Le Maroc se positionne en futur leader mondial de l'algoculture
Le Maroc vise une production annuelle de 92.000 tonnes d’algues, la création de 850 emplois directs et le déploiement de la filière sur 4.670 hectares, avec Dakhla-Oued Ed-Dahab comme épicentre stratégique.
Experts, investisseurs et institutions se sont réunis le mardi 23 septembre lors d'une journée dédiée à l’algoculture, une filière émergente qui ambitionne de conquérir des marchés à forte valeur ajoutée.
Organisée par l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA), en partenariat avec la Banque mondiale, cette rencontre a permis de dresser les chiffres clés du secteur.
Le Maroc mise sur 92.000 tonnes de production
Le secteur de l'aquaculture dans son ensemble compte déjà 183 fermes pour une production future estimée à 71.000 tonnes et la création de près de 9.250 emplois (directs et indirects).
Plus spécifiquement, la filière algues connaît une accélération spectaculaire :
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70 fermes d'algoculture sont déjà en développement.
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Un investissement prévisionnel de 400 millions de DH est mobilisé.
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La production cible annuelle est fixée à 92.000 t.
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Près de 850 emplois directs devraient être créés à court terme.
Le Maroc a planifié le déploiement de cette filière sur un potentiel total de 4.670 hectares. La région Dakhla-Oued Ed-Dahab est clairement positionnée comme l'épicentre de cette révolution bleue, concentrant à elle seule plus de la moitié du potentiel national avec 2.376 ha. D'autres régions côtières comme l'Oriental (629 ha), Marrakech-Safi (570 ha) et Laâyoune-Sakia El Hamra (480 ha) jouent également un rôle clé dans cette stratégie de diversification et de valorisation des ressources marines régionales.
L'ambition est de conquérir des marchés à haute valeur ajoutée où les algues deviennent une ressource stratégique :
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Agriculture durable : développer des biofertilisants et biostimulants pour les marchés marocain et africain, offrant une alternative aux engrais chimiques.
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Textile et mode : innover en créant des textiles biosourcés, renforçant la compétitivité du Maroc dans la mode éco-responsable.
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Cosmétique et pharmacie : positionner l'algue marocaine comme un bioactif de renommée mondiale, soutenu par la recherche et l'innovation.
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Micro-algues : le Maroc, avec son ensoleillement exceptionnel, explore également cette nouvelle frontière pour la production de biocarburants, de bioplastiques et de molécules précieuses pour la dépollution industrielle.
Un pilier de la diversification économique et de la durabilité environnementale
"Le contexte mondial marqué par une expansion remarquable du marché des algues, dont la croissance annuelle est estimée à 10% pour la décennie à venir, montre à quel point l’algue constitue aujourd’hui un vecteur stratégique de l’économie bleue et un catalyseur de nouvelles chaînes de valeur", a fait remarquer la secrétaire d'État chargée de la pêche maritime, qui s’exprimait lors de l'évènement.
Mettant l'accent sur la dimension environnementale de cette filière, Zakia Driouich a rappelé que l'algoculture contribue directement à la préservation des écosystèmes marins tout en créant de nouvelles opportunités économiques pour les communautés côtières.
Elle a insisté sur la nécessité de mobiliser tous les acteurs publics et privés pour faire du Maroc un leader régional dans ce domaine prometteur, capable de répondre à la demande mondiale croissante en produits algaux.
Et de réaffirmer l'engagement de l'État à accompagner le développement de cette filière à travers des politiques publiques adaptées et un cadre réglementaire favorable à l'investissement.
Dans la même veine, la directrice générale de l'ANDA, Majida Maârouf, a affirmé que l'aquaculture constitue une composante majeure de l'économie bleue, contribuant directement à l'atteinte des objectifs de développement durable (ODD) par sa contribution à la sécurité alimentaire et à la création de richesse et d'emplois.
À cette occasion, la responsable a mis en avant la diversité des usages des algues, s'étendant de l'alimentation humaine à la production d'énergie, en passant par l'agriculture, la pharmacie, la cosmétique et même le textile, confirmant la transversalité exceptionnelle de cette filière.
Elle a rappelé, à cet égard, les atouts du Maroc avec ses 3.500 km de littoral et sa biodiversité marine exceptionnelle, précisant que plus de 340 projets aquacoles sont aujourd'hui autorisés, couvrant toutes les filières, et que 4.700 ha sont dédiés à la culture des macro-algues avec une capacité de production pouvant atteindre 40.000 t.
De son côté, le directeur pays de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte, Ahmadou Moustapha Ndiaye, a souligné que "le Maroc offre une base solide pour l'investissement privé", mettant en avant le leadership de l'ANDA et la stratégie marocaine pour l'économie bleue comme moteurs du développement aquacole.
Il a révélé des analyses prometteuses de la Banque mondiale, estimant que si le Maroc portait sa production aquacole à 300.000 t par an, ce secteur pourrait générer environ 36.000 emplois directs et 450 millions de dollars de revenus, positionnant le pays comme leader régional.
Ahmadou Moustapha Ndiaye a identifié les principaux obstacles qui persistent dans le secteur, à savoir les délais d'autorisation longs, les restrictions sur les infrastructures terrestres essentielles, les coûts élevés des aliments pour poissons et la coordination encore fragmentée, ce qui augmente les risques et les coûts pour les investisseurs privés.
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