Sécheresse, prix, subventions : les agriculteurs dénoncent la récupération politique
Subventions, formation des prix, exportations, importations de bétail, soutien aux petits exploitants… Autant de sujets, parmi d’autres, ont été débattus lors de la conférence surprise de la Comader tenue le 29 mai 2025.
Face aux critiques et idées reçues, les représentants des principales filières ont livré leurs chiffres, rectifié certaines affirmations et défendu une vision responsable de l’agriculture nationale. Les agriculteurs en avaient certainement gros sur le cœur, puisque l'événement a été manifestement organisé dans des délais courts. Il faut dire que l'agriculture et la sécheresse ne font pas bon ménage, et le thème revient de plus en plus souvent dans le discours politique à l'approche des élections de 2026.
Dans la partie consacrée aux questions-réponses, plusieurs thématiques ont été évoquées, clarifiées et analysées.
L’agriculture, un enjeu stratégique à protéger des surenchères politiques
Pour Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (Comader), l’agriculture ne peut plus être l’otage de considérations politiciennes.
"Il est temps de cesser de se servir de l’agriculture pour régler des comptes politiques. Il s’agit d’un secteur stratégique, qui dépasse les différends temporaires et qui nécessite un traitement national responsable", affirme-t-il avec fermeté.
Concernant le sujet des subventions à la filière tomate, Rachid Benali tient à rétablir les faits. Selon lui, en cette année 2025, les subventions accordées à la culture de la tomate n’ont couvert que 2.735 agriculteurs.
"Pour la campagne 2023-2024, les mesures d’appui ont bénéficié à 3.849 agriculteurs, couvrant une superficie totale de 11.900 hectares de tomates, soit une moyenne de 3 hectares par bénéficiaire. Pour la saison 2024-2025, 2.735 agriculteurs ont été concernés, avec une superficie totale de 11.170 hectares, ce qui équivaut à une moyenne de 4 hectares par exploitant", précise-t-il.
La FISA défend un secteur autonome et exportateur
Dans le même sens, et en réponse à une question sur le mécanisme de formation des prix dans la filière avicole, Youssef Alaoui, président de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), apporte les précisions suivantes.La filière avicole n’a bénéficié d’aucune subvention, pas même d’un seul dirham"Le secteur des volailles, qu’il s’agisse des poulets ou des œufs, n’a jamais bénéficié de la moindre subvention. Pas un seul dirham, ni pour l’alimentation ni pour quelque autre aspect lié à la filière. Il est donc inacceptable qu’un responsable vienne aujourd’hui accuser les producteurs d’augmenter indûment leurs marges. Où étaient-ils lorsque nous vendions à perte pendant la pandémie de Covid, avec un coût de production de 12 dirhams le kilo et des ventes à seulement 6 dirhams ? Qu’on laisse les producteurs tranquilles ! Il ne faut pas politiser la question des prix", explique-t-il.
"Et comment peut-on admettre qu’un responsable affirme que seuls deux producteurs de tomates ont bénéficié de subventions ? Même si ce n’est pas mon domaine, c’est tout simplement invraisemblable. Ce que nous demandons, c’est qu’on nous laisse exercer notre métier en paix", poursuit Youssef Alaoui.
Sur le volet exportation, le président de la FISA précise que le secteur dispose d’une capacité de production de 9 millions de poussins par semaine.
"Pour revenir à la filière avicole, nous avons atteint l’autosuffisance et nous sommes désormais en mesure d’exporter. Sur une production hebdomadaire de 9 millions de poussins, un million est exporté, et cela sans aucune subvention, ni pour la production ni pour le transport", précise-t-il.
Importations de bétail : un levier de stabilité selon l’ANOC
Dans le même sujet des subventions, cette fois-ci concernant les importations de bétail, Abderrahmane Majdoubi, président de l’Association nationale des éleveurs ovins et caprins (ANOC), tient à clarifier la position des éleveurs nationaux.
Selon lui, les aides publiques à l’importation n’ont en rien porté atteinte aux marges des éleveurs locaux. Bien au contraire, elles ont permis de relativiser les tensions sur le marché des viandes rouges et de préserver le cheptel national.
"Nous représentons les éleveurs marocains et ne sommes pas concernés par les mécanismes de subvention à l’importation, qui relèvent d’une autre responsabilité. Certes, il y a bien eu des importations de bétail en 2022, 2023 et 2024, mais loin de nuire aux éleveurs, elles ont permis d’apaiser la pression sur le cheptel national, dans un contexte de demande accrue. Il fallait répondre à un besoin réel de viande rouge, et dans ce cas, l’importation était une nécessité", affirme-t-il.
Il souligne également que l’abandon exceptionnel des mesures protectionnistes, notamment la taxe douanière de 200%, s’inscrivait dans une logique de gestion de crise.
"Il s’agissait d’une mesure exceptionnelle, dans une conjoncture elle aussi exceptionnelle, pour permettre aux importateurs de rester compétitifs et de garantir un approvisionnement suffisant en viande rouge. Cette décision a été prise dans l’intérêt du consommateur", conclut-il.
Subventions agricoles : un effort massif en faveur des petits exploitants
Sur la question des subventions en faveur des petits agriculteurs, Rachid Benali, président de la Comader, rappelle les efforts considérables engagés par l’État en leur direction. Selon lui, les dispositifs de soutien sont loin de bénéficier uniquement aux grandes exploitations.Dans le cadre du PMV, le système de goutte-à-goutte est subventionné à 100% pour les petits agriculteurs"Le système de goutte-à-goutte, bien que coûteux, est entièrement subventionné à 100% pour les petits agriculteurs disposant de moins de 5 hectares. Pour les exploitations moyennes et grandes, le taux de subvention est respectivement de 80% et 60%", précise-t-il.
Il rappelle également l'ampleur du programme de plantation d’arbres fruitiers, notamment dans le cadre du Plan Maroc vert, qui a permis la mise en culture de plus de 250.000 hectares.
"Dans le cadre du Plan Maroc vert, un vaste programme de plantation a permis de mettre en terre plus de 250.000 hectares d’arbres, notamment des agrumes, des oliviers et d’autres espèces fruitières. Par ailleurs, grâce aux différentes formes de subvention, toujours dans le cadre du Plan Maroc vert, nous comptons aujourd’hui plus de 12.000 coopératives agricoles actives. Au total, ce sont près de 52 MMDH de subventions qui ont été alloués aux petits agriculteurs. Et plus de 90% des aliments de bétail subventionnés leur sont également destinés", souligne-t-il.
Concernant les grands agriculteurs, Rachid Benali reconnaît que des montants importants ont été investis. Cependant, il tient à rectifier une confusion fréquente.
"On parle souvent de 100 MMDH, mais il ne s’agit pas de subventions. Ce sont des investissements. Il faut distinguer entre soutien public et initiative privée. Deux tiers de ces investissements proviennent du secteur privé, l’État n’en finance qu’un tiers", conclut-il.
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