Aïd al-Adha : “Une offre supérieure à la demande et des prix gonflés par les intermédiaires” (professionnels)
Cette année, l’offre en cheptel durant Aïd al-Adha a été portée par les races locales. Elle a encore une fois dépassé la demande. Un déficit a cependant été enregistré dans deux zones, qui a été comblé en 24 heures. "Les prix ont quant à eux été gonflés par les intermédiaires et orientés par les grandes surfaces", accusent les professionnels.
Du point de vue des professionnels, Aïd al-Adha s’est déroulé cette année "dans de bonnes conditions". Un peu plus de 6,7 millions de têtes ont été identifiées, et le cheptel était en bon état après l’abattage.
Plus de 6,7 millions de têtes identifiées
"L’identification était presque similaire à l’an passé", nous confie un professionnel du secteur ayant participé à cette opération, contacté par Médias24. "Le nombre de têtes identifiées est estimé à ce jour à plus de 6,7 millions, les chiffres n’étant pas encore centralisés".
"L’offre dépassait ainsi la demande", qui s’élève annuellement à environ 5,5 millions de têtes, "en particulier dans l’Oriental et au niveau du Moyen Atlas, notamment dans le souk d’Azrou". Cela démontre que les mesures entreprises par les autorités publiques ont permis de garantir une offre suffisante au niveau national, malgré les aléas climatiques et la baisse de l’effectif du cheptel par rapport aux années précédentes, ajoute-t-on.
"À Marrakech-Safi, Kénitra, Béni Mellal, Fès-Meknès, ou encore dans l’Oriental, qui représentent le berceau du Maroc en termes de cheptel ovin, le nombre de têtes non sacrifiées s’élève à des millions", affirme notre source. Celles-ci seront pour certaines disponibles sur le marché de la viande rouge, tandis que d’autres seront préparées pour le prochain Aïd.
Le déficit au niveau de deux régions comblé en 24 heures
"Certaines régions ont toutefois enregistré une insuffisance de l'offre quelques jours avant l’Aïd, chose qui a été réglée en 24 heures", nous explique par ailleurs notre interlocuteur.
"Il s’agit notamment de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, et de la ville de Rabat, au niveau du marché de Hay El Fath, où certains éleveurs n’étaient pas à l’aise avec les conditions de vente".
"Après les réclamations des autorités locales, nous avons contacté les éleveurs du Moyen Atlas et de l’Oriental notamment, qui se sont déplacés en 24 heures pour ravitailler ces deux zones".
L’importation ne représentait qu’environ 5% de l’offre totale
D’après notre source, l’offre était dominée par les races nationales. "Les moutons importés étaient de l’ordre de 305.000 têtes. Ils ne représentaient qu’environ 5% de l’offre totale".
"Certaines ont même été vendues avant Aïd al-Adha, pour couvrir le besoin en viande rouge au niveau national".
"Comme pour le cheptel local, ces moutons importés n’ont pas tous été sacrifiés. Il en reste encore, n’ayant pas été appréciés par tous les consommateurs marocains", poursuit notre interlocuteur.
"Des prix gonflés par les intermédiaires"
La fête du sacrifice a cependant été marquée cette année par la hausse des prix qui ont atteint, d'après les témoignages sur les réseaux sociaux, des niveaux très élevés.
Selon nos informations, en dehors de la conjoncture actuelle, les prix ont été orientés par ceux des grandes surfaces, d’un côté. De l'autre, cette situation est principalement due à la multiplication des intermédiaires, qui veulent réaliser un maximum de bénéfices.
"Les prix pratiqués sur le terrain par les éleveurs variaient entre 60 et 68 DH/kg au niveau des souks", assure notre source. "Des agneaux de 80 kg ont été vendus à environ 5.000 DH. Si l’on fait le calcul, cela fait près de 62 DH/kg". Des prix peut-être observés dans certaine région pour certaines races. Mais dans la majorité des souks, les prix étaient bien au-delà de ceux avancés.
Pour ce professionnel, les intermédiaires, en particulier, attendent chaque année l’annonce des prix par les grandes surfaces pour fixer les leurs, qui sont généralement encore plus élevés. De ce fait, les prix de vente des ovins dans les grandes surfaces deviennent alors des prix de référence.
"Au niveau de ces grandes surfaces, les prix étaient un peu plus élevés, atteignant jusqu’à 83 DH/kg dans certaines. Nous avons fait des réclamations, et nous en avons discuté avec les autorités concernées. Certes, le commerce est libre, mais les consommateurs sont nombreux à se diriger vers les grandes surfaces pour des problèmes de sécurité. Ils ont peur d’avoir un souci avec leurs moutons. Ils préfèrent donc effectuer leur achat auprès d’une grande surface, pour être sûrs de retrouver l’éleveur le lendemain en cas de problème".
L’autre raison derrière cette hausse des prix relève des annonces faites par différentes personnes sur les réseaux sociaux. "Nous avons déjà mentionné cette problématique aux autorités concernées car, dans certains cas, ce sont de fausses annonces et de fausses informations qui portent atteinte à l’état d’esprit des gens et à la sécurité alimentaire du pays. Les auteurs de tels messages doivent être sanctionnés", déplore notre source.
"Malheureusement, c'est une équation à plusieurs inconnues, à laquelle il faut trouver des solutions. Toute la chaîne de vente doit être revue et organisée. Le marché est incontrôlable et, à terme, si cela continue de la sorte, les consommateurs ne voudront plus acheter, et les éleveurs ne voudront plus vendre", conclut notre interlocuteur.
L’état de santé des ovins est bon
Enfin, en ce qui concerne l’état de santé des ovins, "il était bon". Selon nos sources, les services de l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) ont reçu quelques appels de consommateurs pour des renseignements. Certains responsables de l’Office se sont même déplacés auprès de certaines familles en vue de répondre à leurs réclamations.
De manière générale, ce sont des cas isolés de kystes au niveau de certains organes, enregistrés comme chaque année, et qui sont absolument normaux dans la santé animale.
Des ingénieurs, vétérinaires, et techniciens de l’ONSSA resteront mobilisés durant toute la semaine de l’Aïd pour veiller au bon déroulement de cette fête.
Pour conclure, et comme souvent en ce qui concerne les produits alimentaires frais et les viandes, ce sont les intermédiaires et les canaux de distribution qui sont accusés de provoquer la hausse.
Depuis le temps qu'ils font l'objet d'accusations répétées, pourquoi n'a-t-on rien fait contre eux?
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