L'audiovisuel public évolue vers une politique volontariste de production marocaine
L'audiovisuel public se dirige vers une politique volontariste de production marocaine, confirme le ministre de la Communication, Mehdi Bensaid, en commission parlementaire à la Chambre des conseillers. Une tendance déjà visible depuis quelques années sur Al Aoula, et de plus en plus sur 2M.
Ce mercredi 22 novembre 2023, Mehdi Bensaid, ministre de la Communication, de la culture et de la jeunesse, présentait le budget 2024 de son département en commission à la Chambre des conseillers. Un exercice habituel où le budget est expliqué, et où le ministre est challengé sur des questions relevant de son département.
Sans surprise, le contenu des chaînes publiques de télévision était au rendez-vous. Bensaid annonce que 2M limite désormais le temps d'antenne réservé aux séries étrangères doublées en darija (les séries turques par exemple), et que les émissions de caméra cachée ne seront plus programmées après un incident qui a eu lieu au cours du mois de Ramadan. Les documentaires produits localement seront plus nombreux, ainsi que les débats politiques. Bref, du contenu local, inédit, de proximité, plus dense...
Ces propos ont suscité débats et interrogations : le ministre peut-il s'exprimer à la place et au nom des chaînes ? Le pouvoir politique qu'il représente peut-il se mêler de la programmation, des genres et des formats, des choix éditoriaux et ceux du management des chaînes publiques ? Et si l'on interdit les séries étrangères doublées en darija – qui cartonnent –, cela procède-t-il d'un diagnostic général, d'une vision du paysage audiovisuel et de son avenir ? Et dans ce cas, va-t-on mobiliser des ressources financières supplémentaires au profit des chaînes publiques ?
La loi prévoit que le cahier des charges est rédigé par le ministère de la Communication dans le cas des chaînes publiques. C'est ensuite le chef du gouvernement qui transmet ce projet à la HACA, laquelle doit se prononcer. En revanche, le contenu au jour le jour est de la responsabilité du management du pôle public. La programmation doit respecter les clauses du cahier des charges. Et ces clauses ne vont pas, du moins pour le moment, jusqu'à interdire les soap operas ou les émissions de caméra cachée.
De source autorisée au ministère de la Communication, on nous explique que "les propos du ministre sont une orientation et pas une décision du ministère". La même source confirme que "cette orientation est effective depuis un moment : il n'y a plus de séries étrangères doublées à la SNRT ni de caméra cachée, et les soap operas ne représentent plus que 6% de la programmation à 2M".
"L'objectif est de doubler la production nationale, dès 2024", ajoute notre source, "et d'augmenter la production de séries documentaires sur le patrimoine et l’histoire du Maroc, ainsi que les débats politiques constructifs".
Mais le ministre impose-t-il sa grille de programmes aux chaînes publiques ? "Le ministère travaille en synergie avec les chaînes, il n’impose rien, ne censure rien", indique notre interlocuteur qui conclut : "Nous sommes en phase avancée de préparation des cahiers des charges, et les appels d’offres de production seront bientôt lancés".
HACA : pas d'ingérence dans les politiques relatives au pôle public
Auprès de la HACA, on nous confirme que cette institution, "dans le cadre de la séparation des pouvoirs, n'intervient pas dans les politiques publiques, et donc dans l'audiovisuel public". Toutefois, si un investisseur privé veut créer une radio ou une télévision, c'est la HACA qui doit lui accorder une licence et... rédiger elle-même le cahier des charges, en cas d'acceptation de son dossier. Le cahier des charges fait généralement l'objet d'allers-retours entre le candidat et la HACA, avant la signature finale.
Dans le cas d'une télévision publique, le cahier des charges est rédigé par l'autorité en charge de la communication, en l'occurrence le ministère de tutelle. C'est ensuite le chef du gouvernement qui l'adresse à la HACA pour avis.
Fayçal Laraichi : c'est un modèle économique de production différent
De son côté, Fayçal Laraichi, président de la SNRT, nous confirme que la décision de ne plus diffuser de soap operas, doublés en darija ou pas, est "appliquée à Al Aoula depuis sept ans environ". Concernant 2M, "si nous avions les moyens de produire, on produirait bien sûr. La chaîne achète des programmes dont la diffusion rapporte des ressources publicitaires indispensables". Laraichi précise : "Nous étudions le modèle viable pour une production marocaine. Ce genre de séries, c'est un modèle économique particulier, avec un nombre très élevé d'épisodes, qui peut se compter par centaines, et donc des économies d'échelle importantes". Il y aurait alors une diffusion quotidienne marocaine sur les chaînes publiques. "C'est une question de moyens et de modèle économique, notre souhait est de le faire et de développer ainsi cette industrie au Maroc", conclut-il.
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