Cafés et restaurants : un état des lieux alarmant, 16.400 fermetures depuis la crise du Covid

Après l’alerte émise fin avril dernier par le Conseil de la concurrence sur une éventuelle entente sur la hausse des prix des boissons servies dans les cafés, le régulateur a tenu ce jeudi 23 mai une rencontre avec le bureau de la Fédération nationale des propriétaires et gérants de cafés et restaurants du Maroc. Détails.

Reportage photo sur la reprise de l’activité des cafés à Tanger

Cafés et restaurants : un état des lieux alarmant, 16.400 fermetures depuis la crise du Covid

Le 24 mai 2024 à 17h00

Modifié 25 mai 2024 à 10h03

Après l’alerte émise fin avril dernier par le Conseil de la concurrence sur une éventuelle entente sur la hausse des prix des boissons servies dans les cafés, le régulateur a tenu ce jeudi 23 mai une rencontre avec le bureau de la Fédération nationale des propriétaires et gérants de cafés et restaurants du Maroc. Détails.

Durant cette réunion, la Fédération nationale des propriétaires et gérants de cafés et restaurants du Maroc a exposé la situation du secteur, l’impact des variations des prix des matières essentielles sur sa compétitivité, et l'incidence du vide juridique, apprend Médias24 auprès de son président, Noureddine El Herrak.

"Cette rencontre a été l’occasion de faire le point sur les nombreuses problématiques du secteur, dont les causes principales restent l’augmentation des prix des graines de café au niveau national depuis le début de cette année, la révision des taxes communales et fiscales, ainsi que l’absence de loi organisant le secteur", explique Noureddine El Herrak, qui assure que la fédération travaillera en coordination avec le Conseil de la concurrence et les différents ministère concernés pour préserver l’équilibre des prix sur le marché national.

Plus de 200.000 cafés et près de 1,5 million d’emplois directs

D’après Noureddine El Herrak, il n’existe à ce jour aucune étude officielle réalisée sur le secteur par l’un des ministères concernés ou par une institution officielle. La fédération a donc mené en 2023 une étude qui démontre, chiffres à l’appui, la situation alarmante du secteur, qui nécessite une refonte juridique, fiscale et organisationnelle, ainsi qu’une intervention urgente pour venir en aide à ses employés.

Selon la fédération, en l’absence de statistiques officielles, le nombre de cafés est estimé à plus de 200.000 unités sur tout le territoire national. Celles-ci ont nécessité des investissements énormes, oscillant entre 200.000 DH et 3 millions de DH, sans prendre en considération le coût du foncier.

Ce secteur engendre à lui seul près de 1,5 million d’emplois directs et des milliers d’emplois indirects (main-d’œuvre, distributeurs, serveurs, travailleurs dans le secteur de l’équipement et de la décoration, agents de nettoyage et de gardiennage…). "En moyenne, un café emploie minimum 5 employés et jusqu’à une centaine dans les grandes structures", précise notre source.

Toutefois, depuis le Covid, ce secteur est en dégradation constante. Des milliers de cafés ont fermé leurs portes et une dizaine de milliers de travailleurs ont perdu leur emploi.

16.413 cafés ont mis la clé sous la porte depuis la crise du Covid

L’étude réalisée par la fédération en 2023, dont Médias24 détient copie, s’est concentrée sur trois régions : Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Fès-Meknès. Et rien que dans celles-ci, les chiffres sont alarmants. La crise du Covid est certes l’une des principales causes des nombreuses fermetures enregistrées, mais elle n’est pas la seule. D’autres facteurs ont été évoqués.

Ainsi, depuis la crise sanitaire, 16.413 cafés ont arrêté leur activité dans ces trois régions, entraînant une perte d’emploi pour 98.328 personnes.

Selon cette étude, la région Casablanca-Settat arrive en tête avec 8.964 cafés fermés, suivie de Rabat-Salé-Kénitra, (4.769 unités fermées) et de Fès-Meknès (2.680 unités fermées).

"Une crise structurelle"

L’étude montre que la crise du Covid est à l’origine de l’arrêt de l’activité de 21,17% seulement des 16.413 cafés actuellement fermés dans les trois régions, tandis qu’environ 79% des fermetures sont dues à d’autres raisons. "La crise dans le secteur est donc structurelle", conclut-elle.

Plus de 39% des fermetures sont en effet imputables aux amendes infligées aux propriétaires et gérants de cafés après le déconfinement. "La CNSS avait intensifié les opérations de contrôle après le déconfinement dans différentes régions du pays à cause de la non-déclaration des employés, suite auxquelles de nombreux gérants et propriétaires de cafés s’étaient vu infliger des amendes", lit-on dans l’étude.

D’après la même source, des saisies ont été engagées face à l’incapacité de régler le montant de ces amendes, entraînant l’arrêt de l’activité de 6.469 cafés sur les 16.413 fermés jusqu’en 2023, soit 39,42%.

L’absence d’équité fiscale à l’origine de 23% des fermetures

L’autre raison qui impacte le secteur, selon l’étude, est relative à l’absence d’équité fiscale. Sur les 16.413 cafés dont l’activité est à l’arrêt, 3.814 ont baissé le rideau suite à la révision des taxes communales et fiscales, soit 23,24%.

Il s’agit notamment de la taxe d’exploitation du domaine public. A la différence des taxes communales exigées dans plusieurs secteurs, dont le montant est fixé par le législateur, la taxe d’exploitation du domaine public n’a pas été plafonnée.

Les conseils communaux ont ainsi la main sur cette taxe, dont ils peuvent fixer le montant. Différents conseils ont révisé cette année cette taxe pour améliorer leurs revenus, à l’instar du Conseil communal de Rabat qui l’a augmentée de 30 DH/m² par trimestre à 525 DH/m², soit 2.100 DH/m² par an.

Il en est de même pour la taxe professionnelle, qui a été augmentée cette année à 10% sur la valeur locative allant de 5.001 DH à 20.000 DH, à 20% entre 20.001 DH et 40.000 DH et à 30% au-delà d’un loyer de 40.001 DH par mois.

A titre d’exemple, lorsqu’un gérant de café loue à 60.000 DH par mois, il est obligé de débourser environ 220.000 DH par an pour la taxe professionnelle, tandis que les loyers inférieurs à 5.000 DH sont exonérés.

L’absence de loi organisant le secteur encourage l’informel

L’étude évoque également l’absence de loi organisant le secteur, qui encourage l’informel, le non-respect de la distance nécessaire entre deux cafés et la multiplication des cafés-restaurants mobiles. Ces derniers, parce qu’ils sont plus compétitifs, impactent de plein fouet les cafés. Ils sont même à l’origine de l’arrêt de l’activité de 10,24% des cafés (soit environ 1.681 cafés sur 16.413).

Enfin, les changements soudains des prix des matières essentielles affectent également le secteur, à leur tête l’huile d’olive qui est passée de 25 DH/l à 100 DH/l, ou encore le beurre et les légumes. Certains aliments ont pris jusqu’à 300%. Ce dernier facteur a entraîné la fermeture de 979 cafés sur les 16.413 unités fermées dans les trois régions, soit 5,93%.

Il faut ajouter à cela la hausse d’environ 45% des prix des graines de café au Maroc depuis le début de l’année courante, ainsi que l’augmentation récente de 10 DH sur le gaz butane.

Un projet de loi en gestation

Pour faire face à toutes ces problématiques, la fédération prépare actuellement un projet de loi organisant le secteur. Il est en cours de finalisation.

Ce document devrait être près dans un mois et demi, prévoit Noureddine El Herrak. Il sera par la suite transféré aux autorités concernées pour le transmettre le plus vite possible au Parlement.

En ce qui concerne l’alerte sur une éventuelle entente sur la hausse des prix des boissons servies dans les cafés, le président de la fédération assure qu’aucune mesure n’a été initiée dans ce sens.

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