Mines. Voici ce qu'il faut savoir sur le potentiel minéral du littoral marocain
Le littoral marocain renferme d’importantes ressources minérales, incluant un potentiel en métaux critiques à évaluer, et dont l’exploitation devrait être conditionnée par le strict respect de normes environnementales en raison de la fragilité de ces écosystèmes côtiers.
Une panoplie de ressources minérales est présente dans le littoral dont le potentiel est encore sous-exploré du fait des limites juridiques imposées en raison de la fragilité de ces zones.
Si aujourd’hui plusieurs États, dont les États-Unis, travaillent pour initier des exploitations sous-marines, c’est qu'avec les nouvelles technologies, il est désormais possible de conjuguer exploitation minière et respect de l’environnement.
Côté marocain, on dispose du gisement sous-marin du Mont Tropic. Cependant, son exploitation est actuellement impossible pour deux raisons : l'absence d'un accord sur les frontières maritimes avec l'Espagne, et le fait que l'exploitation des gisements en fonds marins fait toujours l'objet d'un débat aux Nations unies.
Partant du principe qu'il est possible d'exploiter durablement des ressources, même en fonds marins, il serait particulièrement opportun d'autoriser une telle exploitation au niveau du littoral, d'autant plus que notre pays dispose de 3.500 km de côtes. Et ce, à condition de mettre en place un dispositif de contrôle strict.
Exploitation des sables du littoral, en attente d’un décret déterminant les procédures d’octroi d’autorisations
Selon l’article 24 de la loi 81-12 relative au littoral, l’exploitation du sable des plages, des cordons dunaires et de la partie maritime du littoral est strictement réglementée.
Toutefois, un projet de décret 2.22.312 prévoit que l’administration peut accorder des autorisations dans le cadre d’opérations de dragage jugées nécessaires (ports, défense contre la mer, communication des lagunes avec la mer…) ou pour des exploitations dans les cordons dunaires, à condition de ne pas compromettre le rôle de ces derniers dans l'écosystème littoral.
L’examen du schéma directeur de valorisation du domaine public maritime révèle la présence d’une dizaine de sites présentant un potentiel d’exploitation, conformément aux conditions fixées par la loi sur le littoral.
Sur la côte méditerranéenne, quelques sites potentiels se concentrent entre la baie d’Al Hoceima et la baie de Sebta. Sur la façade atlantique, les zones identifiées incluent le Nord (Tahaddart, environs de Larache, Moulay Bousselham et Kénitra), les alentours de Casablanca et d'El Jadida, ainsi que le secteur entre Safi et les embouchures de l’oued Tensift, cap Hadid et Massa.

Le fait que ces gisements présentent un potentiel exploitable ne signifie pas un feu vert pour leur exploitation, mais donne la possibilité de dresser une méthode bien définie d’une exploitation temporaire sans nuire au paysage du littoral.
L’objectif de cette démarche est de permettre une exploitation durable, sans aggraver l’érosion du littoral grâce à un équilibre entre apports naturels en sable et prélèvements, et de stimuler l’économie locale en générant des revenus et des emplois. Cette approche pourrait rendre les activités illégales moins rentables et donc les réduire considérablement. Ces activités consomment au moins 10 millions de mètres cubes annuellement selon le rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement,.
Les salines, un potentiel à développer
Les principales salines en exploitation au Maroc se trouvent le long du littoral atlantique, entre Oualidia et Safi. En outre, la Direction du domaine public maritime a identifié plusieurs autres sites présentant un potentiel d'exploitation significatif.
Au nord du pays, des marais salants prometteurs sont identifiés à Smir, entre M'diq et Tétouan. De même, près de Larache, dans le bas du Loukkos, un site ayant fait l'objet d'une exploitation très ancienne pourrait être réactivé. Enfin, la zone littorale autour de Oualidia et de Safi, déjà dotée de plusieurs exploitations actives, recèle d'autres emplacements propices à la production de sel.

La méthode de production de sel solaire repose sur un processus naturel d'évaporation sous l'effet combiné du soleil et du vent. L'exploitant aménage des bassins en bordure du littoral nivelé et compacté. Une fois les bassins aménagés, l'eau de mer y est introduite. La première phase, la concentration, débute alors : sous l'action du soleil et du vent, l'eau s'évapore progressivement, laissant derrière elle des couches de sel au fond des tables salantes. Ce dépôt est exposé au soleil pendant deux à trois jours avant d'être décollé de la surface.



Par la suite, l'eau résiduelle recouvrant le gâteau de sel formé sur le cristallisoir est évacuée. Le sel est alors ramassé et amoncelé en petits tas coniques, appelés javelles. Les jours suivants, ces javelles sont transportées vers les aires de stockage où elles sont regroupées en plus grands monticules, nommés camelles.
En plus du sel, ces salines peuvent également précipiter du lithium. Dans le contexte marocain, les essais de caractérisation n’ont pas (encore) livré des teneurs exploitables du lithium à partir des salines.
Le littoral, une source prometteuse de métaux critiques, à condition de respecter l'environnement
Si le sable et le sel constituent des ressources minérales renouvelables naturellement, la côte atlantique recèle également dans ses sables des traces de métaux critiques issus de l'érosion des roches.
Depuis plusieurs décennies, des études scientifiques ont confirmé la présence de métaux tels que la magnétite, le zircon et le titane le long du littoral, particulièrement au niveau des embouchures des fleuves (Oum Er-Rbia, Tensift, Souss, Drâa…) qui transportent des fragments de roches provenant de régions éloignées.
Au niveau des côtes marocaines, une recherche scientifique menée par Bouhaouli et Hilali (1976) a démontré que les métaux titanifères des côtes marocaines, à cette époque, ne présentaient pas de viabilité économique avec une teneur moyenne de 9,8% en dioxyde de titane (TiO2), alors que le seuil minimal d'exploitabilité était fixé à 10% de TiO2.
Près de l'embouchure de l'oued Oum Er-Rbia, une étude menée par M'hamdi et al. (2005) a évalué un potentiel titanifère révélé par la présence de 10.000 tonnes, se répartissant principalement entre 3.000 à 4.500 tonnes d'ilménite, un minerai formé d’oxyde de fer et de titane, et 2.000 à 3.000 tonnes de zircon. Cependant, les auteurs ont conclu à la non-exploitabilité économique de cette zone en raison des difficultés techniques liées au traitement du minerai.
Bien qu'évalué précédemment comme non rentable en raison des cours des métaux et de la complexité des procédés de valorisation chimique, ce potentiel a fait l'objet d'un regain d’intérêt en raison de l’explosion de la demande en métaux critiques.
Dans ce contexte, une société canadienne vient d’annoncer son entrée dans un projet d’exploration d’oxyde de titane sur la côte située entre Tarfaya et Tan-Tan. Les échantillons analysés à ce jour montrent une teneur moyenne de 42% d’oxyde de fer et 4,7% en oxyde de titane. À ce jour, le développement est au stade préliminaire, et ce sont les travaux d’évaluation future qui décideront de son exploitabilité.
Au nord du projet TitanBeach, une autre potentialité se manifeste au niveau de la Plage Blanche (Playa Blanca), l'une des plus longues côtes du Maroc, s'étendant sur 40 kilomètres entre Tan-Tan et Sidi Ifni, et qui présente un potentiel identifié en zircon.
Rappelons que le zircon, classé comme un minerai critique, est la matière première fondamentale pour l'élaboration du zirconium, de la zircone et de divers autres composés. Le zirconium est vital pour l'énergie nucléaire, notamment pour le conditionnement des pastilles d'uranium, et pour l'industrie chimique grâce à ses remarquables propriétés anticorrosives. Ses composés sont également utilisés dans la fabrication des céramiques, des abrasifs, des moteurs à réaction et des pièces pour l'aérospatiale.
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