Affaire des masters à Agadir : entre soupçons de corruption et confusion médiatique
Depuis la mise en détention du professeur Ahmed Kailech, coordinateur du master “Système pénal et gouvernance sécuritaire” à l’Université Ibn Zohr d’Agadir, les réactions se multiplient. Sur fond de rumeurs et de documents floutés circulant en ligne, certains réclament des enquêtes sur les diplômés de ce cursus.
“Le dossier est entre les mains du juge d’instruction près la cour d’appel de Marrakech. Le professeur est en détention préventive, ainsi que trois autres personnes”, indique une source judiciaire à Médias24, au sujet de l’affaire de soupçon de corruption impliquant un professeur à l’Université Ibn Zohr d’Agadir.
Depuis son éclatement il y a quelques jours, cette affaire fait grand bruit. D’abord, parce qu’il s’agit d’un nouveau scandale universitaire qui rappelle l’affaire qui a éclaté fin 2021 à Settat, “Sexe contre bonnes notes”, mais aussi parce que de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer l’ouverture d’une enquête sur les détenteurs du master concerné par cette affaire.
Il s’agit du master “Système pénal et gouvernance sécuritaire”, coordonné par le Pr Ahmed Kailech.
En effet, les soupçons jetés sur les conditions d’obtention du diplôme soulèvent des interrogations sur le niveau réel de compétence des diplômés. Les inquiétudes sont d’autant plus vives que certains d’entre eux occupent aujourd’hui des postes dans le domaine du droit.
De plus, depuis que l’affaire a éclaté au grand jour, de nombreuses rumeurs circulent sur les réseaux sociaux. Deux captures d’écran font grand bruit. L’une d’elles renvoie à une ancienne publication Facebook, datant de 2018, attribuée à un supposé étudiant du professeur mis en cause. Dans ce post, l’auteur évoque un “scandale au sujet du master ‘Système pénal et gouvernance sécuritaire’ dont le coordinateur est Ahmed Kailech”.
Pour plusieurs internautes, cette publication est à l’origine d’une condamnation judiciaire en faveur d’Ahmed Kailech. Médias24 a démêlé le vrai du faux.
Avant de se pencher sur cette partie de l’affaire, il convient de souligner que les signalements à l’égard de ces pratiques douteuses datent de plusieurs années. Outre cette publication Facebook datant de 2018, il convient de signaler qu’il y a de cela un an, l’Instance nationale de protection des biens publics et de la transparence au Maroc avait annoncé avoir saisi le parquet pour dénoncer des irrégularités au sein de la faculté d’Agadir (Université Ibn Zohr). Ces irrégularités concernaient notamment les conditions d’inscription, la durée de la formation ainsi que la délivrance des diplômes, etc. Selon ladite instance, ces pratiques impliquent différents intervenants, notamment un professeur universitaire.
Un jugement de 2018, mais pas celui que l’on croit
Depuis l’annonce de l’arrestation du Pr Ahmed Kailech, deux captures d’écran sont largement relayées sur les réseaux sociaux. L’une montre un post Facebook, avec le nom de l’auteur flouté, l’autre présente un extrait de jugement sur le portail du ministère de la Justice. Cette dernière porte sur la “condamnation du prévenu pour les faits qui lui sont reprochés à une amende ferme de 30.000 dirhams et au versement d’une indemnité à la partie civile à hauteur de 100.000 dirhams”.
Le tout, accompagné d’une explication selon laquelle un ancien étudiant du Pr Ahmed Kailech avait dénoncé ses pratiques frauduleuses sur Facebook, et avait fini par être condamné à la suite d'une plainte dudit professeur.
Cela dit, dans ces images, plusieurs éléments ont été volontairement masqués, rendant difficile l’identification formelle de l’affaire. Cependant, Médias24 a pu retrouver le dossier.
Premièrement, la publication Facebook, attribuée à un étudiant d’Ahmed Kailech, remonte au 14 décembre 2018. Il ne s’agit pas de son étudiant, mais d’un militant des droits humains. Il y rapporte des informations qui lui sont parvenues au sujet du master sous la coordination dudit professeur. Mais, en examinant attentivement la capture d’écran du jugement, on remarque que la décision judiciaire remonte à 2018, à un mois dont le numéro se termine par “1”.

Il ne peut s’agir de janvier (01), puisque la date d’enregistrement de la requête mentionnée dans la même capture d’écran est de février 2018. Le jugement ne peut donc qu’être postérieur, et le mois en question ne peut être que novembre.
Le jugement a précisément été rendu le 27 novembre 2018, dans le cadre du dossier n° 7/2902/2018. L’affaire porte sur des “injures à travers une page Facebook à l’encontre d’un fonctionnaire”. Et la partie civile est désignée par ses initiales qui correspondent à celles d’Ahmed Kailech. Mais pas celle de la partie défenderesse, qui ne correspond pas au nom du militant des droits humains qui, dans tous les cas, n’a publié sur Facebook qu’en décembre 2018. En d’autres termes, le jugement n’a pas visé l’auteur présumé de la publication de décembre 2018.

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