Football. Rulani Mokwena, un pari audacieux pour l'avenir du Wydad
L'entraîneur sud-africain, Rulani Mokwena, a signé au Wydad de Casablanca jusqu’en 2027. Il aura la lourde tâche de redorer le blason du club casablancais après une saison qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Malgré son expérience limitée, Mokwena a déjà prouvé qu’il savait gagner et façonner un collectif à l’expression offensive séduisante, notamment avec les Mamelodi Sundowns.
Rulani Mokwena s'apprête à relever le plus grand défi de sa carrière. À seulement 37 ans, le technicien sud-africain a été nommé entraîneur principal du Wydad. Le club casablancais n'avait jamais confié les rênes à un entraîneur aussi jeune. Un choix audacieux mais logique au vu des accomplissements de Rulani Mokwena. À la tête du Mamelodi Sundowns FC, le natif de Johannesburg a remporté un titre de championnat et une Super Ligue de la CAF, notamment aux dépens du... WAC.
Le 35e entraîneur étranger du Wydad aura pour mission de faire oublier une saison 2023-2024 décevante, achevée à une inhabituelle 6e place, loin des strapontins continentaux. Il sera aidé par un staff élargi, composé de cinq étrangers et de quatre assistants marocains.
Il n’en faudra pas moins pour instaurer "une philosophie de jeu unifiée dans toutes les catégories du club dans les trois prochaines années", a expliqué le président par intérim du WAC, Hicham Aït Menna, lors de la conférence de presse de présentation du coach sud-africain. Réussira-t-il à relever le défi proposé par les dirigeants du WAC ?
Une chose est sûre, avec ses compétences tactiques et son style de management, le technicien apportera un vent de fraîcheur au football marocain. Très proche de ses joueurs, Rulani Mokwena est adepte d’une philosophie de jeu orientée vers l’offensive. Son approche participative sera également un atout dans sa quête de reconnaissance en dehors de son pays natal.
Une première expérience d'entraîneur à l'âge de 14 ans
Fils, petit-fils et neveu de joueurs professionnels, le destin de Rulani Mokwena semble avoir été tracé à l’avance. "Mon grand-père (Eric Bhamuza Sono) et mon père (Julias Sono Hloae) étaient des légendes du football sud-africain," explique-t-il dans un entretien accordé au site de la Fédération internationale de football (FIFA).
"J’ai baigné dans ce milieu et ma famille m’a beaucoup influencé. J’ai choisi de faire une carrière dans le football non seulement par choix, mais aussi par sentiment d’appartenance," ajoute le technicien, dont les premiers pas en tant qu’entraîneur remontent à ses 14 ans, grâce à un concours de circonstances.
"J’étais le capitaine des U15 (Silver Stars,). Un jour, le coach des U13 s’est absenté. Alors j’ai décidé de prendre le ballon et de commencer une session d'entraînement". Bien lui en a pris, puisqu’il a réussi à convaincre les dirigeants sud-africains de lui faire confiance jusqu’à la fin de la saison.
Un épisode révélateur de ses talents de manager et de sa précocité. Cependant, il n’aurait certainement pas pris place sur un banc de touche aussi tôt s’il n’avait pas dû mettre un terme à sa carrière de joueur à 19 ans. "Après ma blessure au genou, j’ai décidé de devenir entraîneur en commençant par passer mes diplômes", révèle-t-il dans le même entretien.
Des Orlando Pirates aux Mamelodi Sundowns, en passant par le Sporting de Lisbonne, Rulani Mokwena a eu la chance de côtoyer des techniciens aguerris qui lui ont inculqué l'importance de l'attention aux détails et des structures défensives, tout autant que les aspects didactiques et pédagogiques.
Une approche participative qui combine accompagnement et autonomie
La flexibilité managériale et la capacité d’adaptation de Rulani Mokwena seront ses principaux atouts pour aborder cette nouvelle expérience. "Je suis curieux dans la vie comme dans le football. Je remets beaucoup en question mes convictions et je sais m’adapter quand il le faut".
Autoritaire à ses débuts, le Sud-Africain a su faire évoluer son style de leadership pour adopter un management moins rigide. Que ce soit lors des séances d’entraînement ou dans l’utilisation des joueurs, son approche participative combine accompagnement et autonomie. C’est un coach dans l’air du temps, qui n'hésite pas à lancer des joueurs novices dans le grand bain.
D’ailleurs, même s’il est amené à évoluer au fil du mercato estival, l’effectif du Wydad de Casablanca reste l’un des plus jeunes du championnat, avec une moyenne d’âge de 25,3 ans (3e). Alors qu’un tiers des joueurs n’ont pas plus de 24 ans. Ce n’est pas un hasard si ses sources d’inspiration sont Pep Guardiola, José Mourinho, Arsène Wenger, Roger Schmidt ou encore De Zerbi.
"J’analyse méticuleusement leurs séances d'entraînement et leurs modèles de jeu. Ils ont une influence majeure sur la manière dont je conçois le football", affirme-t-il. La possession et l'attaque, oui, mais pas seulement. Sur le banc du Mamelodi Sundowns FC, il a façonné une équipe dont le style de jeu est principalement axé sur la possession du ballon, tout en étant capable de varier ses attaques.
Mobilité et positions sont interchangeables
Lors de la dernière édition de la Ligue des champions africaine, Mamelodi Sundowns affichait le plus haut pourcentage de possession, et de loin (65 %). C’est également l’une des équipes (4e) qui se sont créées le plus d’occasions dans le jeu (10 par match). Bien que sa formation préférentielle soit le 4-3-3, Rulani Mokwena n’hésite pas à s’adapter à ses adversaires, privilégiant parfois la verticalité à la largeur.
Le Mamelodi Sundowns version 2023-2024 pratiquait l’un des footballs les plus séduisants du continent. L’équipe pouvait aussi bien se structurer en 4-3-3, en 4-2-3-1 ou en 4-4-2 en losange. En phase de possession, l'objectif premier réside dans une bonne occupation du terrain.
Les latéraux, placés très haut, étirent les défenses adverses pour créer des espaces où plongent les attaquants et les milieux de terrain relayeurs. Ces derniers font preuve de mobilité, et leurs positions sont interchangeables. Les nombreuses transmissions dans le dernier tiers du terrain (56 par match) et les multiples touches de balle dans la surface de réparation adverse (16 par match) témoignent d'une forte présence dans le camp d’en face et d'un bon quadrillage du terrain.

Le positionnement haut pratiqué par Mokwena influence positivement les intentions défensives de ses équipes. À savoir, récupérer le ballon le plus rapidement possible. Mamelodi Sundowns ne permettait pas à l’adversaire d’effectuer plus de sept passes par possession. Ce chiffre révèle la capacité du technicien à instaurer un pressing et un contre-pressing efficaces, récupérant en moyenne une quinzaine de ballons dans les 30 mètres adverses toutes les 90 minutes.
En conséquence, les Sud-Africains avaient l’une des meilleures défenses de la compétition, ne concédant que cinq tirs cadrés par match. Toutefois, son plan de jeu a parfois montré ses limites. Comme toute équipe qui privilégie l’attaque à la défense, le maintien d’un équilibre défensif peut s’avérer difficile. L’adversaire capable de profiter des espaces dans le dos des centraux et des latéraux pourrait mettre à mal la stratégie défensive instaurée par Rulani Mokwena. Cependant, le potentiel du technicien est tel que le pari vaut la peine d'être tenté.

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