que le problème dépasse désormais le seul facteur logistique. La cause principale est aujourd’hui le déficit de main-d’œuvre, qui pèse directement sur la production, les délais de livraison et la capacité des entreprises à honorer leurs commandes.

Traitement de l'eau. Le britannique Hydro Industries s'implante au Maroc avec Hydro Services Morocco
BUSINESS

Article : Traitement de l'eau. Le britannique Hydro Industries s'implante au Maroc avec Hydro Services Morocco

Le britannique Hydro Industries Limited s’implante au Maroc avec la création de Hydro Services Morocco, une SAS au capital de 1 MDH dédiée aux métiers du traitement de l’eau, de l’assainissement et du dessalement.

Le Maroc face au choix du Rafale : les clés d'un arbitrage géopolitique contre le tout-américain
Defense

Article : Le Maroc face au choix du Rafale : les clés d'un arbitrage géopolitique contre le tout-américain

Si la volonté d'éviter une dépendance exclusive envers les États-Unis est réelle, l'équation budgétaire et le défi du nombre face à la flotte d'Alger imposent un examen attentif des réalités du terrain.

Maroc-Chine : en attendant le Sahara, la relation bilatérale économique s'accélère
NATION

Article : Maroc-Chine : en attendant le Sahara, la relation bilatérale économique s'accélère

Dix ans après l'établissement d’un partenariat stratégique entre Rabat et Pékin au cours de la visite royale en Chine en 2016, l’ambassadrice chinoise au Maroc a célébré cet événement en déclarant que les relations économiques bilatérales ont connu une progression exceptionnelle. Si les perspectives industrielles et touristiques apparaissent plus que prometteuses, la question d'une éventuelle reconnaissance chinoise de la marocanité du Sahara au Conseil de sécurité de l'ONU demeure toujours entourée de précautions diplomatiques. Explications.

IDE : le flux net progresse de 41,8% à fin mai 2026
Quoi de neuf

Article : IDE : le flux net progresse de 41,8% à fin mai 2026

Les investissements directs étrangers (IDE) au Maroc poursuivent leur progression à fin mai 2026. Porté par une hausse des recettes et un recul des dépenses, leur flux net atteint 23.319 MDH, en hausse de 41,8% par rapport à la même période de 2025. Dans le même temps, les investissements directs marocains à l’étranger (IDME) enregistrent également une nette progression.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité