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Minerais critiques :  de la nécessité d'une coopération trilatérale Chine-Maroc-UE (Étude géopolitique)

La coopération sino-marocaine s'intensifie grâce à d'importants investissements chinois dans la transition énergétique, lesquels contribuent à un transfert de savoir technologique auquel l'Union européenne pourrait s'intéresser, d'autant plus que le continent vise la décarbonation de plusieurs de ses secteurs, y compris l'automobile, à l'horizon 2035.

une étude qui plaide pour un cadre de coopération tripartite entre le Maroc, l'Union européenne et la Chine pour la promotion de l'industrie verte
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Le 12 juillet 2025 à 17h00 | Modifié 12 juillet 2025 à 16h02

En juin 2024, Sebastian Wolf, directeur de la division batteries de Volkswagen, avait déclaré que : "Pour l'instant, soyons honnêtes : la mise en place de la chaîne d'approvisionnement des batteries LFP se fait au Maroc et non en Europe".

Aujourd'hui, les ambitions de bâtir une industrie de batteries se concrétisent avec le lancement récent de l'usine de Cobco et les travaux en cours pour la construction au Maroc de la première gigafactory d'Afrique.

À vrai dire, le développement de l'écosystème industriel des batteries avec la Chine comme principal partenaire ne se limite pas à une simple installation, mais également à un transfert technologique dans lequel la Chine excelle le long de toute la chaîne de valeur.

La position géographique du Maroc n'est pas le seul atout qu'offre le Royaume, mais c'est également une richesse et un potentiel minier important en minerais critiques qui ont encouragé des investissements massifs chinois dans l'industrie relative à la transition énergétique et particulièrement celle des batteries.

Une étude récente portant sur les relations Maroc-Chine-UE dans le domaine des minéraux de transition verte a récemment été publiée par l'African Policy Research Institute (APRI), un think tank africain basé à Berlin et Abuja.

Le potentiel marocain en minerais critiques

En amont, le potentiel national en minerais critiques se renforce davantage avec une production de phosphate, cobalt, cuivre, manganèse, à laquelle s'ajouteront des projets de mines d'étain, de graphite et des développements miniers actifs pour le lithium et les terres rares.

Précédemment, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, a souligné l'importance de travailler pour positionner rapidement le Maroc comme un corridor unique OTC (Origine, Transit, Certification) entre l'Afrique, l'Europe, le bassin Atlantique et le monde entier.

L'ONHYM joue un double rôle pour accroître l'investissement à travers le dérisquage des projets miniers via des projets d'explorations stratégiques et, d'autre part, la promotion de l'investissement minier.

De leur côté, les entreprises chinoises ont commencé à s'intéresser davantage au secteur minier, avec récemment une acquisition en cours d'un groupe minier chinois de la mine d'étain d'Achmmach qui peinait à démarrer avec son précédent opérateur, en raison de difficultés financières. D'autres investissements miniers chinois se sont installés mais sont à ce jour à un stade de développement préliminaire.

Les attentes des relations sino-marocaines en termes de valorisation des minerais critiques

Si les investissements miniers chinois sont encore timides, les investissements de valorisation des minerais critiques prennent plus de part et se sont concrétisés récemment par le lancement de l'usine de COBCO.

Cette usine ne sera pas la dernière. Plusieurs autres projets sont en cours, principalement celui de Falcon Energy pour la production de graphite sphérique purifié, en collaboration avec Hensen, ainsi que la future usine de Tinci dédiée à la production d'hexafluorophosphate de lithium.

En effet, l'ambition du Maroc d'investir rapidement, de manière opérationnelle et efficiente dans la valorisation des minerais critiques, est confrontée à des défis significatifs. La Chine, grâce à ses investissements anticipés en R&D dans ce secteur, prédomine aujourd'hui les procédés de valorisation.

Pour rattraper ce retard, l'acquisition de ces technologies est indispensable alors que la coopération sino-marocaine représente la voie idéale pour un transfert de savoir-faire rapide, simple et efficace.

Cette expertise couvre non seulement les procédés de valorisation des métaux critiques, mais inclut aussi la conception et la réalisation d'infrastructures de raffinage à la fois performantes, rapides à mettre en œuvre et compétitives en termes de coûts.

 De la nécessité d'une coopération trilatérale Chine-Maroc-UE

La forte demande des consommateurs pour les produits de technologies propres pousse l’Union européenne à renforcer ses capacités industrielles vertes. Cependant, face à la concurrence stratégique et aux tensions récurrentes avec la Chine, notamment sur les chaînes d'approvisionnement des métaux critiques, l'UE cherche à réduire sa dépendance alors que le potentiel minier européen est limité par rapport à l'Afrique, qui reste à ce jour sous-explorée.

Dans ce contexte, tisser des partenariats avec le Maroc représente une solution clé pour diversifier et sécuriser les chaînes d'approvisionnement.

Sur la base d'entretiens menés avec 26 experts géopolitiques internationaux, l'étude de l'APRI a préconisé un cadre de coopération trilatérale (Chine-Maroc-UE) plus intégré, qui irait au-delà des engagements bilatéraux fragmentés entre l'Union européenne et la Chine.

L'étude rapporte qu'un tel cadre pourrait transformer les tensions géopolitiques en coopération pragmatique en alignant les flux d'investissement, en facilitant les transferts de technologies ciblés et en conciliant les approches réglementaires.

Cette coordination tripartite devrait toucher les axes suivants :

– Un fonds d'investissement conjoint UE-Chine ;

– Un programme conjoint de recherche et de transfert de technologie axé sur les métaux critiques ;

– Une plateforme coordonnée de renforcement des capacités au Maroc ;

– La création de coentreprises et de plateformes de capital-risque conjointes au Maroc ;

– L'apprentissage mutuel des politiques tel que la réussite de l'initiative Belt and Road (BRI).

Avant de développer ces axes, les experts sondés par l'APRI proposent que le Maroc, par son ambition de devenir leader régional des industries vertes, doit jouer un rôle de moteur pour ce cadre de coopération qui nécessite de minimiser davantage les divergences actuelles.

À cet effet, l'APRI propose une feuille de route opérationnelle pour ce cadre de coopération :

  • Étape 1 : mettre en place un groupe de travail des minerais critiques Chine-Maroc-UE ;
  • Étape 2 : créer des zones industrielles de valorisation de minerais critiques pour l'investissement conjoint et le transfert de technologie ;
  • Étape 3 : élaborer une charte de durabilité des minerais critiques pour harmoniser les normes ESG ;
  • Étape 4 : lancer un corridor des minerais critiques en Afrique du Nord-Ouest dans le cadre de la ZLECAF ;
  • Étape 5 : adopter une loi d'autonomisation locale des minerais critiques et créer un institut dédié aux compétences vertes.

À terme, l'adoption d'un tel cadre de coopération permettra concrètement d'attirer davantage d'investissements, de financements et de savoir-faire au Maroc, en vue de bâtir une industrie verte marocaine compétitive et durable, d'autant que d'autres projets verts structurants émergent, à l'image d'un datacenter à Dakhla qui sera alimenté par 500 MW d'énergies renouvelables.

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