Sahara, visas, investissements : l’ambassadeur Lecourtier expose la nouvelle stratégie française au Maroc
Dans cet entretien avec Médias24, l’ambassadeur de France Christophe Lecourtier revient sur l’évolution de la coopération entre le Maroc et la France depuis la visite du président Emmanuel Macron. Tout en appelant à sortir du statu quo actuel sur l'unique base du plan d’autonomie marocain et à avancer, Christophe Lecourtier estime que le rapprochement bilatéral a permis d’augmenter la délivrance des visas aux Marocains et de freiner l’immigration illégale.
Au lendemain de l’annonce du gouvernement britannique, qui considère le plan d’autonomie marocain comme la base la plus crédible, viable et pragmatique pour un règlement du différend régional autour du Sahara, l’ambassadeur Christophe Lecourtier répond à plusieurs questions d’actualité sur l’état de la délivrance des visas, l’accélération de la coopération sécuritaire et sur le soutien accru de la France au Maroc pour résoudre ce conflit et investir dans les provinces du Sud.
Médias24 : Après l’inauguration d’une Maison des anciens étudiants marocains des grandes écoles françaises, comment concilier un nécessaire partenariat éducatif avec le Maroc et les obstacles, voire les refus de délivrance de visas, auxquels sont confrontés plusieurs jeunes désireux d’étudier en France ?
Christophe Lecourtier : C’est une préoccupation que je prends très au sérieux. Depuis mon arrivée, j’ai souhaité que nous consolidions les liens déjà solides entre nos systèmes éducatifs, tout en améliorant concrètement l’expérience des étudiants marocains.
Ainsi, en 2023, nous avons poursuivi les efforts entamés en 2022 pour fluidifier les démarches : simplification des procédures, accompagnement des candidats, mobilisation des services consulaires.
Depuis 2024, 2.000 anciens étudiants marocains ont bénéficié du système fast track de visas
En 2024, nous avons franchi une étape supplémentaire avec la mise en place d’un fast track dédié aux alumni de l’enseignement supérieur français. Ce dispositif leur permet d’accéder à des créneaux réservés, accélérant ainsi le traitement de leur demande. Il s’agit d’une première, et la France est fière d’en être à l’origine.
En un an, plus de 2.000 personnes ont pu en bénéficier, facilitant leurs déplacements professionnels et personnels.
C’est dans cet esprit que j’ai été heureux d’inaugurer, le 16 mai dernier à Casablanca, la Maison des Alumni de l’enseignement supérieur français. Ce lieu est bien plus qu’un symbole : il est un point d’ancrage pour une communauté de dizaines de milliers d’anciens étudiants marocains – près de 50.000 d’entre eux se sont déjà inscrits sur la plateforme dédiée France Alumni lancée en juillet 2024 - rassemblés pour partie dans des associations d’anciens élèves.
Notre ambition est claire : faire des alumni les acteurs de première ligne d’une relation renforcée entre nos deux pays. Nous comptons sur eux pour inventer et porter les projets de notre avenir commun.
— Qu’a changé le nouveau mode de prise de rendez-vous chez TLS ?
— Mis en place depuis septembre 2024, ce nouveau système répond à un fléau que nous connaissons tous : les plateformes informelles qui détournent les créneaux de rendez-vous, au détriment des demandeurs légitimes.
Le nouveau délai de traitement des visas est de quinze jours
Nous avons donc demandé à notre prestataire TLScontact de mettre en place une solution innovante. Les rendez-vous sont désormais attribués par tirage au sort, après vérification de l’identité du demandeur. Cela garantit une plus grande équité d’accès.
Les premiers résultats sont encourageants. Le système, d’abord testé à Rabat, a été étendu aux circonscriptions consulaires du pays. Nous constatons une réduction sensible des tentatives de fraude, ce qui permet de mieux gérer les flux et d’optimiser les délais. Actuellement, pour les demandes de personnes qui ont déjà obtenu des visas par le passé, les délais de traitement sont en moyenne de quinze jours.
Nous avons aussi ouvert les centres TLS le samedi matin, pour répondre à la demande croissante tout en tenant compte des contraintes des usagers.
— Les intermédiaires, souvent incontournables pour obtenir un rendez-vous, ont-ils disparu ?
— Je ne prétendrai pas que le problème est totalement résolu, mais nous avons fait des avancées notables. Le marché noir des rendez-vous est une réalité regrettable. Il pénalise les demandeurs marocains et détourne un service public à des fins lucratives. Ces pratiques se développent en dehors de notre juridiction, mais cela ne nous exonère pas d’agir.
Depuis l’automne dernier, notre prestataire a mis en place un système plus rigoureux, respectueux des données personnelles, et qui freine fortement l’action de ces officines. Ce dispositif a fait ses preuves à Rabat et est aujourd’hui déployé dans tout le pays.
Je note d’ailleurs que plusieurs représentations étrangères s’intéressent à notre modèle, car elles sont confrontées aux mêmes abus. Nous espérons qu’un élan collectif permettra de tarir cette source de dysfonctionnement.
La délivrance de visas a connu une forte progression en 2024, et celle-ci devrait se poursuivre en 2025.
— Le rapprochement bilatéral depuis juillet 2024 s'est-il accompagné d’une évolution positive des chiffres de délivrance des visas de tourisme, d’étudiants, d’hommes d’affaires, médicaux… ?
— Oui, indéniablement. Les chiffres concernant la délivrance de visas en 2024 ont marqué une forte progression par rapport à 2023, et celle-ci devrait se poursuivre en 2025.
La relance de notre relation bilatérale s’est donc traduite par une dynamique très constructive. Cela nous permet de traiter les enjeux de mobilité avec davantage de clarté et de franchise.
D’un côté, nous poursuivons l’amélioration continue de nos procédures de délivrance de visas. La demande est forte, les moyens sont constants, et les règles de l’espace Schengen nous imposent des consultations systématiques. Mais nous restons mobilisés pour apporter plus de lisibilité et de fluidité.
De l’autre, nous avons aussi renforcé notre dialogue avec les autorités marocaines sur les enjeux de mobilité dans toute leur diversité, afin de nous assurer que nos attentes respectives soient pleinement prises en compte.
D'importants progrès ont été réalisés en termes d'OQTF
— Comment a évolué la coopération sur l’immigration illégale en termes de rapatriement des clandestins marocains ? Y a-t-il eu une hausse concrète de l’exécution des OQTF (Obligation de quitter le territoire français) ?
— C’est un sujet sensible, mais sur lequel nous avons réalisé des avancées majeures. Il y a trois ans, le lien entre les visas et les obligations de quitter le territoire français (OQTF) avait cristallisé des tensions. Aujourd’hui, nous sommes sortis de cette logique.
Nous distinguons clairement deux volets : la coopération sur l’immigration illégale, d’une part, qui relève d’un dialogue très étroit entre ministères de l’Intérieur et sur laquelle d’importants progrès ont été réalisés au cours de la période récente ; et la mobilité légale, d’autre part, que nous voulons continuer à favoriser.
Cette approche globale nous permet de travailler plus efficacement. Les discussions sont constantes, techniques et confiantes. C’est une dynamique de fond, dans laquelle je suis personnellement très engagé, car elle répond aux attentes légitimes de nos opinions publiques respectives.
– Pensez-vous que la récente visite du directeur général de l’AFD et d’autres responsables français dans les provinces du Sud va permettre d’accélérer le règlement définitif du dossier du Sahara ?
— Ces visites s’inscrivent dans une vision stratégique de notre relation avec le Maroc. Nous reconnaissons l’importance capitale de cette question pour le Maroc et pour ses citoyens.
À l’approche du 50ᵉ anniversaire de la Marche verte, il est plus que jamais nécessaire de parvenir à une solution
Nous ne l’ignorons pas : il s’agit ici d’un dossier existentiel. Comme l’a annoncé le président de la République lors de la visite d’État d’octobre 2024, nous souhaitons résolument accompagner le développement des régions du Sahara et nous tenir aux côtés de ses populations.
C’est d’ailleurs dans cet esprit que j’ai inauguré la semaine dernière un centre de dépôt de demandes de visas à Laâyoune, avec notre partenaire TLScontact. Les habitants de la région auront désormais accès aux mêmes services de proximité que les autres.
S’agissant du conflit, la France a renforcé son soutien au plan marocain et pris en compte certaines transformations intervenues depuis plusieurs années déjà – tant sur le plan territorial que diplomatique, avec le rôle croissant du Maroc en Afrique et sa relation particulière avec l’Union européenne.
Il est clair que le statu quo n’est plus tenable et qu’il faut maintenant avancer.
À l’approche du 50ᵉ anniversaire de la Marche verte, il est plus que jamais nécessaire de parvenir à une solution politique, juste, durable et négociée, conforme aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.
Nous considérons que le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 est l’unique base crédible et sérieuse pour aboutir à un règlement définitif du conflit.
Nous sommes prêts à y contribuer, en coordination étroite avec les efforts de M. Staffan de Mistura, l’Envoyé personnel du Secrétaire général, et nos partenaires du Groupe des Amis du Sahara.
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