Avec la chute d'Assad, Alger et le polisario perdent l'un de leurs derniers alliés (Experts)
Après le départ précipité du président Bachar Al Assad, l’ancien diplomate Ahmed Faouzi estime que le changement de régime en Syrie va mettre un terme à l’axe anti-marocain Damas-Alger et davantage marginaliser le voisin de l’Est au sein de la Ligue arabe. Une redistribution géopolitique des cartes qui pourrait, selon le criminologue Xavier Raufer, accélérer la fin du conflit autour du Sahara marocain.
Si le résultat de l’offensive-éclair contre le régime de Bachar Al Assad a surpris la plupart des observateurs politiques de la planète, l’heure est désormais à la prospective pour imaginer comment se positionnera la Syrie à l'avenir dans le monde arabe après son rapprochement avec l’Iran et l’Algérie qui l’avait fortement éloigné de pays comme le Maroc qui n’a jamais apprécié leur soutien au polisario.
"Une bonne nouvelle pour les Syriens et … les Marocains"
Au-delà des risques sécuritaires pour la région, l'ancien ambassadeur Ahmed Faouzi relève que la chute du régime syrien est une bonne nouvelle pour son peuple dont une douzaine de millions de personnes avaient été obligées de fuir la guerre civile et de se réfugier dans des pays voisins à l'instar de la Turquie qui accueille depuis 2011 près de 4 millions de réfugiés.
“C'est également une excellente nouvelle pour la cause sacrée du Maroc qui a toujours été combattue par la dynastie autocratique Al Assad qui n'a jamais caché son amitié pour les régimes militaires comme celui de l'Algérie”, explique le chercheur en rappelant que le parti Baath syrien a depuis les années 70 été un fervent supporter du polisario alors que son pendant irakien a de son côté toujours défendu la marocanité du Sahara.
"Une redistribution des cartes qui renforcera le tropisme marocain du monde arabe"
L’occasion de rappeler que contrairement à la majorité des pays de la Ligue arabe et du Conseil de coopération du Golfe qui ont toujours soutenu l'intégrité territoriale du Maroc, "la Syrie était le seul porte-fanion arabe du polisario avec son mentor algérien".
Et de prédire que quand les représentants de la nouvelle Syrie seront élus au sein de la Ligue arabe, l'Algérie va de facto se retrouver seule et bien plus isolée que dans le passé.
À la question de savoir si la dynamique post-Bachar allait aboutir à la fin du soutien et de la reconnaissance syrienne du polisario, le chercheur se veut optimiste en rappelant les images édifiantes d'une vidéo de rebelles brandissant le portrait du Roi Mohammed VI au moment d'entrer à Damas.
"Alger a perdu son seul soutien dans le monde arabe"
S’il faudra attendre que le pays s’apaise et qu’un gouvernement légal s’y installe pour être fixés sur la nouvelle doxa diplomatique, Ahmed Faouzi avance que "les futurs dirigeants ne pourront pas être pires que leurs prédécesseurs Hafez et Bachar Al Assad".
"Ce changement constitue en effet un coup vraiment terrible pour l’Algérie", analyse l'ancien ambassadeur en ajoutant qu'il ne restera au voisin du Maroc que l’Iran qui vient de perdre de sa sphère d'influence en moins d'une semaine le Liban puis la Syrie.
Ainsi, si le soutien affiché au désormais défunt régime syrien provenait essentiellement des généraux algériens, des mollahs iraniens et de Moscou, l'Algérie a fini par se fâcher avec tous les pays de la région y compris avec du Golfe en maintenant ouvertement son soutien jusqu'au jour de la fuite de Bachar Al Assad.
Dubitatif face au curriculum vitae des rebelles qui n'ont pas encore déclaré leurs intentions, notre interlocuteur table cependant sur une disparition irrémédiable de l’axe Damas-Téhéran-Alger générée par la chute du régime de Bachar Al Assad qui ne pourra qu'être renforcée par l’arrivée au pouvoir du président américain Donald Trump.
“De plus, la marginalisation croissante de l’Algérie sera renforcée par le fait que la Chine et la Russie sont en train de repenser leur positionnement par rapport à l’intégrité territoriale du Maroc”, conclut Faouzi pour qui le changement de contexte géopolitique avec la chute du régime syrien va affaiblir la diplomatie algérienne et renforcer la position géostratégique du Royaume.
"Un scénario de retombées positives pour le Maroc dans les prochains mois n’est pas à exclure"
Tout en se disant prudent sur la façon dont vont évoluer les choses, le criminologue Xavier Raufer nous confirme que l’Algérie va se retrouver de plus en plus seule face à la dynamique actuelle du monde arabe qui soutient l’intégrité territoriale du Royaume.
"Sachant que nous sommes à la veille d’un énorme bouleversement géopolitique comme il y a pu en avoir après la deuxième guerre mondiale ou lors de la chute du mur de Berlin, on peut imaginer qu’avec l’arrivée prochaine du président Trump et la chute du régime syrien, les vents sont désormais être favorables pour le Maroc", estime le géographe et spécialiste des conflits armés qui n’exclut pas "une bonne surprise avec la fin prochaine du conflit du Sahara".
Et de conclure qu’il faudra attendre que la poussière de la sidération actuelle soit retombée dans quelques mois avant d’avoir confirmation de retombées géopolitiques positives pour la cause du Maroc.
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