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ECONOMIE

Viande rouge : entre baisse des prix de gros et stagnation

Le prix de la viande rouge a légèrement baissé sur les marchés de gros, notamment à Casablanca. Cependant, cette baisse ne se reflète pas sur le marché de détail, où les prix restent élevés. Si des sources autorisées et des professionnels du secteur attribuent cette situation aux intermédiaires, d'autres acteurs pointent les lacunes logistiques et le comportement des consommateurs qui privilégient la viande locale, toujours coûteuse. Nos sources estiment toutefois que la stabilisation des prix, même à un niveau élevé, est déjà un exploit en soi.

marchés de gros de Casablanca
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Le 6 janvier 2025 à 17h09 | Modifié 29 janvier 2025 à 15h56

Au marché de gros de Casablanca, la viande bovine coûtait, le 2 janvier dernier, entre 80 et 89 DH. Contrairement à la viande ovine, le prix de la viande bovine a enregistré une légère baisse par rapport aux semaines précédentes.

Cependant, cette baisse ne se reflète pas sur le marché de détail, notamment chez les bouchers, dont la majorité continuent de vendre au prix élevé d'environ 100 DH le kilogramme pour la viande bovine, et jusqu'à 140 DH ou plus dans certaines boucheries supposées fines.

Les intermédiaires en cause ?

Contactée par nos soins, une source autorisée nous explique que "la situation dans le secteur des viandes rouges est similaire au reste des produits agricoles. C’est le détaillant au final qui décide du prix de vente".

"La multiplication des intermédiaires contribue également à la hausse des prix, comme c’est le cas pour d’autres produits agricoles. Ce coût supplémentaire, combiné aux frais de transport, est supporté par le boucher qui les intègre dans ses prix de vente", ajoute notre source.

Les bouchers proposent généralement la viande locale et celle importée, à laquelle ils attribuent un prix presque identique. Autrement dit, la viande importée est vendue plus cher que ce qui est attendu alors qu'elle est censée avoir un prix plus bas pour faire baisser les prix.

Les lacunes logistiques compliquent l'opération

Des opérateurs du secteur, notamment des bouchers, pointent pour leur part les lacunes logistiques. Selon eux, le Maroc ne dispose pas de la logistique nécessaire à cette opération, confirmant ainsi les informations publiées par Médias24 dans un article précédent.

"Nous avons reçu, il y a quelques semaines, au début de cette opération d’importation de viande fraîche, une délégation de Catalogne composée de responsables d’environ 45 entreprises, qui nous avait annoncé que la viande arrivant d’Espagne sera vendue à tous les abattoirs agréés par l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA)".

"Sauf qu’après sa publication, le cahier des charges relatif à cette opération a exigé une logistique spéciale pour respecter la chaîne de froid. On croyait que les frigos des abattoirs des collectivités territoriales allaient alors être ouverts aux petits opérateurs et aux bouchers qui sont également autorisés à importer de la viande fraîche, mais qui ne disposent pas d’endroit de stockage. Ce n’est malheureusement pas le cas".

"Ces conditions ont fait que seules les unités de découpe agréées par l’ONSSA et équipées en entrepôts, ou sous-traitant l’activité d’entreposage auprès d'un entrepôt agréé par l’ONSSA, ainsi que les grandes entreprises privées avec les moyens logistiques nécessaires, peuvent importer de la viande fraîche".

Des prix également élevés à l’étranger

L’autre facteur qui explique cette situation est celui du prix. "La viande rouge de bonne qualité est également chère en Europe", nous font savoir nos sources. "Si les opérateurs marocains l’achètent par exemple à 70 DH/kg en Europe, le prix final, combiné aux frais de transport et de stockage notamment, atteindra les 100 DH/kg".

Les viandes importées disponibles au Maroc arrivent actuellement du sud de l’Europe, principalement d’Espagne, en grande partie en raison de la distance entre les deux pays

"La viande la moins chère actuellement est celle du Brésil", selon l'un de nos interlocuteurs. "Son importation coûtera toutefois très cher en termes de transport. Il s’agit par ailleurs d’une viande fraîche. Son importation nécessitera toute une logistique qui s’avère difficile à mettre en place et à respecter".

"Les viandes importées disponibles au Maroc arrivent actuellement du sud de l’Europe, principalement d’Espagne, en grande partie en raison de la distance entre les deux pays".

"La viande locale est pour sa part toujours chère", nous confie un autre opérateur. "La viande bovine coûte environ 100 DH/kg chez le boucher, tandis que la viande ovine coûte entre 120 et 125 DH/kg dans le marché de gros. Elle est donc vendue à au moins 140 DH/kg chez les bouchers".

Ces prix s’expliquent par la sécheresse qui se poursuit, et donc le manque de pâturage qui est un phénomène insoluble en l'absence de pluies. Les éleveurs sont ainsi obligés de recourir aux aliments composés, ce qui augmente le coût de revient de la production de la viande locale.

Ce phénomène est moindre en Europe, où une partie de l’alimentation du bétail est assurée par le pâturage.

"Le consommateur préfère la viande locale"

La troisième raison avancée par nos interlocuteurs a trait au comportement du consommateur marocain. Ce dernier préfère la viande produite localement, même si son prix est plus élevé.

Lorsque les consommateurs arrivent chez le boucher, la première question qu’ils posent est en relation avec l’origine de la viande exposée. Arrive ensuite le prix de la viande

"La couleur de certaines viandes arrivant d’Espagne est différente de celle de la viande locale. Lorsque les consommateurs arrivent chez le boucher, la première question qu’ils posent est en relation avec l’origine de la viande exposée. Arrive ensuite le prix de la viande", soulignent nos sources.

C’est donc un frein à la consommation de la viande importée.

"Le maintien des prix est déjà un exploit"

Les opérateurs sondés par nos soins affirment par ailleurs que bien que les prix restent élevés, ils se stabilisent autour de 100 DH/kg, notamment pour la viande bovine, ce qui représente déjà un véritable exploit.

"Le prix de la viande rouge a continué d'augmenter depuis le Covid-19. Ainsi, si les mesures mises en place par le gouvernement ne sont pas parvenues, pour le moment, à baisser le prix sur le marché de détail, elles sont parvenues à le maintenir au même niveau, et ce, sur plusieurs semaines déjà. C'est important de le mentionner", déclare l'une de nos sources.

"Sans toutes ces mesures qui approvisionnent le marché en viande, le prix aurait continué de grimper".

Nos interlocuteurs disent enfin préférer l'opération visant à importer le cheptel prêt à l’abattage, qui permet à plusieurs acteurs du secteur de travailler, notamment les vendeurs d’abats.

Jusqu’à 70 DH/kg dans les grandes surfaces

Par ailleurs, notant que si les prix se maintiennent à un niveau élevé sur le marché de détail, ils atteignent jusqu’à 70 DH/kg dans les grandes surfaces, notamment à Marjane, soit une différence de 30 DH/kg.

Selon nos informations, cela est possible grâce à la mutualisation de la logistique nécessaire et à la structuration de la chaîne d’approvisionnement.

Ces grandes surfaces disposent de salles de découpe internes, ce qui leur permet d’entreposer la viande importée notamment sans avoir à supporter de charges supplémentaires. Cela leur permet également de vendre à des prix très compétitifs.

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