La Cour des comptes pointe les retards dans la mise en œuvre des projets hydriques
Retards dans l’exécution des projets, surexploitation des eaux souterraines, réutilisation limitée des eaux usées... la Cour des comptes pointe plusieurs failles dans la gestion du secteur de l’eau au Maroc, malgré les avancées du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 (PNAEPI).
Dans son rapport annuel 2023-2024, la Cour des comptes met en lumière les défis majeurs du secteur de l’eau au Maroc, accentués par le changement climatique et la succession des années de sécheresse.
Face à cette situation critique, des efforts ont été déployés dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 (PNAEPI), dont le budget a été revu à la hausse, passant de 115 à 143 milliards de DH, rappelle la Cour.
Un programme ambitieux mais des retards persistants
Dan son rapport, la Cour des comptes rappelle les principaux axes stratégiques du PNAEPI :
>Construction de barrages
Le PNAEPI prévoit la construction de 21 grands barrages et 330 petits barrages. Dans ce sens, avec la mise en service d’un ensemble de barrages, dont la construction a commencé avant le lancement du programme, notamment les barrages Todgha (province de Tinghir), Tiddas (province de Khemisset), et Agdz (province de Zagora) et Fask (province de Guelmim), la capacité totale de stockage est passée de 18,7 milliards de m³ en 2020 à 20,7 milliards de m³ fin 2023.
Selon les données du ministère de l'Equipement et de l'eau, cette capacité va augmenter pour atteindre 24 milliards de m3 à fin 2027, soit une augmentation de 20%.
Le rapport note toutefois que certains projets de grands barrages dont la réalisation avait commencé avant le lancement du PNAEPI 2020-2027 ont enregistré du retard par rapport aux prévisions, notamment les barrages de M’dez (province de Sefrou), Targa Ou Madi (province de Guercif), ainsi que le projet de reconstruction du barrage Sakia El Hamra (province Laâyoune). Ce retard est dû principalement aux résiliations des marchés de travaux les concernant. De nouveaux marchés d’achèvement ont été lancés pour ces projets, rappelle la même source. Le barrage de M’dez a été, lui, mis en eau en février 2024 et l’achèvement des deux autres barrages est prévu pour 2026.
>Dessalement de l’eau de mer :
Pour combler le déficit en ressources hydriques, le dessalement des eaux de mer qui s’impose, a pour objectif de mobiliser 1,4 milliard de m³ d’eau par an à l’horizon 2027. Le nombre de stations de dessalement est passé de huit stations, d’une capacité totale de production de 46 millions de m³ par an, avant le lancement du PNAEPI, à 15 stations en 2024, d’une capacité totale de production à 192 millions de m³ par an.
En outre, six grands projets de dessalement sont en cours de réalisation, avec une capacité totale de 438,3 millions de m³ par an, dont la station de Casablanca d’une capacité de 300 millions de m³ par an.
>Gestion de la demande en eau et valorisation :
A fin 2023, la superficie équipée en systèmes d’irrigation localisée a atteint environ 794.000 hectares, représentant près de 50% de la superficie irriguée à l’échelle nationale, contre 43% en 2020 et seulement 9% en 2008.
Toutefois, les efforts déployés, pour moderniser les réseaux d’irrigation collective et promouvoir l’irrigation localisée n’ont pas permis de stabiliser la demande en eau d’irrigation, sachant que le problème de la surexploitation des eaux souterraines s'est aggravé.
>Réutilisation des eaux usées :
Le PNAEPI prévoit la réutilisation de 100 millions de m³ d’eaux usées traitées par an à l’horizon 2027, sachant que ce volume a atteint environ 37 millions de m³ en 2023. Néanmoins, la réutilisation des eaux usées traitées reste limitée aux secteurs industriels et à l’arrosage des espaces verts, alors que son usage dans l’agriculture demeure insignifiant en raison de l'absence de dispositifs institutionnels et juridiques encadrant le partage des coûts entre les gestionnaires des stations de traitement et les agriculteurs, ainsi que du manque de normes fixant la qualité des eaux usées à réutiliser en agriculture.
>Interconnexion des bassins hydrauliques
Le projet d’interconnexion des bassins de Sebou et de Bouregreg, d’un coût de 6 MMDH, a été achevé et mis en service fin août 2023. Ce projet fait partie de la première phase du programme d’interconnexion des bassins de Sebou, Bouregreg et Oum Er-Rbia, dont le lancement des phases suivantes est prévu en 2024.
De plus, le projet d’interconnexion des barrages Oued El Makhazine et Dar Khrofa est également en cours d’achèvement, six mois après son lancement. Ce projet, d’un coût de 840 MDH, vise à sécuriser les besoins en eau potable du Grand Tanger et à alimenter en eau d’irrigation le périmètre de Dar Khrofa, d’une superficie de 21.000 hectares.
Selon la Cour des comptes, l’atteinte des objectifs de la politique nationale de l’eau reste toutefois confrontée à plusieurs risques :
- l’aggravation de la situation hydrique due à une accentuation du changement climatique,
- le retard des projets de dessalement, de reconversion à l’irrigation localisée, d’interconnexion des bassins hydrauliques, et des projets de barrages, en particulier dans les zones à forte pluviométrie,
- le retard de réalisation du projet de liaison électrique pour le transport de l’énergie renouvelable du sud du pays vers le centre et le nord afin d’alimenter les stations de dessalement en énergie propre,
- la problématique de la mobilisation du financement nécessaire,
- l’importance des coûts de traitement, transport et distribution des eaux usées, et du suivi de la qualité des eaux.
Recommandations de la Cour des comptes
Pour faire face aux défis, la Cour des comptes a formulé plusieurs recommandations :
- Renforcer la gestion intégrée des ressources en eau, en préservant les eaux souterraines et en développant des solutions non conventionnelles (dessalement, réutilisation des eaux usées, collecte des eaux pluviales).
- Réduire les pertes d’eau dans les réseaux et protéger les barrages contre l’envasement.
- Accélérer l’irrigation localisée pour optimiser l’utilisation de l’eau dans l’agriculture.
- Développer des synergies entre l’eau, l’énergie et l’agriculture pour favoriser une convergence efficace des politiques publiques.
- Mobiliser davantage de financements pour garantir la réalisation des programmes hydrauliques prioritaires.
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