Cinéma. Les Ateliers de l’Atlas, une fabrique à récompenses ?
L’ancien directeur général du Centre cinématographique marocain, Sarim Fassi-Fihri, revient sur le rôle de cette académie de formation des cinéastes qui, selon lui, commence tout juste à produire ses premiers résultats.
Quelques jours après le palmarès historique du Festival international du film de Marrakech (FIFM), où l’Etoile d’or a été décernée au docu-fiction La mère de tous les mensonges, d’Asmae El Moudir, et le prix du jury attribué ex æquo aux longs métrages Les meutes de Kamal Lazraq et Bye bye Tibériade de Lina Soualem, l’heure est désormais au bilan. D’autant plus quand on sait que ces trois films primés ont participé aux Ateliers de l’Atlas entre 2018 et 2022.
Asmae El Moudir avait reçu 5.000 euros en 2019 au titre du prix Atlas au développement, puis 20.000 euros en 2021 pour le prix de la post-production. Kamal Lazraq, lui, avait remporté en 2019 le prix Arte Kino, doté de 6.000 euros, tandis que Lina Soualem avait participé à l’édition 2022.
"Une académie de formation pour les cinéastes prometteurs, présente dans tous les festivals de la planète"
À l’origine de la création de cet incubateur de nouveaux talents du monde arabe et de l’Afrique, Sarim Fassi-Fihri, qui a dirigé le Centre cinématographique marocain (CCM) entre 2014 et 2021, a tenu à citer la réalisatrice Asmae El Moudir, qui a comparé les Ateliers de l’Atlas à "une académie pour les cinéastes, à l’image des centres de formation pour les footballeurs".
"Avant que ces ateliers ne soient délocalisés à Marrakech et n'intègrent en 2018 une partie de la programmation du FIFM, nous en avions mis en place à Ifrane et à Tanger, à l'intention des jeunes cinéastes qui n’avaient pas les moyens d’achever leur film, pour sélectionner des projets en phase d’écriture ou de post-production", explique Sarim Fassi-Fihri, rappelant que "tous les grands festivals de la planète ont leurs propres ateliers".
À ce propos, il soutient que leur succès est tel que tous les réalisateurs primés à Marrakech se sont rendus, dès le lendemain de la clôture du FIFM, aux ateliers de la 3e édition du "Red Sea International Film Festival", dédié au cinéma d’Afrique, d’Asie et du monde arabe, qui se tient du 30 novembre au 9 décembre à Djeddah, en Arabie saoudite.
Contactés par Médias24, Asmae El Moudir et Kamal Lazraq ont effectivement confirmé leur présence aux ateliers de ce festival en vue de présenter leur film et tenter de décrocher d’autres prix.
Comment ça marche et combien ça coûte
Pour rejoindre ces ateliers, dont la vocation est d’accompagner l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes marocains, arabes et africains, tout candidat doit présenter son scénario à un premier comité de sélection qui évaluera son potentiel.
En fonction de la qualité du travail présenté, les membres du jury auront le choix de l’éliminer directement, de le retenir avec l’accompagnement d’un scénariste pour la réécriture, ou de le présenter à des distributeurs internationaux comme Arte, qui témoigneront éventuellement un intérêt.
La procédure est similaire pour les films ayant déjà été tournés, mais qui n’ont pas encore été montés. L’apprenti réalisateur pourra être éliminé si son travail est jugé mauvais. Dans le cas contraire, la commission prendra en considération son potentiel en lui octroyant les moyens d’achever son film.
La prise en charge financière des projets des candidats durant les quatre jours des Ateliers de l’Atlas, avec un suivi de quatre mois et le lancement d’appels à manifestation d’intérêt, atteindrait 15% à 20% du coût de l’organisation du FIFM, selon Sarim Fassi-Firhi.
S’il met en avant son devoir de réserve pour ne pas dévoiler le coût de revient du premier festival du film du Maroc, un précédent article de Médias24 l’avait estimé entre 60 et 75 MDH.
En d’autres termes, le coût des Ateliers de l’Atlas reviendrait à un montant compris entre 12 et 15 MDH.
"Des ateliers qui ont permis de professionnaliser le festival"
Sur la moisson exceptionnelle de prix après cinq ans d’existence des Ateliers de l’Atlas, leur concepteur rappelle que même si le festival de la ville ocre n’a pas eu lieu en 2020 et 2021, en raison de la pandémie de Covid-19, les candidats ont continué à travailler de chez eux en bénéficiant de l’aide des professionnels, sous forme virtuelle avec des caméras connectées et des conférences Zoom.
Visiblement satisfait des résultats engrangés, Sarim Fassi-Fihri avance que la création de ce rendez-vous en 2018 "était devenue vraiment nécessaire pour les organisateurs désireux de professionnaliser le Festival international du film de de Marrakech".
"Si cela n’a rien de péjoratif, il est vrai que le festival avait jusqu’alors une connotation touristique qui attirait davantage les médias que les professionnels", conclut Sarim Fassi-Fihri. Selon lui, les ateliers ont permis de changer l’image du FIFM auprès de la profession, qui s’y rend désormais en masse pour assister à des projections et pas pour découvrir des films qui peuvent être visionnés dans d’autres festivals, notamment ceux de Cannes et de Toronto.
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