Emploi. En 2023, plus d’un tiers de la population active se trouvait dans l’informel (38,8%)
ANALYSE. Alors que les chiffres du marché de l’emploi divergent selon la source – qu’il s’agisse des données fiscales de la DGI, des effectifs déclarés à la CNSS ou des estimations macroéconomiques du HCP –, une réalité complexe se dessine en arrière-plan : la part considérable du secteur informel. Dans cet exercice, Médias24 a entrepris un travail méthodique de mise en perspective de ces différentes sources, permettant non seulement de comprendre l’origine des écarts statistiques, mais aussi d’évaluer, avec une relative précision, l’ampleur de l’informalité qui persiste au sein de la population active. La bonne nouvelle c'est que la part de l'informel est en baisse d'une année à l'autre en 2021-23.
En examinant les données des salariés déclarés à l'IR (impôt sur le revenu), issues de la Direction générale des impôts (DGI) ainsi que les données de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) et du haut-commissariat au Plan (HCP), il apparaît, à première vue, que les chiffres de la DGI et de la CNSS suivent une trajectoire relativement similaire. Il existe certes quelques écarts tolérables, mais il reste cohérent que les statistiques de la DGI dépassent celles de la CNSS, dans la mesure où la DGI couvre le volet fiscal.
Toutefois, une différence nettement plus marquée émerge lorsque l’on compare ces deux sources aux données relatives aux emplois rémunérés, fournies par le HCP. Cette divergence suscite une confusion légitime et amène à s’interroger : quel est le chiffre exact, et comment expliquer de tels écarts ?
La clé pour mieux comprendre cette situation réside sans doute dans l’examen des méthodologies respectives de chacune de ces institutions. Analyser les bases conceptuelles, les sources primaires et les méthodes de traitement statistique employées par la DGI, la CNSS et le HCP aide à éclaircir les raisons de ces divergences et, par conséquent, à interpréter plus finement les données relatives au marché de l’emploi.
En principe, la DGI établit ses statistiques sur une base strictement fiscale, offrant ainsi des données considérées comme robustes et concrètes. De même, la CNSS, en tant qu’organisme où sont déclarés les employés, suit en temps réel la situation des salariés du privé en activité. Par conséquent, la DGI et la CNSS fournissent toutes deux des statistiques fiables, reflétant l’emploi déclaré, soumis à l’imposition et couvert par la sécurité sociale, autrement dit l’emploi formel.
En revanche, l’approche du HCP, conforme aux méthodes internationales préconisées par le Bureau international du Travail (BIT), propose une vision plus holistique et macroéconomique. Son objectif principal est d’alimenter le tableau de bord global de l’emploi et du chômage, afin de dégager la dynamique sous-jacente du marché du travail.
Compte tenu de leurs périmètres respectifs, ni la DGI ni la CNSS ne sont en mesure de saisir l’emploi informel. Cette limite explique précisément la divergence avec les données du HCP, qui s’efforcent d’offrir un panorama exhaustif du marché de l’emploi, incluant non seulement la population active et le nombre de chômeurs, mais également l’ensemble des emplois, qu’ils soient formels ou informels.
Quantifier l'informalité : une approche statistique
Une analyse minutieuse des données du HCP révèle que l’effectif global de l’emploi se répartit entre emplois non rémunérés et emplois rémunérés. Pour affiner l’estimation de la part informelle, l’idée consiste à confronter les emplois rémunérés recensés par le HCP avec l’ensemble des effectifs du secteur privé déclarés par la DGI, ainsi que ceux du secteur public relevés dans les rapports du ministère de l’Économie et des finances (MEF).
Sur la période étudiée (2021-2023), la DGI recense 3.647.340 emplois privés déclarés en 2021, un chiffre qui progresse à 3.944.988 en 2022, puis à 4.138.871 en 2023. À cela s’ajoutent les emplois publics, estimés à 570.769 en 2021, 565.429 en 2022 et 565.252 en 2023, selon les données des rapports des ressources humaines du MEF.
Du côté de la CNSS, le nombre de salariés affiliés s’établit à 3.481.199 en 2021, grimpe à 3.826.339 en 2022, puis avoisine les 4.000.000 en 2023. Toutefois, nous n’utiliserons pas ces données dans notre estimation.
En parallèle, d’après les notes annuelles du HCP, le nombre d’emplois rémunérés s’élève à 9.242.376 à la fin de l’année 2021. Ce chiffre progresse à 9.373.128 en 2022, avant d’atteindre 9.425.990 en 2023.
Cette confrontation de données permettra, in fine, de mieux cerner la proportion d’emplois non couverts par les déclarations officielles, et donc de mieux quantifier l’ampleur du secteur informel.
Les résultats se présentent comme suit :
Pour mieux estimer la population active opérant dans le secteur informel, nous adoptons une hypothèse méthodologique consistant à utiliser les chiffres de la DGI relatifs aux employés du secteur privé, auxquels nous ajoutons le nombre des employés du secteur public. Cette somme nous fournit une estimation du total des emplois formels au Maroc.
Logiquement, toute personne qui se déclare salariée auprès du HCP (via enquête) et perçoit régulièrement une rémunération, mais qui n'est ni employée dans le secteur public ni recensée par la DGI comme assujettie à l’impôt sur le revenu, se trouve en situation d’informalité. Cette hypothèse repose sur une déduction simple et directe, car il n’existe pas d’autre explication plausible.
Pour déterminer, même de manière approximative, la population active en situation informelle, nous soustrayons le total des emplois formels (secteur privé selon la DGI et secteur public selon le MEF) du nombre total d’emplois rémunérés indiqué par le HCP.
L'informel en baisse
Les résultats pour les trois dernières années sont les suivants :
- 2021 : La population active en situation informelle est estimée à 5.024.267 individus, soit 40,9% de la population active totale.
- 2022 : L’informalité concernait 4.862.711 personnes, représentant 39,9% de la population active.
- 2023 : Une légère baisse continue a été observée, avec 4.721.867 individus opérant dans le secteur informel, soit 38,8% de la population active globale.
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