Tomates marocaines : les producteurs français se plaignent, la profession au Maroc nuance
L'Association d'organisations de producteurs nationale Tomates et Concombres de France, a lancé le 29 janvier, une alerte concernant l'augmentation significative des importations de tomates marocaines.
Selon l'association française, la hausse des importations de tomates marocaines, favorisée par l'accord de libre-échange UE-Maroc et un étiquetage consommateur peu clair, met en péril la production locale.
Sur la saison 2022-2023, 424.690 tonnes de tomates marocaines ont été importées en France, pour 394.740 tonnes en 2021-2022, soit une augmentation de 7,6 %. En valeur, cette augmentation est de plus de 168 millions d’euros, soit 27, 5%, précise l'association.
Et d'ajouter que les importations de tomates marocaines sont très clairement tirées vers le haut par des enseignes de la grande distribution qui favorisent les offres "petits prix" au détriment de l’offre française, et par des circuits de restauration hors foyer non soumis aux obligations d’affichage de l’origine.
Les producteurs français déplorent une compétition "inégale", exacerbée par le "faible coût de la main-d'œuvre au Maroc et des pratiques environnementales douteuses, notamment l'exploitation intensive des ressources en eau dans un contexte de sécheresse persistante".
Face à une "origine des produits souvent floue" pour les consommateurs, les producteurs français appellent à une réglementation plus stricte sur l'étiquetage, incluant la mention claire du pays d'origine et du lieu d'emballage, pour garantir une transparence totale et favoriser les choix éclairés des consommateurs.
La réponse marocaine
Contactée par Médias24, une source de l'Association marocaine des producteurs et producteurs exportateurs des fruits et légumes rappelle que l'accord entre l'Union européenne et le Maroc est régi par des réglementations. "Dans ce contexte, la balance commerciale penche largement du côté français", souligne notre source.
L'association explique que les exportateurs marocains bénéficient de contingents annuels et de prix d'entrée fixés pour leurs produits. Si les prix sont en dessous de ces seuils, des taxes sont appliquées à l'entrée.
Ces prix d'entrée augmentent durant la période de production européenne, dans le cadre d'une logique de protectionnisme. Ainsi, les exportateurs marocains ont peu de marge de manœuvre pour fixer les prix de leurs produits.
"Si le coût est relativement bas, et que l'exportateur peut se permettre de payer les tarifs douaniers, cela signifie que le marché est demandeur de ses produits", explique la source. Les exportations marocaines répondent donc à une demande réelle sur le marché européen.
L'association rejette les critiques populistes des producteurs français, affirmant qu'elles visent principalement à obtenir des subventions de l'Union européenne. "La réalité est que la France ne peut pas produire en contre-saison, comme le Maroc ne peut pas produire la tomate dans n'importe quelle région du pays. Plus de 96% des tomates destinées à l'export sont issues de la région de Souss-Massa", conclut notre source.
"On comprend la frustration des producteurs français, mais nous devons signaler que les tomates marocaines ne sont pas les seules à concurrencer les tomates françaises, il y a aussi celles espagnoles, turques et italiennes ; ce qui influe sur l'offre dans le marché français", déclare, pour sa part, Oussama Machi, producteur de tomates.
"Si le coût de production des tomates marocaines est bas en comparaison à celles françaises, c'est parce que le Maroc est spécialisé dans la tomate", ajoute-t-il.
Le producteur précise que les tomates marocaines ont connu une hausse de la production en raison d'une vague de chaleur favorable. "La production française se portait bien durant les dernières années, mais en ce moment ce sont les tomates marocaines qui ont le vent en poupe en raison de la vague de chaleur qui favorise la production locale. Il est normal que les prix des tomates marocaines soient aujourd'hui compétitifs en France".
La station de dessalement d'Agadir joue elle aussi un rôle crucial dans la région Souss-Massa en termes d'approvisionnement en eau d'irrigation pour la production de tomates. Comme l'explique Oussama Machi, "l'accès à une source d'eau d'irrigation stable et de haute qualité est un facteur clé dans la réussite de la production de tomates à grande échelle".
La disponibilité constante de cette ressource vitale a non seulement contribué à maintenir une production de tomates dans la région, mais elle a également permis de garantir la qualité et la régularité de l'approvisionnement sur les marchés nationaux et internationaux. Sans la station de dessalement d'Agadir, les agriculteurs de Souss-Massa seraient confrontés à des défis considérables pour maintenir les niveaux de production actuels et répondre à la demande croissante en tomates.
En ce qui concerne la question de l'étiquetage des tomates, Oussama Machi souligne que la responsabilité des exportateurs s'arrête aux frontières marocaines. "L'obligation d'indiquer l'origine des tomates revient aux revendeurs locaux sur place".
Il tient cependant à préciser que les producteurs marocains ne réalisent pas nécessairement d'importants bénéfices, du fait des coûts annexes élevés. "Il ne faut pas non plus croire que les producteurs marocains empochent des gains conséquents actuellement, car les charges de logistique et de conditionnement coûtent cher".
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