2024, année la plus chaude jamais enregistrée au Maroc, la plus sèche depuis les années 60
Le bilan climat 2024 présenté par la Direction générale de la météorologie fait état d’une année exceptionnelle : +1,49°C par rapport à la normale et un déficit pluviométrique de 46,6%. Résultat : baisse significative des apports en eau, affectant les barrages, l’agriculture et l’élevage.
La situation climatique au Maroc est marquée par une hausse historique des températures, un déficit hydrique critique et des bouleversements dans les régimes de précipitations. Cette conjoncture, a indiqué Nizar Barak, exige une "réponse politique structurée et anticipative".
Le ministre de l’Eau (et de l’Equipement) s’exprimait vendredi 20 juin à Rabat dans le cadre d’une conférence organisée par la Direction générale de la météorologie, consacrée au bilan climatique de l’année 2024.
Nizar Baraka a livré les chiffres clés de la situation hydrique et de l’évolution climatologique du Maroc.
Avec une anomalie de température moyenne annuelle de +1,49°C par rapport à la période de référence 1991-2020, 2024 est désormais l’année la plus chaude jamais observée au Maroc. La température maximale a atteint 47,7°C à Béni Mellal, tandis qu’Ifrane a enregistré une température minimale de -6,1°C fin décembre. Ce réchauffement a été particulièrement marqué entre janvier et septembre. Il s’agit par ailleurs de la sixième année consécutive de sécheresse dans le pays.

Année hydrologique la plus sèche depuis les années 60
Sur le plan hydrique, l’année hydrologique 2023-2024, allant de septembre à août, a connu un déficit pluviométrique national de 46,6%, avec seulement 248,9 mm de précipitations en moyenne, contre 450,4 mm habituellement. L’enneigement a chuté de manière spectaculaire, passant d’une moyenne de 50.000 km² à 9.900 km² seulement en 2024, limitant fortement la recharge naturelle des ressources en eau.

Ces conditions ont entraîné une baisse importante des apports aux barrages. À fin mai, leur taux de remplissage n’était que de 31%, un niveau historiquement bas. Cette situation affecte directement l’agriculture, l’élevage et l’approvisionnement en eau potable dans plusieurs régions.
Des phénomènes extrêmes ont également été relevés : des pluies diluviennes de 170 mm en 24 heures à Tata, des rafales de vent atteignant 126 km/h à Tétouan, ou encore des crues soudaines culminant à 300 m³/s dans le Sud, en septembre 2024.
Vers une planification climatique renforcée
Face à l’intensification des phénomènes extrêmes, les pouvoirs publics revoient leur stratégie. Le ministère de l’Équipement et de l’eau s’appuie désormais sur des outils de simulation climatique et hydrologique plus précis, capables de mieux refléter la diversité des contextes régionaux.
"Nous avons mis en place une planification plus fine, fondée sur l’adaptation de nos modèles aux réalités actuelles. Cela nous permet de suivre de près l’évolution des indicateurs et d’ajuster nos décisions", a déclaré Nizar Baraka à Médias24. Il précise : "Nos modèles tiennent désormais compte des bouleversements observés, comme le déplacement des zones de pluie, la baisse de l’enneigement ou l’intensification des extrêmes, et ce, à l’échelle de chaque territoire".
Cette approche repose sur l’analyse croisée de plusieurs données : évolution des précipitations, niveaux des nappes, enneigement et apports aux barrages. Elle permet d’orienter les priorités en matière de mobilisation et de répartition des ressources.
Il s’agit de passer d’une logique réactive à une gestion préventive, en identifiant les zones vulnérables, en hiérarchisant les investissements et en renforçant les dispositifs d’alerte.
Interrogé par Médias24 sur la répartition géographique des précipitations, le ministre a confirmé l’existence d’un basculement structurel. Certaines régions historiquement arides, comme le Sud-Atlasique et l’Oriental, reçoivent désormais une part importante des précipitations, alors que les zones traditionnellement pluvieuses connaissent une baisse continue. Cette mutation impose une révision des modèles d’aménagement et des seuils de sécurité appliqués aux infrastructures.
En septembre 2024, des crues soudaines ont ainsi été enregistrées dans ces zones, avec des débits atteignant 300 mètres cubes par seconde. Un niveau qui dépasse largement les capacités initialement prévues pour ces territoires. "Cela montre que même dans la conception de nos ponts et de nos ouvrages hydrauliques, il est désormais indispensable d’intégrer ces données et ces nouvelles réalités climatiques", a souligné le ministre.
Ces constats renforcent la nécessité d'inscrire l’action publique dans une perspective structurée avec une volonté d’anticipation renforcée face aux inflexions majeures du climat. L’objectif est de disposer d’outils capables de réagir aux évolutions rapides des équilibres naturels, dans un contexte où sécheresses prolongées, vagues de chaleur et épisodes de précipitations extrêmes risquent de devenir la norme.
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