Avec Oued Beht, le Maroc se hisse au sommet de l’archéologie néolithique mondiale
C’est une double consécration scientifique pour le site marocain d’Oued Beht. Après avoir été primé par la prestigieuse revue Antiquity en juin, il figure désormais dans le classement 2024 des dix découvertes archéologiques majeures publié par Ancient Near East Today.
Le complexe agricole néolithique de l'Oued Beht, situé dans la région de Khémisset au Maroc, vient de recevoir une distinction internationale de premier plan. Le site a été sélectionné par la revue Ancient Near East Today parmi les dix découvertes archéologiques les plus importantes de 2024, pour une zone couvrant l'Afrique, la Méditerranée et le Proche-Orient.
Fruit d'une collaboration entre l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine (INSAP) de Rabat, l'Institut des sciences du patrimoine culturel du Conseil national de la recherche en Italie (CNR-ISPC), le McDonald Institute for Archaeological Research de l'université de Cambridge et l'Association internationale d'études méditerranéennes et orientales (ISMEO), la découverte a révélé une société du Néolithique final (3400-2900 avant l'ère chrétienne) jusqu'ici inconnue.
Les archéologues ont affirmé que les preuves trouvées à Oued Beht tendent vers la présence d'un grand établissement agricole – d’une taille similaire à celle de la Troie de l'âge du bronze ancien. Les découvertes incluent des restes de plantes et d'animaux domestiqués ainsi que de la poterie, tous datant du Néolithique final (4500 à 3200 av. J.-C.).
Les fouilles ont également révélé des fosses de stockage profondes, similaires à celles trouvées de l'autre côté du détroit de Gibraltar en Ibérie, où des objets tels que l'ivoire et des œufs d'autruche ont depuis longtemps suggéré des connexions africaines.
Le professeur Youssef Bokbot, l'un des principaux auteurs de la découverte, a précisé que cette distinction de la revue Ancient Near East Today vient couronner un travail de longue haleine.
"Cette consécration mondiale est le cumul de 20 ans de recherches que j'ai l'honneur de diriger depuis 2005 à ce jour", a-t-il déclaré, avant de féliciter l'équipe marocaine de l'INSAP, ainsi que les équipes internationales qui ont collaboré avec elle depuis 2008.
La découverte de l’Oued Beht n’en est pas à son premier fait d’armes. En juin dernier, le complexe agricole néolithique marocain avait déjà été couronné d’un titre encore plus prestigieux : celui de la publication de l'année du magazine Antiquity de l'université de Cambridge, où la découverte fut révélée en septembre 2024.
"Depuis plus d'un siècle, la grande énigme de la préhistoire méditerranéenne tardive a été le rôle joué par les sociétés des rives sud-africaines de la Méditerranée, à l'ouest de l'Égypte", avaient déclaré les auteurs suite à la distinction d'Antiquity.
Bien que l'importance de la région durant le Paléolithique, l'Âge du Fer et les périodes islamiques soit bien établie, il existait une lacune importante dans nos connaissances sur l'archéologie du Maghreb entre environ 4000 et 1000 avant notre ère, une période de changements dynamiques dans une grande partie de la Méditerranée".
"Nos découvertes prouvent que cette lacune n'était pas due à une absence d'activité préhistorique majeure, mais plutôt à un manque relatif de recherches et de publications. Oued Beht affirme désormais le rôle central du Maghreb dans l'émergence des sociétés tant méditerranéennes que plus largement africaines".
À Oued Beht, des archéologues découvrent l'une des plus antiques “sociétés agricoles”
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