Les grands axes de la stratégie industrielle d’OCP Group à l'horizon 2027
ROUND UP. Où iront les 130 milliards de dirhams du programme d’investissement du groupe OCP entre 2023 et 2027 ? Le groupe y répond en détail dans son document d’information actualisé fin novembre auprès de l’AMMC. Voici une synthèse des grands chantiers que compte mener le groupe phosphatier au cours des quatre prochaines années.
Pour la mise à jour de son programme d’émission de billets de trésorerie, OCP Group vient d’actualiser son document de référence disponible auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC). Un document très riche qui retrace l’historique du groupe, ses réalisations financières, ses perspectives, mais aussi sa stratégie à moyen terme.
On y trouve notamment les données actualisées sur l’orientation stratégique du groupe, et son programme industriel qui montre que le groupe va passer à une nouvelle dimension dans les quatre prochaines années. Un méga-programme de 130 milliards de DH qui vise à renforcer la place d’OCP en tant que premier producteur intégré de phosphates, tout en maintenant un positionnement flexible sur la chaîne de valeur (roche, acide, engrais) et en renforçant son offre de produits dérivés.
Lancé en 2022, ce programme stratégique 2023-2027 vise essentiellement à augmenter les capacités de production d'engrais pour répondre aux défis de la sécurité alimentaire mondiale, et à atteindre la neutralité carbone d'ici 2040, grâce à des investissements majeurs dans les engrais verts innovants et les énergies renouvelables.
Ces 130 milliards de DH permettront ainsi au groupe de passer d’une production d’engrais de 12 millions de tonnes actuellement à 20 millions de tonnes d’ici 2027. Cela passera, détaille le document d’information, par une expansion des capacités minières à travers l’ouverture d’une nouvelle mine située à Meskala, dans la région d'Essaouira, et par l'établissement d'un nouveau complexe d'engrais situé à Mzinda. Cette dernière unité de production traitera les roches provenant des mines de Benguerir et de Youssoufia, ainsi que de la nouvelle mine de Meskala.
Voici pour l’orientation stratégique générale. Pour la mettre en place, le groupe a défini plusieurs axes stratégiques : améliorer l’efficacité et augmenter la capacité industrielle ; renforcer le leadership par les coûts ; augmenter l’agilité commerciale et la flexibilité industrielle ; diversifier le portefeuille de produits du groupe ; réussir une croissance durable…
Plus de 210 milliards de DH investis depuis 2008 !
Côté industriel, l’ambition d’augmenter les capacités n’est pas nouvelle. Le groupe rappelle que, dès 2008, un important programme d’investissement visant à capter la croissance de la demande et à renforcer la position d’OCP en tant que leader sur l’ensemble de la chaîne de valeur a été lancé.
Cette première phase a permis de doubler les capacités minières et de tripler les capacités de transformation chimique. Le groupe a également réalisé d'importants investissements, en vue de transformer la chaîne logistique (l'utilisation des slurry pipelines par exemple) et d'accroître son efficacité opérationnelle et environnementale. Ces investissements ont constitué un premier pas pour concrétiser l'ambition de se donner les moyens de capter 50% de l'augmentation de la demande d'engrais phosphatés à l'échelle mondiale, tout en assurant une présence équilibrée sur les trois principaux maillons de la chaîne de valeur.
Désormais, c’est la deuxième phase du programme qui est lancée : elle s’étendra de 2023 à 2030 et vise à augmenter la capacité de production de roches jusqu'à 26 millions de tonnes, grâce au développement de nouvelles mines et à l'expansion des mines existantes.
Pour les engrais, l’ambition est d’augmenter la production actuelle de 8 millions de tonnes pour passer à une production totale de 20 millions de tonnes d’ici 2027. En détail, cette ambition passera par :
- l'ajout de 3 unités de granulation d'un million de tonnes chacune au niveau de Jorf Lasfar ;
- le développement d’un nouveau complexe chimique au niveau de Mzinda, avec une capacité de 4,2 millions de tonnes à horizon 2027 ;
- la construction d’un nouveau complexe chimique au niveau de Laâyoune, d’une capacité de 1 million de tonnes, à horizon 2025.
Avec ce nouveau programme d’investissement, les coûts estimés du programme global lancé depuis 2008 se montent à environ 21 milliards de dollars (plus de 210 MMDH), note le groupe dans son document d’information : 8 milliards de dollars investis pendant la première vague entre 2012 et 2021, le reste entre 2022 et 2027.
En parallèle de cette ambition industrielle, OCP souligne qu’il entend poursuivre son développement en Afrique, qui est "la région qui devrait connaître la plus forte croissance au monde en termes de demande d'engrais au cours des prochaines années". Le groupe devrait ainsi continuer à augmenter ses ventes sur le continent. Et il s'est engagé à investir dans de nouvelles capacités en Afrique (par exemple, en Éthiopie, au Nigeria, au Ghana, au Rwanda...).
Les nouveaux produits que le groupe OCP compte lancer
Et ce n’est pas tout. Avec la roche, les engrais et l’acide phosphorique, OCP entend également diversifier ses produits.
Ses nouveaux produits, dits à forte valeur ajoutée, vont de la nutrition animale aux intrants pour les industries chimiques. C’est le cas par exemple du phosphore purifié (PPA). OCP a commencé à produire le PPA, cet acide phosphorique de haute qualité, en 1998 déjà, par le biais d'EMAPHOS, une joint-venture avec Prayon et Budenheim. En 2021, le groupe et ses partenaires ont décidé de doubler leur capacité de production et de lancer la construction d'une deuxième unité de PPA, EMAPHOS II.
Le PPA n'est pourtant que la première étape en amont de la chaîne de valeur des phosphates industriels.
"Cette chaîne de valeur inclut également les sels de phosphate industriels, qui comprennent une large gamme de produits phosphatés ayant des applications dans les secteurs alimentaire, pharmaceutique et industriel. Le phosphate est également utilisé dans d'autres applications de niche, telles que les batteries, qui ont suscité une attention supplémentaire à la suite de l'annonce faite par Tesla en 2020 de développer des batteries à base de phosphate", explique le groupe OCP.
D'ailleurs, le groupe n’exclut pas d’envisager une intégration en aval pour ces produits à plus forte valeur ajoutée.
Au-delà du phosphate, OCP souligne également que la roche marocaine contient différents éléments qui peuvent être récupérés tout au long de la chaîne de valeur, comme le fluor, les terres rares et le vanadium. Et que ces dérivés peuvent également être commercialisés.
"Par exemple, le fluor peut être récupéré à partir du FSA, un sous-produit de l'acide phosphorique. Il peut être monétisé en le vendant directement ou en le transformant en un produit à marge élevée comme le CaF2, le HF ou d'autres produits en aval. En outre, le groupe étudie des options innovantes pour la valorisation du phosphogypse, telles que des applications pour l'agriculture et les matériaux de construction. Ces possibilités de monétisation offrent au groupe l'occasion de diversifier son portefeuille et de gérer durablement ses déchets", note OCP dans son document d’information.
Produire 100% de ses besoins en eau et se fournir exclusivement en électricité propre
Ces objectifs sur le plan industriel s’accompagnent d’une autre ambition tout aussi forte : atteindre la neutralité carbone d’ici 2040, réaliser l’autosuffisance en eau en 2024 et se fournir, d’ici 2027, en électricité provenant exclusivement de sources renouvelables ou propres.
Pour réaliser cette ambition, OCP ne part pas de zéro, puisque le groupe produit déjà près de 2,8 TWh d’électricité (chiffre de l'année 2022) à partir d'installations existantes. C’est plus de la moitié de ses besoins annuels pour 2022, qui sont estimés à 4 TWh. Une expérience qui sera utile pour le développement du groupe dans ce segment, d'autant qu’il dispose de terrains "prêts à l'emploi " à proximité de ses sites de production, avec une irradiation solaire élevée et un potentiel photovoltaïque important.
Et pour ses besoins importants qui représentent, comme le note le groupe, 10% de la consommation nationale en électricité, 83% des approvisionnements d’OCP viennent déjà de sources renouvelables et propres (zéro carbone). Il ne reste donc qu’un petit pas pour passer à 100% de sources renouvelables et propres d’ici 2027, grâce notamment à la cogénération et au recours à l’énergie éolienne, conjugués aux efforts permanents en termes d’efficacité énergétique. Le groupe OCP entend notamment produire 5 GW d’énergie éolienne et solaire d’ici 2027.
Cette capacité d’énergie renouvelable, qui servira également à la production d’ammoniac, s’inscrit dans le plan de neutralité carbone à l’horizon 2040. OCP ambitionne ainsi d’atteindre une production de 1 million de tonnes d’ammoniac vert en 2027 et 3 millions de tonnes en 2032. Ce qui permettra au premier importateur mondial d’ammoniac de s’affranchir des importations sur le long terme.
Tout cela se conjugue avec la stratégie "Eau" du groupe, qui vient compléter la vision "verte" développée par OCP pour devenir un leader mondial des engrais verts.
À ce titre et d’ici 2024, 100% des besoins en eau seront couverts par des sources non conventionnelles (principalement le dessalement), signale OCP. Le groupe ambitionne notamment d’atteindre une capacité de 560 Mm3 d’eau dessalée en 2027.
Pour cela, une filiale axée sur la fourniture d'eau non conventionnelle a été créée en 2022. Appelée "OCP Green Water" (OGW), cette entité est responsable de l'exécution des phases de construction et de l'exploitation de chaque actif lié à l'eau (dessalement, conduites d'eau, stations d'épuration des eaux usées, etc.), mais aussi de répondre au stress hydrique que connaît le Maroc et de soutenir les communautés locales dans cette crise. L'objectif d'OCP étant de se fournir à 100% d'eau non conventionnelle d'ici 2024, mais aussi d’assurer l'approvisionnement en eau potable des villes voisines et de lancer des activités agricoles à haute valeur ajoutée.
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