Everybody Loves Touda : Tout savoir sur le dernier film de Nabil Ayouch

ENTRETIEN. Après sa quatrième participation au festival de Cannes où la projection de son dernier film Everybody loves Touda a reçu un grand accueil, le réalisateur Nabil Ayouch explique à Medias24 pourquoi il a choisi de rendre hommage aux Cheikhates qui sont en train de disparaitre du paysage artistique marocain pour des raisons morales. Un cinéma qu'il qualifie d'engagé, dans la veine de ses précédents films.

Nabil Ayouch & Maryam Touzani (C) Festivaldecannes (Page FB)

Everybody Loves Touda : Tout savoir sur le dernier film de Nabil Ayouch

Le 26 mai 2024 à 10h30

Modifié 27 mai 2024 à 16h56

ENTRETIEN. Après sa quatrième participation au festival de Cannes où la projection de son dernier film Everybody loves Touda a reçu un grand accueil, le réalisateur Nabil Ayouch explique à Medias24 pourquoi il a choisi de rendre hommage aux Cheikhates qui sont en train de disparaitre du paysage artistique marocain pour des raisons morales. Un cinéma qu'il qualifie d'engagé, dans la veine de ses précédents films.

Résolument moderniste, Nabil Ayouch explore dans son dernier film, Everybody Loves Touda, le destin d'une Cheikha.

Interprétée par Nisrin Erradi, la jeune Cheikha veut perpétuer l'art de la Aïta dans une société qui veut effacer de sa mémoire l'héritage culturel de ces chanteuses-danseuses honnies alors qu'elles étaient adulées dans le passé.

L'occasion d'évoquer avec le réalisateur l'origine de ses motivations, pour l'écriture de ce film, qui s'inscrivent, selon lui, dans une volonté de faire bouger les lignes.

Medias24 : Everybody Loves Touda signe votre quatrième participation au Festival de Cannes après Les Chevaux de Dieu, dans la section Un certain Regard. Much Loved à la quinzaine des réalisateurs et enfin Haut et fort dans la compétition officielle. Ce qui fait de vous le réalisateur marocain qui a le plus de participations à ce festival ... 

Nabil Ayouch : En effet, mais parfois certains pensent, quand ils me voient revenir aussi souvent à Cannes, qu’une fois sélectionné, on revient automatiquement à ce festival avec nos prochains films.

- Vous n’avez donc pas pris une carte d’abonnement ?

-Il n'y a pas d'abonnement à Cannes, et la compétition est très rude.

Entre les 4000 films reçus chaque année, le comité de sélection retient quelques dizaines de films, donc très peu.

Les membres de ce comité les visionnent avant de les sélectionner uniquement pour la qualité intrinsèque des films et pour le talent de celles et ceux qui les portent.

Ce comité de sélection se moque de savoir si on est déjà venu à Cannes avant ou pas, car en réalité, chaque film est un éternel recommencement, un nouveau départ.

Tout cela pour dire qu’il est toujours aussi difficile de pénétrer les arcanes du festival de Cannes, d'autant plus que c’est la plus belle vitrine pour présenter un film en avant-première mondiale et le promouvoir.

- Le scénario de Everybody Loves Touda a été écrit avec votre femme Maryam Touzani, également réalisatrice ?

-Absolument.

- Parlez-nous un peu de son contenu ?

-Ce film raconte l'histoire d'une jeune femme dont le rêve est de devenir Cheikha.

Depuis qu'elle est gamine et qu'on lui a offert une taârija (tambourin en terre cuite recouvert d'une peau de mouton), elle a appris à chanter et à danser pour suivre la voie de ces femmes artistes.

Elle vit dans un petit bled paumé avec son fils de 9 ans sourd-muet, et rêve de s’élever socialement pour améliorer sa condition et celle de son fils.

Elle veut, grâce à son art, être vue pour ce qu'elle est réellement à savoir une artiste ; pour pouvoir aller vers un autre destin que celui que la société lui promet.

Elle se bat aussi pour trouver une école spécialisée pour son fils qui est sourd-muet.

Le film raconte donc le combat, la solitude et la traversée de cette femme, de son petit bled d'origine vers la ville des Lumières, Casablanca, où elle va tenter sa chance...

les Cheikhates sont des héroïnes et on doit se rappeler le rôle qu'elles ont joué. Ce qu'elles racontent est beau, et renseigne sur l'époque où ces chants ont été écrits, mais renseigne aussi sur l'époque actuelle.

- Pourquoi avoir choisi cette thématique ?

-En fait, les cheikhates ont toujours peuplé mes films, on les voit dans Les Chevaux de Dieu ou Razzia.

J'ai toujours admiré ces femmes et plus généralement les femmes fortes.

Certainement parce que j'ai grandi avec l’une d'entre elles, ma mère, qui a construit ma vision de ce modèle de femmes.

- Celui de mère courage ?

-Exactement.

Selon moi, les Cheikhates génèrent quelque chose d'assez incroyable dans la société marocaine auprès des hommes et des femmes en les faisant parfois entrer en transe, dès qu'elles ouvrent la bouche.

Il y a en elles quelque chose de très particulier qui se produit lors de leurs spectacles qui est de l'ordre de l'indicible voire de l’étrange…

Il y a une quarantaine d'années, elles étaient admirées voire adorées, mais depuis, elles ont changé de statut en devenant parfois honnies et le mot Cheikha est même devenu une insulte.

Face à cette évolution négative que je trouve profondément injuste, j'ai voulu dans ce film leur redonner le statut qu’elles méritent.

- Les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes dans la société marocaine constituent une thématique récurrente dans vos films ?

-C'est une chose qui revient souvent parce que dans mes combats pour la justice sociale, l'humanisme est une valeur aussi essentielle que le féminisme.

Dans notre société, il y a en effet une forme de condescendance qui perdure toujours vis-à-vis de la femme qui est considérée comme un être fragile qu'il faut protéger et doit vivre sous tutelle.

Je pense tout le contraire, à savoir que la femme est l'égale de l'homme et que nous devons partager les mêmes droits et devoirs, car une société qui rabaisse les femmes avance sur une seule jambe.

Cela-dit, depuis quelques années, je suis heureux de constater que certaines mentalités ont commencé à évoluer.

Mais ça reste lent.

- Malgré ces évolutions positives, les Cheikhates sont moins en odeur de sainteté qu'avant ?

-Complètement.

Certains ont la mémoire courte et aiment détester les idoles du passé, alors que ces femmes ont joué un rôle éminemment important dans la construction de notre pays.

Alors qu'elles ont été de tous les combats, notamment contre les potentats locaux (Caïds) qui avaient un pouvoir phénoménal au Maroc.

Les Cheikhates ont été les premières à les combattre avec l’art musical populaire rural d’Al-Aïta, comme Kharboucha, une figure mythique des luttes contre le pouvoir central et de l’émancipation féminine dans une société patriarcale.

Selon la légende, le Caïd Aïssa Ben Amar qui était tombé amoureux d'elle et à qui elle s’est refusée, a fini par la séquestrer et la torturer avant de l'emmurer vivante jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Ce n'est pas un hasard si ces femmes étaient adulées à l’image des résistants car elles ont été de tous les combats, y compris au moment du protectorat où elles chantaient contre l’occupation française.

Avec l'exode rural, elles ont décidé d’émigrer vers les grandes villes et d'aller chanter dans les seuls lieux qui pouvaient les accueillir, à savoir les bars et les cabarets où l'argent et l'alcool circulent à flots.

Ce qui a fait d'elles des êtres honnies par les bien-pensants et les tenants du conservatisme.

Du coup, on a oublié leur apport à la construction du pays, comme si notre mémoire s'était effacée, alors qu’elles font pleinement partie de notre patrimoine vivant.

Pour moi, les Cheikhates sont des héroïnes et on doit se rappeler le rôle qu'elles ont joué, en réécoutant leurs Aïtas pour comprendre à quel point leurs paroles ont un sens.

Ce qu'elles racontent est beau, et renseigne sur l'époque où ces chants ont été écrits, mais renseigne aussi sur l'époque actuelle.

Pour les besoins du film Everybody Loves Touda, Nisrine Erradi, qui joue le rôle de Touda, a été formée par Khadija El-Bedaouia,aux côtés d’une des rares jeunes Cheikhates qui continuent à perpétuer la tradition, Siham El Mesfiouia.

- L’art de la Aïta qui signifie « cri » est pour vous un chant de révolte et de résistance ?

-Tout à fait, ce sont des chants anciens et épiques qui racontent des batailles, des luttes contre l’injustice.

A l’époque, seuls les hommes avaient le droit de chanter, et ce n'est qu'au 19ème siècle que les premières femmes, dont cette fameuse Kharboucha, ont commencé à oser chanter en public.

Ce qui est intéressant, c’est qu’hormis ce côté épique de résistance, les Cheikhates ont rajouté des mots qui leur sont propres.

Elles se sont mises à parler d'amour, du corps, du désir dans leurs chants.

- Vous estimez qu'elles ont été les premières femmes à essayer de briser les tabous de la société patriarcale ?

-Oui, et c’était quelque chose d’extrêmement subversif à l'époque.

C'est ce qui rend leur art absolument remarquable.

D’autant plus que ce ne sont pas des chants écrits par un seul individu mais à plusieurs mains.

Le soir, les habitants se regroupaient dans leur village pour écrire une partie des paroles d’une Aïta et ensuite une caravane partait vers un autre village pour compléter la chanson avec d'autres vers…

- Est ce qu'on peut dire que les Cheikhates sont en voie de disparition et que c'est pour cette raison que vous avez voulu leur rendre hommage ?

-Oui. Malheureusement, les Cheikhates dépositaires de la tradition de la Aïta n'arrivent plus à vivre de leur art.

C'est pour cette raison qu’elles ont commencé à chanter d'autres répertoires, comme la musique Chaâbi.

Parce que c'est ce qu’aime le public et c’est ce qui met de l'ambiance.

Au sens orthodoxe du terme, l’art de la Aïta est en train de se perdre car aujourd’hui, la jeune génération des cheikhates qui souhaitent continuer à perpétuer cet art est de plus en plus rare.

Heureusement que certains passionnés contribuent à le préserver, comme Brahim Mazned qui a constitué une très belle anthologie avec une compilation de ces chants en arabe et en amazigh.

Pour les besoins du film, la magnifique Nisrine Erradi, qui joue le rôle de Touda, a été formée par une Cheikha de la vieille génération, Khadija El-Bedaouia, qui malheureusement, est morte pendant la préparation du film.

Elle a peaufiné sa formation aux côtés d’une des rares jeunes Cheikhates qui continuent à perpétuer la tradition, Siham El Mesfiouia.

- Pourquoi, à votre avis, l’appellation Cheikhates est devenue une insulte ?

-Parce qu'il est beaucoup plus facile de juger les gens que d'essayer de comprendre l’apport de cet art, et de comprendre pourquoi, parfois, certaines personnes sont obligées d'être dans la compromission pour des raisons de survie alimentaire.

Ce n'est pas pour autant qu'il faut jeter le bébé avec l’eau du bain.

A travers ces femmes, j'ai pu rencontrer la profondeur de l'âme du Maroc, des campagnes et des montagnes.

J'ai envie de donner une voix et un visage à des gens qu'on n'a pas forcément envie de voir, qu'on a envie de cacher, parce qu'ils ne nous plaisent pas, parce qu'ils ne répondent pas à la doxa ambiante, aux canons de notre société et au conservatisme grandissant dans cette société.

Je veux montrer que ces gens sont là, qu’ils existent parmi nous.

Mon cinéma est avant tout un cinéma fait de rencontres.

- C'est le Maroc populaire et authentique qui vous inspire ?

-Effectivement, ce Maroc m'intéresse et me passionne.

A savoir l'authenticité de cette âme humaine marocaine et ce sont ces personnes dont je me sens le plus proche.

C'est probablement lié à mon histoire personnelle…

Ce que j'ai vu en traversant ce pays m'a interpellé, m'a bouleversé et m'a donné envie d'aimer passionnément le Maroc et cette âme marocaine.

Mon inspiration vient de là, elle ne vient pas d'un passé dans les banlieues parisiennes qui m'a, en revanche, construit et qui fait aussi la singularité de l'être humain et du regard que je porte aujourd'hui.

C'est ici où je trouve mon inspiration, à travers des personnages qui me donnent envie, à mon tour, de raconter mon histoire.

Parce qu'en réalité mon cinéma est avant tout un cinéma fait de rencontres.

- Que répondez-vous à ceux qui pensent que vous exploitez la misère humaine pour alimenter vos films ?

-Nous sommes dans une société où on passe notre temps à se juger les uns et les autres parce qu'on ne prend pas le temps de s'arrêter et de connaître les personnes, de connaître leurs motivations et de savoir quelles sont les raisons véritables pour lesquelles on fait les choses.

Quand je suis arrivé au Maroc et que j'ai décidé de faire du cinéma, ce n'est pas par hasard.

C'est tout simplement parce que j'ai été immédiatement choqué par les écarts insupportables de classe sociale.

Le fait d'avoir grandi dans une banlieue parisienne m'a probablement construit différemment que si j'avais été aux lycées Lyautey ou Descartes, ou que si j'avais grandi dans une bulle qui aurait pu me rendre indifférent à la misère humaine.

Je n'ai pas digéré les choses et je ne supporte toujours pas les écarts et l'injustice.

C’est pour cela que je me suis engagé dans l’action associative très jeune et que j’ai créé ensuite la Fondation Ali Zaoua avec laquelle nous ouvrons des centres culturels dans les quartiers défavorisés de tout le Royaume.

Peu importe les milieux ou la classe sociale d'où l’on vient.

Quand on lit certains écrivains qui viennent de milieux favorisés et qu’on voit la manière dont ils sont capables d'écrire sur les injustices sociales et sur les bas-fonds, je pense qu'il n'y a rien qui remplace la sincérité du propos et le talent.

Mais ça, il faut un peu de culture et d’ouverture d’esprit pour le comprendre…

- A vous écouter, il y a 30 ou 40 ans, vous auriez certainement été communiste ?

-Je ne sais pas, mais à Sarcelles, où j’ai grandi, qui faisait partie de ce qu’on appelait la banlieue rouge, il n'y avait que des maires communistes à l’époque.

Dans la petite maison de la jeunesse et de la culture où j'allais, il y avait une annexe où ils ne passaient que des films engagés de Chaplin, Eisenstein… sur les combats ouvriers.

Ces films ont forgé mon enfance et certainement influencé ma vision de faire du cinéma.

- Vous ne choisissez jamais des sujets faciles ou grand public, pourquoi ?

-Ce n'est pas moi qui choisis mes sujets, ce sont eux qui me choisissent.

- Par des rencontres ?

-Absolument. Car je ne fais pas des films sur des sujets, je fais des films sur des personnages.

Ce que vous appelez mes sujets, ce sont mes personnages.

En 2013 ou 2014, quatre filles avaient appelé mon directeur de casting à Marrakech pour lui dire « Écoute, on a des choses à raconter, des histoires personnelles bouleversantes qui nous crèvent le cœur et il n'y a qu'une personne à qui on peut les raconter, c'est Nabil Ayouch. »

- Vous parlez de Much Loved ?

-Oui. Elles lui ont dit « peux-tu lui faire passer le message s'il te plaît ? »

Après que mon directeur de casting m'ait appelé, j’ai pris ma voiture et j’ai passé trois jours avec elle à les écouter et à pleurer.

- Des prostituées ?

-Oui, et cette rencontre bouleversante m’a donné une irrésistible envie de faire un film, tout comme celle avec les gamins des rues qui m'ont donné envie de faire le film « Ali Zaoua ».

Je pense que ne fais pas du cinéma par hasard et, encore une fois, que ce sont les personnages qui me guident.

- Votre volonté de briser des injustices comme le patriarcat est récurrente ?

-Si le patriarcat faisait du bien à nos sociétés, ça se saurait.

- Pourtant, il persiste dans les sociétés arabo-musulmanes et c’est même leur fondement ?

- Oui, mais en même temps il y a des résistances et des énergies en mouvement.

Le Roi a demandé il y a quelques mois une révision du code de la famille, la Moudawana, et une commission qui a travaillé pendant six mois, vient de rendre sa copie.

Tout ça me donne de l'espoir.

- Quel est votre point de vue sur cette réforme de la Moudawana ?

-Elle est plus que nécessaire parce qu'il y a encore du chemin à faire.

Celle de 2004 constituait déjà un grand pas en avant, mais le combat doit continuer.

Il y a encore des avancées qui doivent aller dans le sens de l'égalité entre les hommes et les femmes.

- Vous croyez à l'égalité parfaite des droits entre l'homme et la femme au Maroc ?

-Je ne sais pas si ça arrivera de mon vivant, mais j'ai envie d'y croire, pas uniquement pour les droits mais aussi pour les devoirs.

Est-ce que c'est un chemin facile ? La réponse est non.

Est-ce qu'on finira par y arriver de mon vivant, je ne sais pas.

Mais ce que je sais c'est que si personne ne se bat pour ça, on n'y arrivera pas.

Heureusement, de plus en plus de gens prennent conscience que sur des sujets fondamentaux, comme l'accès à l'éducation ou au marché du travail, il est nécessaire de continuer à se battre pour tendre vers cette égalité.

- Pensez-vous que l’héritage Taassib sera aboli par la réforme de la Moudawana ?

-Je l'espère, parce qu'il y a des situations absolument scandaleuses et injustes quand on voit des veuves, avec leurs filles, qui se retrouvent à la rue après le décès de leur mari parce que des cousins très lointains n’hésitent pas à s’accaparer les biens du défunt.

J'ai vu des exemples autour de moi absolument détestables et qui relèvent de l'injustice totale.

- Pour en revenir à votre film, c'est du cinéma d'auteur ?

-C'est du cinéma engagé qui porte un regard sur le monde.

- Everybody Loves Touda n’aura pas de problème pour avoir le visa d'exploitation du CCM ?

-Il n'y a aucune raison pour que le film ait le moindre problème.

Le directeur du CCM était présent dans la salle du festival de Cannes qui a projeté le film et m’a dit qu'il l’avait beaucoup aimé.

- La projection du film a suscité une longue standing ovation ... 

- Oui, la standing ovation a été un grand moment d’émotion avec des retours et des réactions extrêmement positives après le film.

C'est en soi une belle récompense...

- Un mot sur les déclarations de Thierry Frémaux, délégué général du festival, qui a qualifié le Maroc de grand pays du cinéma et qui a loué votre contribution cinématographique .

-C'était un bel hommage, j'ai été évidemment très touché par ces mots venant de la part de Thierry Frémaux, sachant le poids qu'il joue dans le cinéma mondial.

Cela montre que mon cinéma a sa place et qu'il impacte en dehors de nos frontières, en permettant peut-être aussi d'emmener des petits bouts de Maroc avec moi dans chacun de mes films.

Mon seul devoir, c’est de montrer et raconter le monde avec mon point de vue, qui est ma réalité.

- Est-ce qu'il y avait officiels marocains présents pendant la projection ?

-Il y avait le conseiller du ministre de la culture et le directeur du CCM.

- Certains diraient que vous ne souscrivez pas au syndrome de l'art propre ou que vous n'êtes pas le chantre de tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Est-ce que cela dérange ?

-Je n'adhère pas a l'art consensuel.

J'ai entendu plusieurs fois des responsables politiques me dire « Mais pourquoi tu fais des films sur ces sujets ? À quoi ça sert ? Pourquoi tu ne montres pas les routes ? Les aéroports, le développement économique et les infrastructures du pays ? »

Je leur ai répondu que je n’étais pas en charge de la communication de mon pays mais cinéaste.

Mon seul devoir, c’est de montrer et raconter le monde avec mon point de vue, qui est ma réalité.

Ce n'est pas une réalité universelle, c'est ma réalité et il faut la respecter.

Et je sais qu'il y a beaucoup de gens qui, encore une fois, y compris parmi les responsables politiques, ont du mal à comprendre ça.

Certains pensent que les artistes doivent être domestiqués, qu'on doit leur donner des subventions et qu'ils doivent être contents derrière de faire des films avec, de préférence des films lénifiants ou des comédies divertissantes.

Je n’ai rien contre les comédies, qui est un genre que j’affectionne particulièrement, mais le cinéma sert aussi à changer le monde, à faire évoluer les consciences.

Certains ne comprennent pas à quel point c'est important qu'il y ait une liberté qui s'exprime.

Cette liberté n'est pas là pour abîmer ou fragiliser les fondamentaux du pays, mais au contraire pour les renforcer.

Car un pays où les artistes sont libres est un pays fort.

Quand j'entends des journalistes étrangers me dire « Mais c'est extraordinaire que vous fassiez des films comme ça au Maroc », ils sont épatés par cette liberté et par la capacité qu’a le Maroc à générer ça.

Je pense que les responsables politiques doivent en être fiers et nous accompagner pour avancer.

- Pensez-vous que vous êtes plus reconnu à l'étranger qu'au Maroc ?

- Il m'est arrivé de ne pas recevoir de subvention par la commission qui délivre les avances sur recettes, parce qu'il y a eu des commissions qui ont jugé que mes films ne méritaient pas d'être aidés.

Parce qu'ils ne veulent pas que ce genre de film existe.

C’était le cas sur Razzia et Much Loved et c’était leur façon à eux de censurer un regard.

Heureusement, la reconnaissance de mon travail ne vient pas simplement des institutionnels mais du grand public.

Et je peux vous dire que j'ai de très nombreux témoignages de reconnaissance au Maroc.

C'est probablement ça aussi qui me donne du courage pour continuer.

-Dernière question, quels sont vos projets, un scénario en vue et un tournage pour bientôt ?

-Mon projet actuel est d’accompagner Everybody loves Touda dans le monde entier parce que Cannes c'était la première mondiale, mais il y a un long parcours dans d’autres grands festivals avant la sortie en salles.

Après, oui, j'ai commencé l'écriture du scénario de mon prochain film mais il est encore trop tôt pour en parler.

Si tout se passe bien, je tournerai à la fin de l'année prochaine.

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