Cellule terroriste liée à Daech : le film des événements et des interrogations légitimes
Douze arrestations dans neuf villes, des engins explosifs prêts à l’emploi dans la banlieue de Rabat, des armes à feu dans la zone frontalière de l’Oriental et une coordination avec Daech à un haut niveau. Voici ce que l’on sait de la cellule démantelée cette semaine.
Les habitants des quartiers de neuf villes (Casablanca, Tanger, Tamesna, Azemmour, Tanger, Laâyoune, Fès, Guercif, Ouled Teïma) se sont réveillés, le mercredi 19 février, sur un scénario peu habituel.
Les services de la DGST et de la DGSN quadrillent le quartier que survolent des hélicoptères, alors que des snipers sont postés sur les toits pour ne rien laisser au hasard.
Des policiers (hommes et femmes) mettent à l’abri les habitants par mesure de sécurité avant l’intervention des éléments de la Force spéciale. Armés de béliers, ils enfoncent des portes blindées, lâchent des grenades assourdissantes et prennent d’assaut les lieux. D’autres membres de la même force interviennent depuis les terrasses à l’aide de cordages. En un clin d’œil, les cibles sont neutralisées : 12 individus au total, âgés entre 18 et 40 ans.
Les enquêteurs, accompagnés de chiens renifleurs, passent les lieux au peigne fin. Était-il nécessaire de procéder au déploiement d’un dispositif aussi imposant ? La réponse est oui, et les rebondissements qui suivront nous confortent dans cette conviction.
Les enquêteurs ont saisi des charges explosives prêtes à l’emploi sous forme de bonbonnes de gaz bourrées de clous pour faire le maximum de dégâts. Cela rappelle le mode opératoire des terroristes du 16 mai 2003. Mais aussi une cocotte-minute piégée, et cela nous renvoie à l’attentat du café Argana à Marrakech, le 28 avril 2011.
Plus tard dans cette journée du mercredi, les enquêteurs déterrent un autre engin explosif caché par les prévenus à Aïn Aouda, non loin de Rabat.
De Tamesna au Sahel et du Sahel à Boudnib
Le jeudi 20 février, l’enquête menée par la DGST débouche sur une autre découverte qui fait froid dans le dos. Un arsenal d’armes à feu est découvert dans la commune Oued Naâm dans la région de Boudnib, près de la frontière orientale du Royaume. Et il y avait de quoi perpétrer des massacres : deux Kalachnikov (fusils d’assaut), deux carabines, dix pistolets et des munitions de divers calibres.
◀️ العثور على أسلحة نارية وذخيرة، وفرتها "داعش" للخلية المرتبطة بالفرع الإفريقي للتنظيم الإرهابي، والتي تم تفكيكها يوم أمس بعدة مدن.
موقع القاعدة الخلفية للدعم اللوجيستيكي الموجه لهذه الخلية الخطيرة تم تحديده بمنطقة جبلية بالجنوب الشرقي.
التفاصيل.#تفكيك_خلية_إرهابية #المغرب pic.twitter.com/1dMs5mrqCP— 2M.ma (@2MInteractive) February 20, 2025
Selon le pôle DGSN-DGST, ces armes avaient été introduites avec la complicité de réseaux de contrebande et déposées dans une cache dans une zone au relief accidenté et très difficile d’accès. Les coordonnées géographiques avaient été envoyées à certains prévenus qui formaient le noyau dur de la cellule (nous y reviendrons). Détail intéressant à retenir : certaines armes étaient emballées dans des journaux maliens datés du 27 janvier. Autrement dit, ces armes avaient été acheminées au Maroc après cette date.
Dans sa communication officielle, le pôle DGSN-DGST ne mentionne à aucun moment l’Algérie limitrophe du lieu où la cache a été découverte et par où avaient peut-être transité les armes. Un deuxième itinéraire est possible : la voie mauritanienne, mais elle aurait été beaucoup plus longue, et le mur de sécurité rend la tâche presque impossible. Quel rôle aurait alors joué le voisin de l'Est, sachant que lesdites armes ont peut-être traversé des centaines de kilomètres sur son territoire ? Difficile pour nous d’avancer une réponse, à ce stade de l’enquête.
"Qui nous dit que l’Algérie ne cherche pas à envenimer les relations entre le Maroc et le Mali, voire d'autres pays de la région, pour faire capoter les initiatives du Royaume en faveur de ces pays, et surtout l’Initiative atlantique lancée par le Roi Mohammed VI ?", s’interroge Ihssane El Hafidi, docteur spécialiste en gouvernance sécuritaire.
"Plusieurs pays du Sahel et surtout le Mali ont ouvertement accusé l’Algérie d’encourager les groupes terroristes dans la région, et ce n’est pas moi qui le dis. C’est officiel et écrit noir sur blanc !", poursuit l’expert.
Sur ce dernier point, notre interlocuteur n’a pas tort. Début janvier, Bamako avait vivement protesté contre Alger à ce sujet. Dans un communiqué officiel, la diplomatie malienne avait dénoncé "la proximité et la complicité de l'Algérie avec les groupes terroristes, qui déstabilisent le Mali et à qui elle a offert le gîte et le couvert".
L’enquête en cours nous apportera plus de lumière sur cet aspect.
Des lieutenants et des seconds couteaux
Le mode de fonctionnement de cette cellule est assez particulier. Il y a d’abord un noyau dur, dont les deux individus arrêtés à Tamesna, selon nos sources.
Ce noyau dur, formé de "coordonnateurs" était en contact direct avec Daech dans la région du Sahel. Les autres membres seraient des exécutants embrigadés pour passer à l’acte le moment venu. Mais tous, selon les autorités, ont prêté allégeance à Daech.
Et pour coordonner avec Daech au Sahel, la cellule traitait avec un haut responsable chargé des relations extérieures. Selon nos sources, ledit responsable serait marocain et frère de l’un des douze prévenus.
"Actuellement, près de 120 Marocains combattent dans les rangs de Daech au Sahel, et certains sont bien placés dans la hiérarchie de ce groupe terroriste. La plupart d’entre eux sont d’anciens détenus pour terrorisme au Maroc ou d’anciens combattants du groupe terroriste en Irak et en Syrie", souligne une source qui connaît bien le dossier.
Le démantèlement de cette cellule vient témoigner encore une fois du professionnalisme des services de sécurité marocains qui jouissent d'une grande réputation dans le monde entier en matière de lutte contre le terrorisme et le crime organisé.
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