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Après le sommet de l'UA, des questions et des leçons à tirer

COMMENTAIRE. Pour le Maroc, le sommet de l'Union africaine à Addis-Abeba a coïncidé avec des élections où tous les objectifs n'ont pas été atteints.

Après le sommet de l'UA, des questions et des leçons à tirer
Reda Berrada
Le 17 février 2025 à 8h26 | Modifié 17 février 2025 à 8h44

Lorsqu’on trébuche, il faut en tirer les leçons. L’adversité est formatrice. Si l’on ne nomme pas les choses avec clarté et qu’on n’en tire pas les vrais enseignements, on risque de revivre les mêmes déconvenues, à Dieu ne plaise.

1. Le contexte

Le 11 octobre 2024, à l'ouverture du Parlement, discours royal entièrement consacré au Sahara. Extraits :

"Nonobstant tout ce qui a été réalisé, la prochaine étape exige de tous un surcroît de mobilisation et de vigilance pour conforter durablement la position de notre pays, et il importe de continuer à plaider la justesse de notre Cause et à contrecarrer les manœuvres des adversaires.

"À cet égard, les fondamentaux de la position du Maroc doivent être expliqués au petit nombre de pays qui continuent de prendre à contre-pied la logique du droit et de dénier les faits de l’Histoire. Corrélativement, il faut s’employer à les convaincre de la légitimité de la marocanité du Sahara à grand renfort de preuves et d’arguments juridiques, politiques, historiques et spirituels.

"Cette démarche exige de mutualiser les efforts de toutes les institutions et les instances nationales officielles, partisanes et civiles et de renforcer leur coordination, de manière à conférer l’efficacité nécessaire à leur action et à leurs mobilisations.

"Vous êtes au fait, honorables parlementaires, du rôle agissant qui revient à la diplomatie partisane et parlementaire pour recueillir davantage de reconnaissances en faveur de la marocanité du Sahara et pour élargir l’appui à l’Initiative d’autonomie, en tant que seule solution à ce conflit régional.

"Aussi, nous appelons à plus de coordination entre les deux chambres du Parlement à ce sujet, en mettant en place des structures internes adaptées, dotées de profils qualifiés et en appliquant les critères de compétence et de spécialisation dans le choix des délégations, aussi bien à l’occasion des rencontres bilatérales que lors de la participation à des forums régionaux et internationaux".

Il serait intéressant de vérifier si le Parlement avec ses deux chambres a fait le nécessaire. Même question pour les partis.

2. Le rendez-vous annuel d'Addis-Abeba:

Le Maroc avait trois objectifs électifs au cours des derniers mois sur le continent africain :

-être élu en tant que vice-président d'Interpol pour l'Afrique. Cette case a été cochée au mois de novembre dernier à travers l'élection de Mohammed Dkhissi.

-un maintien du Maroc au Conseil Paix et Sécurité (CPS), le Conseil de sécurité africain, dont il aspire à devenir président.

-l'élection d'une Marocaine, Latifa Akherbach, au poste de vice-présidente de la commission de l'UA.

3. Le bilan.

Sur le premier point donc (Interpol), le Maroc a réalisé son objectif.

Sur le deuxième point, le Maroc a déjà accompli deux mandats au CPS: 2018-2020 et 2022-2025, au cours desquels le Royaume a assuré la présidence à trois reprises.

Pour des raisons dont on ne connaît pas les coulisses, le candidat algérien est arrivé en tête lors du renouvellement des mandats du CPS. Écartée du CPS qu'elle avait dirigé pendant dix ans, l'Algérie a mis en avant le principe de rotation puisque les sièges émanent des 5 régions. Elle a obtenu 30 voix alors qu'il en fallait 33. Le Maroc a clairement bloqué l'obtention du nombre nécessaire de voix et le vote sera de nouveau programmé dans un mois. En attendant, le Maroc garde son siège.

Cette élection du CPS et des six commissaires a eu lieu les 12 et 13 février.

Sur le troisième point, c'est la candidate algérienne qui a remporté le scrutin à l'issue de 7 tours. C'est cette défaite qui a suscité au Maroc le plus de commentaires, car le siège de vice-présidente était prenable.

4. Vice-présidence: un échec de peu.

Pour des raisons statutaires, l'UA a gelé la participation de 6 pays membres dont le Gabon, le Niger, le Mali, la Guinée et le Burkina, tous alliés du Maroc. Cela représente 5 voix perdues.

Malgré cela, ainsi qu'un intense travail en coulisses algérien, le rapport de forces semblait équilibré au démarrage du scrutin. Égalité des voix d'abord (21 chacun). Puis 2 à 4 voix d'avance pour l'Algérie. Mais le Maroc, restant classé deuxième dès le deuxième tour, a fini par être éliminé et l'Algérie est restée seule en lice, où elle obtint les 33 voix fatidiques (sur 49 votants).

Ce que l'on peut en dire :

-la candidate marocaine, soutenue fortement par une équipe des affaires étrangères présente sur place depuis novembre, avait sur le papier le meilleur profil : une dizaine d'années d'expérience en tant que secrétaire d'État aux AE ; une présidence de la Haca avec rang de ministre où elle a sillonné l'Afrique et rencontré plusieurs chefs d'État ; des présentations et des rencontres avec les représentants des pays membres dont les échos ont été excellents.

-les voix des cinq pays empêchés de participer ont manqué au Maroc. Le scénario aurait été complètement différent. Puisque le Maroc aurait été d'emblée en tête et fini par éliminer ses trois concurrents l'un après l'autre.

-différentes sources présentes sur place nous parlent du vote d'un pays ami contre le Maroc, doublé d'un activisme au profit de la candidate algérienne.

-l'explosion de joie de la délégation algérienne montre à quel point ce pays avait besoin d'une victoire, accumulant les échecs dans sa confrontation avec le Maroc depuis plusieurs années.

5. Le retour à l'UA: 8 ans déjà.

Beaucoup de choses ont été accomplies pendant ces 8 années. La plus importante est probablement celle-ci: la nuisance permanente, obsessionnelle, de l'Algérie à travers l'UA contre la marocanité du Sahara a été neutralisée. Désormais, et c'est la décision d'un sommet de Chefs d'État, la question du Sahara ne relève que d'un triumvirat de Chefs d'État : le président en exercice, son prédécesseur et son successeur.

C'est cela qui a permis de bloquer l'axe Pretoria-Alger.

6. Les questions qui restent posées:

-Dans quelle mesure les orientations royales du 11 octobre ont-elles été appliquées ? Il s'agit d'anticipation ; de coordination entre gouvernement, parlement, partis et société civile ; et de vigilance.

-Depuis le retour à l'UA, des sources marocaines attirent l'attention sur "le manque de moyens humains et de présence forte et permanente au siège de l'UA". Nous ne pouvons pas savoir si cela est vrai et si cela a joué dans le scrutin de la vice-présidence. Une question qui mérite donc explication.

-Le ministre Bourita n'a-t-il pas besoin de plusieurs secrétaires d'État et, en tous les cas, d'un secrétariat d'État dédié à l'Afrique ?

7. En conclusion...

Le Maroc aurait pu mieux faire à Addis-Abeba au cours du mois de janvier 2025. Mais d'un autre côté, n'oublions pas les victoires remportées à l'ONU, au Conseil de sécurité où deux membres permanents soutiennent désormais la marocanité du Sahara ; les positions nouvelles de plusieurs pays européens et à leur tête l'Espagne ; les victoires en Amérique latine ; le nombre de pays qui retirent leur reconnaissance du polisario...

La cause nationale est un marathon, pas une confrontation diplomatique unique. Il faut tirer les conclusions et continuer à avancer.

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Reda Berrada
Le 17 février 2025 à 8h26

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