Grève générale. Le gouvernement répondra-t-il ce jeudi ?
A l'appel de l'UMT, une deuxième journée de grève a lieu ce jeudi. Dans quelle mesure la grève générale de la veille, mercredi, a-t-elle réussi ? S'agit-il d'un baroud d'honneur de la part des syndicats ou du démarrage d'une lutte qui se poursuivra ? La loi adoptée est-elle réellement "restrictive" pour le droit de grève ?
C'est un tournant historique pour le Maroc. Après 60 ans d'attente, le pays se dote enfin d'une loi encadrant l'exercice du droit de grève.
La loi a été adoptée en deuxième lecture, mercredi 5 février, à la Chambre des représentants avec 84 voix pour et 20 contre, sans aucune abstention. Seuls 104 parlementaires étaient présents à cette plénière sur les 395 membres que compte cette chambre.
Une adoption arrachée au forceps. Les syndicats ont multiplié les tentatives pour faire barrage, mais n'y ont pas réussi. Incapables de bloquer le processus parlementaire, ils ont appelé à une grève générale, mercredi 6 et ce jeudi 7 février. Une grève générale en réponse à une loi sur la grève. C'est bien trouvé.
Mercredi 6 février, deux scènes parallèles se déroulaient : au Parlement, la loi sur la grève bouclait son parcours législatif. Dans la rue, des militants dispersés entre sièges syndicaux, sit-in et marches sporadiques à travers le pays.
Des syndicats en crise, éclipsés par des coordinations
Qui dit grève générale, dit grève politique. C'est une volonté de paralyser le pays pour faire pression. Actionner ce moyen, c’est dégainer l’artillerie lourde. C'est aussi avoir une arme à double tranchant. Si la grève réussit, c'est une victoire politique importante. Par contre, si elle ne réussit pas… une remise en question de tout le corps syndical s'imposera. Quand, dans les années 1980 et 1990, des mots d'ordre de grève générale étaient lancés, le pays retenait son souffle. Ce n'était pas le cas.
Les centrales syndicales revendiquent "un succès", un taux de participation de plus de 80 % à l'échelle nationale. Pourtant, sur le terrain, l'activité semblait proche de la normale. Une grève générale réussit quand les transports sont à l'arrêt et que les commerces sont fermés. Ce ne fut pas le cas mercredi.
La grande démonstration de force attendue n'a pas eu lieu. Certains secteurs ont, certes, été relativement touchés : éducation, santé, justice, collectivités territoriales… Autrement dit, la fonction publique, là où l'État est en première ligne.
Mais cette mobilisation, quelle qu'en soit l'ampleur, n'a pas suscité une réaction du gouvernement… Ce dernier ne s'est pas encore prononcé sur le sujet. Une communication officielle aura-t-elle lieu ce jeudi 6 février, à l'occasion du conseil de gouvernement ? Elle est nécessaire.
La seule déclaration sur le sujet est venue d'Aziz Akhannouch, la veille du vote, mardi 4 février : "Notre relation avec les syndicats va bien au-delà de la loi sur la grève. Nous respectons pleinement les organisations syndicales et leurs grèves. Il reste encore du travail à accomplir. Comme vous avez pu le constater lors de nos précédents échanges, nous ne chipotons pas sur un centime… Mais lorsque nous ne pouvons pas aller plus loin, nous le disons en toute transparence", avance-t-il.
Et maintenant, quelle est la prochaine étape ? Il y a des signes d'apaisement, si l'on croit un haut commis de l'État. "Il n'y a pas d'appel renouvelé à la grève", analyse-t-il.
Les syndicats apparaissent en perte de vitesse, voire dépassés par la réalité du terrain. Même dans des domaines traditionnellement perçus comme des bastions des luttes sociales, comme l'éducation, ils ont été éclipsés par des coordinations, comme l'a montré la crise des années 2023 et 2024.
Dans les coulisses de la Chambre des conseillers
Sur le dossier de la loi sur la grève, dont l’adoption était une nécessité démocratique et constitutionnelle, les syndicats n’ont pas été en mesure de convaincre des raisons qui les poussent à rejeter ce texte.
Pour eux, il est question d'une politique de « régression sociale » et d'un projet de loi qu’ils jugent « restrictif » pour le droit de grève. Ils critiquent également la "précipitation" dans son adoption et la "pression" exercée sur le Parlement, tout en regrettant le rejet des amendements qu’ils avaient proposés.
"La contrepartie de la prise en compte des amendements d'un groupe, c'est l'assurance qu'il votera en faveur du texte. Or, ils ont voté contre tous les articles, même ceux en faveur des travailleurs. Ils ont voté contre l'augmentation des amendes pour les employeurs, au même titre que la CGEM. Ils ont voté contre la disposition qui supprimait la contrainte par corps pour les grévistes... ", confie une source de la majorité présente lors des réunions au Parlement.
Et d'ajouter : « On peut même dire que c'est un texte qui favorise les syndicats, car le gouvernement a accepté d'ajouter une disposition accordant la priorité aux dispositions favorables aux travailleurs et aux syndicats en cas de divergence d'interprétation ou de conflit entre les législations en vigueur".
Selon le gouvernement, plusieurs modifications ont été apportées à la Chambre des conseillers en réponse aux revendications et aux demandes des syndicats, parmi lesquelles :
- Il est désormais possible d’organiser une grève pour défendre les intérêts indirects des travailleurs, en plus de leurs intérêts directs. Ainsi, les grèves de solidarité et les grèves politiques sont clairement reconnues dans la loi.
- Les syndicats représentatifs (et non plus seulement ceux ayant le statut de « plus représentatifs ») pourront appeler à la grève au niveau national ou sectoriel.
- L'article inclut désormais la possibilité d’organiser une grève pour défendre les intérêts moraux des travailleurs, et pas seulement leurs intérêts matériels.
- Les délais de négociation avant la grève ont été révisés à la baisse.
- Le délai de préavis avant la grève a été revu à 5 jours.
Droit de grève. Comprendre les changements apportés à la loi à la Chambre des conseillers
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