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ECONOMIE

Round up. Ce qu’il faut savoir sur l'avancement du projet stratégique de gazoduc Afrique Atlantique

À l'horizon 2030, le Maroc achèvera plusieurs projets structurants, particulièrement dans les domaines de la transition énergétique et de la sécurité hydrique. Parmi eux figure la première phase du gazoduc africain Atlantique, qui promet non seulement de renforcer la sécurité énergétique européenne, mais aussi de stimuler le développement conjoint de 13 pays africains et de trois pays enclavés.

Round up. Ce qu’il faut savoir sur l'avancement du projet stratégique de gazoduc Afrique Atlantique
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Le 22 avril 2025 à 18h45 | Modifié 23 avril 2025 à 11h01

Selon un rapport récent du Forum des pays exportateurs de gaz, l'Afrique renforcera d'ici 2050 son rôle de fournisseur stratégique de gaz naturel, s'appuyant sur ses importantes réserves inexploitées. Le continent devrait connaître l'une des croissances les plus dynamiques au monde, avec une hausse de production de 119 milliards de m³ attendue entre 2030 et 2040, avant d'atteindre 193 MMm³ à l’horizon 2050. Quatre pays (le Mozambique et la Tanzanie, dans l’Est africain, ainsi que la Mauritanie et le Sénégal, dans l’Ouest africain) porteront 85% de cette expansion régionale.

S'étendant sur une longueur impressionnante de 6.500 km, le projet de gazoduc Afrique Atlantique devrait transformer progressivement la carte mondiale des flux énergétiques. Son impact va bien au-delà du simple transport de ressources vers l’Europe, il s’inscrit en parfaite harmonie avec les priorités fondamentales de l’Afrique, en servant de moteur à la croissance économique et en favorisant un accès élargi à l’énergie pour les populations d’Afrique de l’Ouest.

En réponse à une question orale devant la Chambre des représentants, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, a précisé que le gazoduc Afrique Atlantique est un projet stratégique qui stimulera le développement économique et industriel en accélérant l'accès à l'électricité. Il permettra également de préparer la région à la transition vers l'hydrogène vert et de positionner le Maroc comme unique corridor énergétique reliant l'Europe, l'Afrique et le bassin atlantique.

"D'importantes avancées ont été réalisées récemment, notamment la tenue de la réunion ministérielle des pays membres, aboutissant fin 2024 à l'approbation des accords intergouvernementaux et de l'accord du pays hôte. Le projet, dont les trois phases sont en cours, se concentre actuellement sur la première phase (Sénégal-Mauritanie-Maroc). Les études de faisabilité et de conception préliminaires sont finalisées, et les études d'impact environnemental et social sont en cours", a expliqué Leila Benali.

L’avancement du projet de gazoduc Afrique Atlantique

Le projet de gazoduc Afrique Atlantique attend désormais une décision finale d’investissement (FID), laquelle ne devrait plus tarder, toutes les études requises ayant été finalisées. Parmi celles-ci figurent l’étude de faisabilité (FS), l’étude conceptuelle et l’étude d’ingénierie détaillée (FEED). Son modèle économique, nécessitant un investissement de 25 milliards de dollars, s’annonce rentable et compétitif par rapport au gaz naturel liquéfié (GNL), que ce soit en termes d’investissement initial (CAPEX), de coûts opérationnels ou de prix de transport.

Actuellement, les études d’impact environnemental et social (EIES) s’enchaînent sur le terrain. Ils sont essentiels pour garantir la pleine conformité du projet aux normes de durabilité environnementale et répondre aux exigences des institutions financières internationales, condition sine qua non pour la finalisation du montage financier du projet.

La construction du gazoduc Afrique Atlantique s'articulera autour de trois phases distinctes. Dès le lancement des travaux, deux tronçons seront développés simultanément : au nord, un axe reliera le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal, avec une interconnexion prévue dès 2029 au réseau européen via le gazoduc Maghreb-Europe (GME) ; au sud, un autre tronçon connectera le Nigeria, le Ghana et la Côte d'Ivoire. La phase finale (2035-2040) consistera à relier ces deux sections pour former un corridor gazier intégré de 6.500 km.

Le tronçon nord bénéficiera de l'existence du GME pour une mise en service accélérée, tandis que le tronçon sud renforcera d'abord l'intégration ouest-africaine avant la connexion finale du corridor.

En ce qui concerne la première phase du projet, l'étude météo-océanographique est en cours depuis février dernier. Menée par la société anglaise RPS en collaboration avec l’INRH (Institut national de recherches halieutiques), cette campagne implique l'installation d'équipements spécialisés sur les fonds marins, au niveau des landfalls (points d'atterrissage) prévus pour le gazoduc offshore au Maroc, en Mauritanie et au Sénégal. Ces instruments sont installés à l'aide du navire marocain Al Hassan Al-Marrakchi et permettront de recueillir des données océanographiques essentielles (courants, température, vagues, densité, etc.).

Du côté nigérian, une décision récente du président Bola Tinubu a opéré un changement stratégique à la tête de la compagnie du pétrole du Nigeria (Nigerian National Petroleum Corporation – NNPC). Bayo Ojulari a été nommé pour succéder à Mele Kyari. Ce choix n'est pas anodin, puisque Ojulari dispose d’une solide expérience acquise au sein du géant pétrolier Shell, où il a notamment occupé plusieurs postes dont le dernier est celui du directeur général de Shell Nigeria Exploration and Production Company.

Cette nomination est justifiée par la volonté du président Tinubu d'améliorer l'efficacité opérationnelle de la NNPC, de rassurer les investisseurs quant à la direction du secteur, de dynamiser la croissance économique du pays et d'accélérer la diversification de son économie gazière.

Alors que le gazoduc Afrique Atlantique connaît un développement rapide, son concurrent, le projet de gazoduc Transsaharien (Nigeria-Algérie), peine toujours à se concrétiser après vingt-deux ans d’atermoiements. Le 25 mars 2025, les trois pays porteurs (Nigeria, Niger, Algérie) ont signé un accord avec la compagnie britannique Penspen pour relancer  et réactualiser les études de faisabilité datant de 2006, une tentative de redynamisation tardive pour un projet constamment reporté.

En conséquence de cette dynamique voulue pour contrer le projet de gazoduc Maroc-Nigeria, Alger a récemment vu une forte détérioration de ses relations avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Cette rupture s’est notamment manifestée par la fermeture de son espace aérien à ces pays, une mesure rappelant celle décidée unilatéralement contre le Maroc en 2021.

Cette fois, l'Algérie semble non seulement avoir freiné le projet de gazoduc transsaharien, mais avoir également scellé les bonnes causes pour son abandon définitif.

Ce que prévoit la feuille de route marocaine du gaz naturel (2024-2030)

Le gazoduc Afrique Atlantique devrait s’intégrer à l’infrastructure gazière en cours de développement au Maroc. Ces projets d’infrastructures s’inscrivent dans le cadre d’une feuille de route nationale du gaz naturel (2024-2030).

À court terme (2024-2026), les projets prioritaires consistent à renforcer l'infrastructure gazière en raccordant les nouveaux champs de Tendrara (dans la région de l’Oriental) et d'Anchois (au large de Larache) au gazoduc Maghreb Europe (GME). S'y ajoute le développement de plusieurs ports pour l’importation de GNL (le nouveau port de Nador West Med, Mohammédia, et un autre port à l’étude), ainsi que leur raccordement au GME qui est relié à des centrales électriques au nord fonctionnant au gaz naturel, notamment celles d’Al Wahda et de Tahaddart.

À l’horizon 2030, coïncidant avec la finalisation prévue de la première phase du gazoduc Afrique Atlantique, les travaux des gazoducs reliant Mohammédia (prévue pour être connectée au GME à l’horizon 2026) à Dakhla seront achevés. Dans un premier temps, il permettra une connexion initiale aux champs gaziers de la Mauritanie et du Sénégal, avant l’intégration complète du gazoduc Afrique Atlantique à l’horizon 2035.

Round up. Ce qu’il faut savoir sur l'avancement du projet stratégique de gazoduc Afrique Atlantique

La production gazière dans les pays hôtes du gazoduc Afrique Atlantique

Traversant 16 pays africains (dont trois pays sans littoral), le projet de gazoduc Afrique Atlantique devrait bénéficier d'un important potentiel gazier encore inexploité.

En tête du projet, le Nigeria, qui détient les plus grandes réserves de gaz naturel d'Afrique avec 5.900 MMm³. Avec une production actuelle d'environ 50 MMm³ par an, le pays prévoit une augmentation significative de sa production à moyen et long terme. Le Nigeria entend ainsi exploiter davantage son potentiel, notamment dans ses gisements offshores encore sous-explorés.

À cela s'ajoute la mise en production récente du champ de Grand Tortue/Ahmeyim (GTA), après des années de développement. Exploité conjointement par la Mauritanie et le Sénégal en raison de sa situation frontalière, le projet de gazoduc Afrique Atlantique constituera une bonne opportunité pour sa commercialisation. Conçue pour produire environ 2,5 millions de tonnes par an dans sa phase 1, l’exploitation prévoit des expansions ultérieures qui pourraient porter la capacité à 10 Mt annuelles, renforçant ainsi la montée récente de la production gazière en Afrique de l’Ouest. Le 17 avril dernier, British Petroleum, opérateur du projet, a annoncé l’exportation de la première cargaison de GNL du champ de Grand Tortue/Ahmeyim, tandis qu’un deuxième méthanier stationne près du terminal en attente d’un nouveau chargement.

Classification des leader africains de gaz naturel
Entrée de la Mauritanie parmi les pays disposant des plus grandes réserves de gaz naturel en Afrique (en trillions de mètres cubes).

En plus du projet GTA, la Mauritanie peut également compter sur d’importantes réserves gazières, notamment avec le projet BirAllah. À long terme, les projections tablent sur une production combinée de 26 MMm³ d’ici 2050 pour ses deux sites offshores, confirmant le rôle émergent du pays dans l’industrie gazière régionale.

De même, le Sénégal dispose d'atouts supplémentaires avec les gisements de Yakaar-Teranga et d'autres découvertes prometteuses. Ces ressources pourraient propulser la production gazière du pays à 20 MMm³ annuels d'ici 2050.

Pays déjà bien positionné sur l'échiquier gazier africain, la Guinée équatoriale maintient une production soutenue de GNL ayant atteint 2,8 Mt en 2023. Avec des perspectives de doublement de sa capacité de production d'ici 2050, la participation de la Guinée équatoriale dans le projet de gazoduc va permettre de consolider la viabilité économique du projet de gazoduc Atlantique Afrique.

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